C'est une audience chargée en émotions. Il y a eu des larmes, des interrogations et une sanction à hauteur de cinq ans de prison avec un mandat de dépôt décerné à l'audience pour cet homme qui était arrivé libre, mais sur un fauteuil roulant. Deux jours auparavant, déjà, il était venu voir comment se déroulait une audience correctionnelle en assistant durant une après-midi à des affaires de délinquance présidées par le même magistrat, Jérôme Reynes… Et 48 h avant, le 1ᵉʳ septembre, un accident mortel avait déjà retenu l'attention du tribunal.
Ce jeudi 3 septembre, le prévenu, âgé de 51 ans, doit faire face à cette soirée tragique. Nous sommes le 7 octobre 2025 et il est 23 h lorsqu'une Audi RS avec 600 chevaux sous le capot va doubler "alors qu'à cet endroit, on arrive à Vauvert, on tourne légèrement vers la gauche", résume le président Reynes. "Vous roulez vite, très vite, sans aucune visibilité et il y a l'accident". Un choc quasi frontal avec un conducteur qui arrivait en face… Il est très grièvement blessé avant de succomber à ses blessures. Sur le banc, face au tribunal, son épouse, sa sœur, sa mère, des femmes inconsolables. L'épouse de la victime viendra lire à l'audience des mots forts, ceux de ses enfants, "onze mois que mes enfants ne peuvent plus embrasser leur papa", un homme qui avait "44 ans, huit mois et quatre jours", "vous avez brisé une famille. "Nous étions heureux", détaille l'épouse de la victime qui lit une lettre de ses enfants, âgés de 9 et 12 ans. Elle a voulu les préserver et n'a pas souhaité qu'ils viennent aux débats judiciaires.
Un père de famille qui rentrait ce soir-là d'un entraînement de handball. "J'ai fait l'irréparable et j'ai voulu doubler", précise le prévenu face aux questions du président. Et il affirme que ce soir-là il a pris peur à cause d'une voiture qui venait de le doubler. Victime d'un car-jacking il y a quelques années, il pensait revivre ça selon ses dires. Il a alors voulu doubler à son tour la voiture "suspecte" et l'accident est survenu. "Mais enfin, je ne comprends, si je me méfie de la voiture qui vient de me doubler, je n'essaie pas de la rattraper", s'étonne le président Reynes. Un prévenu qui est handicapé et en fauteuil roulant depuis de nombreuses années, depuis ses 17 ans et un accident de karting. Car chez lui la passion automobile est dans les gènes de la famille. Un homme qui conduit un véhicule adapté même si son bolide est capable d'atteindre des vitesses folles. "Un homme qui, en treize ans, a conduit plus de 500 000 km sans avoir d'accident jusqu'à ce jour terrible. Et, durant toutes ces années, il a eu un petit excès de vitesse", essaie de convaincre son avocat Me Ludovic Parra. "Vous jugez un homme sur quelques secondes, il reconnait tous les faits, il est responsable de l'accident. Jusqu'à ce 7 octobre 2025 il a eu une vie irréprochable", insiste maître Parra qui doit faire face aux réquisitions de cinq ans de prison avec un mandat de dépôt à l'audience.
Car la procureure estime qu'il y a dans cet homicide routier "une multiplication de fautes à l'origine de l'accident qui a oté la vie à la victime". "Ce conducteur va prendre tous les risques, il va consommer de l'alcool plus que de raison lors de la fête votive et durant toute la journée". "Cinq secondes avant le choc, il "était à 175 km/h sur un axe limité à 80 km/h, on est presque à 100 km/h au-dessus de la vitesse autorisée", détaille la représentante du parquet de Nîmes.
"C'est une dévastation sur le plan psychologique et moral pour les proches. Pensez à son épouse, à sa sœur, à ses enfants qui ne verront plus revenir leur père", plaide une avocate parisienne pour la famille partie civile. Le mis en cause à la parole en dernier et s'excuse à nouveau. Il révèle qu'il connaissait la victime : "Je l'avais rencontré deux fois. C'est lui qui avait réalisé la pièce montée de mon mariage."
Le tribunal a entendu la souffrance des victimes dans cette audience où de nombreuses personnes pleuraient dans la salle. Le quinquagénaire, déjà condamné pour une conduite sans permis, a été sanctionné à hauteur de cinq ans de prison et d'un mandat de dépôt. Les réquisitions ont été suivies. Les policiers ont accompagné le prévenu à la maison d'arrêt.