Publié il y a 15 h - Mise à jour le 13.09.2026 - Romain Fiore - 4 min  - vu 359 fois

ALÈS « J’ai hâte d’y être » : Julien Barry prêt à défier les meilleurs du monde

Julien Barry

Julien Barry avec son maillot de l'équipe de France, est également Gardian avec sa famille à la manade du Mazet. 

- Romain Fiore

À 21 ans, Julien Barry s’apprête à vivre une aventure hors du commun. Originaire du village des Plans, à l'est d'Alès, le jeune tourneur-fraiseur représentera la France aux championnats du monde WorldSkills, organisés à Shanghai du 22 au 27 septembre. Une consécration pour celui qui, quelques années plus tôt, envisageait pourtant de quitter l’école.

Rien ne prédestinait Julien Barry à devenir l’un des meilleurs jeunes tourneurs de France. À l’adolescence, le jeune Gardois, natif des Plans n’est pas vraiment un adepte des salles de classe. « Je n’aimais pas du tout l’école », raconte-t-il. À l’époque, il envisage même de tout arrêter et de rejoindre l’armée. Puis, en troisième, ses parents l’inscrivent au lycée professionnel La Salle, à Alès. 

Julien Barry
Julien Barry à l'oeuvre.  • Romain Fiore

Lors de stages de découverte des différentes filières proposées par l’établissement, Julien pousse la porte de l’atelier de tourneur-fraiseur. Un métier qu’il ne connaît absolument pas. « Parmi toutes les filières, il y avait tourneur-fraiseur, que je ne connaissais pas du tout. Ça m’a plu. J’ai dit : pourquoi pas me lancer là-dedans ? » Très vite, il accroche avec ses enseignants, et ce qui lui plaît, c’est la transformation d’une simple pièce de métal en un objet unique, capable ensuite de trouver sa place dans une voiture, une mobylette, mais aussi dans des secteurs de pointe comme l’aéronautique ou le nucléaire.

De l’atelier à la compétition

Après son bac professionnel, Julien poursuit avec un BTS au lycée Clément-Ader de Samatan, près de Toulouse, réputé dans le domaine de l’usinage. En parallèle, il obtient une alternance à Alès, au sein de l’entreprise Meca PJA, où son patron, Patrice Vedel, lui fait toujours confiance, au point de lui proposer un CDI et de le laisser s’impliquer à fond dans son aventure WorldSkills.

C’est d’ailleurs en terminale que l’aventure WorldSkills commence. Pour sa première participation aux sélections régionales, Julien termine deuxième d’Occitanie. Pas suffisamment pour poursuivre l’aventure, mais assez pour lui donner envie de recommencer.

Le Gardois représentera l'équipe de France.  • Romain Fiore

L’année suivante, il revient plus déterminé. Cette fois, il termine premier d’Occitanie et intègre l’équipe régionale. Direction les championnats de France, en 2025, où il décroche une médaille d’argent. Une performance qui lui ouvre les portes d’une ultime sélection, où, durant une semaine, les trois médaillés nationaux sont poussés dans leurs retranchements. Au programme : épreuves techniques, gestion du stress, motivation, endurance… Julien tient bon, termine premier et décroche finalement sa place en équipe de France des métiers.

Depuis, le rythme ne faiblit pas et il enchaîne les stages chaque mois avec l’équipe de France. Préparation physique, mentale et entraînements techniques à l’INSEP et dans les CREPS de Nantes et de Lille. Depuis près d’un an, Julien vit au rythme de cette compétition. Son employeur l’accompagne et le soutient pleinement dans cette aventure.

Un métier où le moindre centième compte

Derrière le terme de « tourneur » se cache un savoir-faire particulièrement précis. Le tourneur est un sculpteur industriel qui fabrique des pièces métalliques parfaitement rondes en faisant tourner la matière à toute vitesse contre un outil de coupe ultra-précis. Aujourd’hui, il pilote aussi des machines robotisées par ordinateur pour créer des composants essentiels. L’objectif est d’obtenir une pièce parfaitement conforme au plan, parfois au centième, voire au micron près.

Julien Barry
Ce sont ce genre de pièce complexe que Julien Barry devra sortir pendant les WorldSkills.  • Romain Fiore

« C’est un métier où on vient prendre de la matière brute. En tournage, ce sont des formes cylindriques. On va, à l’aide d’outils coupants, enlever de la matière. Sur un tour, on met une pièce en rotation face à un outil fixe et on vient découper la matière pour arriver à une pièce finie », explique Julien Barry.

Des épreuves d'une rare complexité

Mais à Shanghai, la précision ne suffira pas. Il faudra également aller vite. « Il faut allier précision et rapidité », résume Julien. Certaines pièces devront être réalisées en quelques heures seulement, dans des conditions où la moindre erreur peut coûter cher. Les compétiteurs seront notamment confrontés à plusieurs épreuves. Une première avec un plan fourni 15 minutes avant le début, nécessitant 45 minutes de programmation et 3 h 15 d’usinage pour produire la pièce ; des épreuves avec un fichier 3D incomplet (un « step ») à compléter ; et des « customer changes », où un plan est modifié à la dernière minute, demandant une adaptation rapide de la programmation. Enfin, une dernière épreuve, dont le contenu est inconnu, leur sera dévoilée au dernier moment sur place.

Julien Barry
Julien Barry dans sa machine.  • Romain Fiore

Pour se préparer à cette pression, ses enseignants n’ont pas hésité à reproduire des conditions particulièrement difficiles : bruit autour de lui, pannes de courant volontaires, exercices chronométrés… L’objectif est de le pousser au maximum pour lui apprendre à garder son calme.

« J’ai hâte d’y être »

À quelques semaines du grand départ, pas question pour autant de laisser le stress prendre le dessus. Julien veut surtout profiter de l’expérience et mesurer son niveau face aux meilleurs jeunes de la planète.

« J’ai hâte d’y aller, de voir ce que ça donne face aux autres pays », confie-t-il. Parmi ses adversaires, les représentants asiatiques, notamment japonais, chinois et coréens, sont particulièrement redoutés dans le domaine de l’usinage. Le jeune Gardois sait également que la compétition lui permettra d’observer d’autres méthodes de travail et d’échanger avec des compétiteurs venus du monde entier.

Julien Barry
Julien Barry lors de sa préparation avec l'équipe de France.  • Romain Fiore

À Shanghai, Julien sera donc le seul représentant français dans la catégorie « tournage ». Mais au total, ce sont 37 jeunes Français qui composeront l’équipe de France des métiers. Une équipe qu’il a appris à connaître au fil des mois et avec laquelle il partage une aventure autant humaine que sportive.

Pour cette compétition, le Gardois, également gardian lorsqu'il a du temps libre avec sa famille, visera un résultat historique : celui d’être le meilleur Français jamais réalisé en tournage aux WorldSkills. Le record à battre est une sixième place obtenue en 2022. « Le top cinq serait quelque chose », sourit-il.

Manade du mazet
La famille Barry, Julien, Ludovic et Jean-Claude • Romain Fiore

Pour celui qui envisageait encore quelques années plus tôt de quitter l’école, le chemin parcouru force le respect. Des ateliers du lycée La Salle au podium national, puis désormais à l’équipe de France, Julien Barry s’apprête à franchir une nouvelle étape à plusieurs milliers de kilomètres de chez lui, avant d’être reçu, en guise de récompense, à l’Élysée après ses championnats du monde.

Julien Barry
Julien Barry avec sa machine en préparation.  • Romain Fiore

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