Publié il y a 20 h - Mise à jour le 13.09.2026 - Romain Fiore - 5 min  - vu 232 fois

SAINT-HILAIRE-DE-BRETHMAS Journées du patrimoine, entre mairie et association, le désaccord persiste

Mairie de Saint-Hilaire de Brethmas

La mairie de Saint-Hilaire de Brethmas

- Sacha Virga

À Saint-Hilaire-de-Brethmas, les Journées européennes du patrimoine se dérouleront finalement sans le soutien de la municipalité. L’association Sentiers et patrimoine, à l’origine d’un important travail de valorisation des chemins et du patrimoine communal, maintient toutefois ses animations le samedi 19 septembre. Une décision qui provoque l’incompréhension de ses membres et de l’opposition, tandis que le maire Gaël Mancuso justifie le retrait de la commune par le coût des aménagements réalisés ces dernières années.

Le désaccord s’est invité au conseil municipal du 31 août. Alors qu’une journée consacrée au patrimoine devait être organisée le week-end du 19 septembre, avec la municipalité et l’association Sentiers et patrimoine, la mairie a finalement décidé de ne pas participer à l’événement. Pour l’association, la décision est d’autant plus difficile à comprendre qu’une rencontre avait eu lieu en amont avec plusieurs élus de la nouvelle majorité, autour d’un projet comprenant notamment deux balades guidées et une projection consacrée à l’histoire de Saint-Hilaire-de-Brethmas.

Dix années de travail autour des sentiers

À l’origine de cette démarche, on retrouve notamment d’anciens élus de la commune, dont Claudie Huguet-Carmona, ancienne déléguée au développement durable. Avec plusieurs bénévoles, des membres du conseil des Sages, des associations et des institutions spécialisées, un important travail de recherche et de documentation a été réalisé au cours des deux précédents mandats.

Saint-Hilaire-de-Brethmas
Saint-Hilaire-de-Brethmas. • D.R.

Le résultat est aujourd’hui visible à travers plusieurs parcours consacrés au patrimoine, à la biodiversité et à la géologie. Le site SHB-Rando recense notamment cinq sentiers patrimoniaux, allant de 2,7 à 18,6 kilomètres, ainsi que des parcours consacrés à la botanique et à l’histoire géologique de la commune. « Ce sont dix ans de boulot », résume Claudie Huguet-Carmona, qui évoque un travail largement bénévole. L’association explique avoir notamment travaillé avec l’Association géologique d’Alès et sa région (AGAR), le Groupe alésien de recherche archéologique (GARA) ou encore le musée du Désert afin de documenter les différents sites.

Une journée finalement annulée par la mairie

Pour les Journées européennes du patrimoine, l’association avait proposé d’accompagner deux balades et de présenter un diaporama consacré à Saint-Hilaire-de-Brethmas il y a 150 ans. Ses membres avaient alors rencontré trois élus, chargés respectivement de la culture, du sport et de la communication, qui s’étaient montrés favorables au projet.

Mais à la mi-août, Claudie Huguet-Carmona dit avoir reçu un message du service communication de la mairie lui annonçant l’annulation de la journée, sans explication. La présidente de l’association affirme ensuite avoir écrit au maire afin de connaître les raisons de cette décision, sans obtenir de réponse.

Sylvie Galtier, membre de l’association et élue de l’opposition à Saint-Hilaire-de-Brethmas, a interpellé le maire lors du conseil municipal. • Romain Fiore

« On s’était quand même engagé à travailler avec eux. Ça aurait été la moindre des courtoisies », regrette-t-elle. Face à cette situation, l’association, qui s’est structurée en juin, a finalement décidé de poursuivre la démarche de son côté.

« Je ne peux pas cautionner un gaspillage d’argent public »

Le sujet a donc été abordé lors du conseil municipal du 31 août. Interpellé par l’élue d’opposition Sylvie Galtier à ce sujet, le maire Gaël Mancuso a confirmé avoir refusé que la commune participe à l’organisation de cette journée.

Contacté par nos soins, le maire a notamment justifié sa position par le coût de conception et d’aménagement des sentiers. « C’est du bon sens, les sentiers ont coûté 15 000 € à la collectivité. Les services de la commune ont fait installer des tables de camping au fin fond de la commune, en plein soleil, dans des endroits reculés. Je me pose la question de savoir si c’était réellement une priorité pour la commune », a-t-il déclaré.

Gaël Mancuso maire Saint-Hilaire-de-Brethmas
Gaël Mancuso, maire Saint-Hilaire-de-Brethmas • Photo DR

Concernant la présence d’anciens élus au sein de l’association, le premier édile s’interroge également sur leurs intentions. « On se sert de l’argent public pour faire des sentiers du patrimoine, on crée un livre à l’issue, on récolte des fonds grâce à ce livre pour une association d’anciens élus. Je me pose la question de savoir si ça ne sert pas à financer une campagne électorale, par exemple. »

Gaël Mancuso n’a pas hésité à rappeler les promesses faites lors de sa campagne municipale, notamment celle de lutter contre le gaspillage d’argent public. « Je ne peux pas cautionner ni me permettre de faire la promotion de projets où l’argent public a été gaspillé au détriment de projets plus cohérents pour les Saint-Hilairois. »

L’opposition évoque une décision « politique »

Une position que l’association conteste. Selon Claudie Huguet-Carmona, les principaux travaux intellectuels et documentaires ont été réalisés bénévolement et les dépenses ont essentiellement concerné le graphisme et la fabrication des panneaux. Elle estime le coût de cette partie à environ 40 000 euros sur une période d’une dizaine d’années. Pour la présidente, l'enjeu est désormais surtout de faire vivre un patrimoine qui existe déjà. « Je suis toujours dans l’incompréhension. Je pense que ce n’est pas très correct vis-à-vis des Saint-Hilairois et de leur patrimoine », estime-t-elle.

Dans les rangs de l’opposition, le retrait de la municipalité est également regretté. Nicolas Ferrière, élu d'opposition, considère que les arguments avancés par le maire ne suffisent pas à expliquer la décision. « Maintenant que cet investissement est payé, c’est bien dommage de ne pas l’utiliser. Cela démontre aussi une forme de désintérêt pour le patrimoine commun et pour un aménagement qui a un vrai intérêt », estime l’élu.

Le porte-parole du PS du Gard, Nicolas Ferrière
L'élu d'opposition, Nicolas Ferrière. • (Photo : droits réservés)

Pour lui, la décision pourrait également avoir une dimension politique. Plusieurs personnes impliquées dans la création et la valorisation des sentiers appartenaient en effet à l’ancienne équipe municipale. « Ça ressemble quand même à une petite forme d’ostracisme politique », estime Nicolas Ferrière, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une interprétation. Il insiste sur le caractère, selon lui, apolitique du projet, consacré à la découverte de la faune, de la flore, de la géologie et de l’histoire de la commune.

Du côté de l’association, Claudie Huguet-Carmona tient également à souligner qu’elle ne se considère pas comme une structure politique. « Dans notre association, il y a des gens de tous bords politiques », assure-t-elle, expliquant vouloir avant tout créer « un trait d’union entre les générations et entre les anciennes familles Saint-Hilairoises et les nouveaux habitants ».

Deux balades maintenues le 19 septembre

Malgré le retrait de la municipalité, Sentiers et patrimoine a donc décidé de maintenir ses animations le samedi 19 septembre. Deux balades sont proposées à partir de 9 h 30. La première partira du parking de la salle Maurice-Saussine et sera consacrée notamment à l’histoire du hameau de Tribies. La seconde débutera au parking du temple et permettra d’aborder plusieurs thématiques autour de la Rouquette, de la source et de la table d’orientation.

Saint-Hilaire de brethmas
Les chemins de Saint-Hilaire. • D.R.

Au programme notamment : le protestantisme et l’histoire du pasteur Étienne Tessier, la géologie et la lecture des paysages, mais aussi l’archéologie avec la découverte de la Rouquette et de son intérêt pour la période néolithique. À 11 h 30, l’église protestante ouvrira ensuite les portes du temple pour une projection du diaporama « Notre commune… il y a 150 ans », avant un apéritif.

La mairie, elle, ne participera finalement pas à cette organisation. Un retrait qui laisse donc apparaître, derrière une journée consacrée au patrimoine local, un désaccord plus profond sur l'utilisation et le coût des aménagements réalisés par la précédente municipalité.

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