Publié il y a 16 h - Mise à jour le 08.09.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 294 fois

ÉDITORIAL Édouard Philippe à l’épreuve du narcotrafic

Édouard Philippe et Christophe Rivenq à la sortie d'une visite rapide de la cathédrale

- François Desmeures

Du Havre à Alès, l’ancien Premier ministre veut changer d’échelle face aux trafiquants. Ses propositions sont fortes. Reste à démontrer leur efficacité sur le terrain.

La campagne présidentielle va inévitablement entraîner des visites de candidats sur notre territoire, comme partout en France. À gauche, ils seront particulièrement nombreux à Bram, où la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, organise une nouvelle fois le rendez-vous politique de la rentrée, avec cette année un sérieux parfum de présidentielle. Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve ou encore Yannick Jadot font partie de la cinquantaine de personnalités annoncées. Hier, c'est à Alès que le candidat du centre et de la droite Édouard Philippe a fait le déplacement. Une prise de pouls auprès d'une population qui s'inquiète de la montée du narcotrafic, mais surtout l'occasion pour l'ancien Premier ministre de présenter ses solutions. Le sujet, Édouard Philippe le connaît bien. Le Havre est fortement confronté au narcotrafic, avec une particularité qui rend la comparaison avec Alès ou Nîmes intéressante : le phénomène se joue à la fois dans les quartiers et autour du port, devenu une porte d'entrée majeure pour les réseaux internationaux. En juin dernier, les douaniers y ont encore intercepté 2,562 tonnes de résine de cannabis. Et cet été, des opérations de démantèlement de points de deal ont été menées dans plusieurs secteurs de la ville. Le parallèle avec Alès va même plus loin. Christophe Rivenq a été directement menacé. Au Havre, Édouard Philippe a lui-même alerté sur les pressions exercées par les réseaux criminels sur des dockers. Le narcotrafic ne se contente plus de vendre de la drogue au pied des immeubles : il intimide, menace et tente de corrompre ceux qui peuvent entraver son activité. Face à cette situation, Édouard Philippe n'est pas venu dans le Gard les mains vides. Il défend un « état d'urgence narcotrafic », avec notamment des perquisitions administratives, le recours ciblé à la reconnaissance faciale, un durcissement des peines et une « fiche S financière » pour mieux surveiller les flux d'argent des trafiquants. Il veut également renforcer les sanctions contre les consommateurs. Des propositions fortes, dont certaines feront nécessairement débat sur le plan juridique. Reste à démontrer ce que cet arsenal changerait réellement sur le terrain. Car l'expérience du Havre montre toute la difficulté de l'exercice. La ville compte déjà près de 600 caméras, une police municipale armée et un centre de supervision urbain. Pourtant, les trafics et les points de deal n'ont pas disparu. Édouard Philippe a raison sur un point : face au narcotrafic, il faut changer d'échelle. Mais à mesure que 2027 approche, lui comme les autres candidats devront faire davantage que durcir leur discours. Ils devront démontrer comment leurs propositions peuvent concrètement enrayer un trafic mondialisé qui brasse des milliards et s'implante désormais jusque dans les villes moyennes. À Alès comme au Havre, les habitants n'attendent pas un nouveau slogan présidentiel. Ils attendent de savoir comment on gagne cette bataille.

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