Le jour est à peine installé que la cour de Maison Sinnae bruisse déjà de conversations, samedi 12 septembre à Laudun. Devant la cave, le café coule et les viennoiseries circulent. Certains participants se connaissent, d’autres échangent pour la première fois. Tous ont accepté de se lever tôt pour enfiler, le temps d’une matinée, les habits du vendangeur.
Serena et Sarah sont venues ensemble. Les deux amies gardoises ont découvert l’initiative et se sont simplement dit que l’expérience pouvait être sympathique. À quelques mètres d’elles, Gabriel affiche un équipement plus inattendu : le petit garçon tient fermement son seau de bac à sable, prêt à le remplir de grappes. Il n’est pas le seul enfant de l’aventure. Ici, les bottes côtoient les baskets et les chapeaux de paille se mêlent aux casquettes. Professionnels aguerris, amateurs de vin, voisins de la cave ou simples curieux partagent le même petit-déjeuner avant le départ.
Titouan, parrain et futur vinificateur de la cuvée
Près de 130 personnes ont répondu à l’appel de Maison Sinnae. « C’est une matinée ludique. Le but, c’est de passer un bon moment, de couper quelques raisins et de montrer ce que nous faisons au vignoble », explique Philippe Pellaton, président de la cave. Les participants suivront le parcours du raisin, de la vigne à la cuve, avant un déjeuner campagnard. L’occasion de découvrir le travail des vignerons et d’entrer dans une cave en pleine effervescence. « Pendant les vendanges, la cave vit. Il y a les odeurs, le mouvement, les raisins qui arrivent. C’est là que l’on voit vraiment comment elle fonctionne. L’hiver, elle s’endort un peu », poursuit Philippe Pellaton.
La journée fait aussi la part belle à la jeunesse. Partenaire de l’école hôtelière et de sommellerie de Tain-l’Hermitage, Maison Sinnae accueille chaque année un stagiaire qui y fait ses premières armes avant, parfois, de rejoindre de grands hôtels ou des palaces à l’étranger. Cette année, le parrain se nomme Titouan. C’est lui qui vinifiera la cuvée issue de la récolte collective. « Cette expérience lui servira plus tard. Et lorsqu’il rayonnera dans le monde, peut-être qu’il parlera de nous », sourit le président.
Direction le clos de Taman
Le petit-déjeuner terminé, le calme de la cour cède la place à l’agitation du départ. Les participants se répartissent dans les pick-ups. Les portières claquent, les moteurs démarrent et le convoi s’ébranle devant la cave. Direction les hauteurs de Laudun. Les véhicules délaissent les rues pour les petites routes serpentant entre les vignes. À mesure qu’ils prennent de l’altitude, le paysage s’ouvre. Après plusieurs minutes, le convoi atteint le clos de Taman. Les pick-ups s’immobilisent les uns derrière les autres. À peine descendus, les participants découvrent l’étendue des vignes, avant de se regrouper pour les premières consignes.
Avant de saisir les sécateurs, il faut apprendre : où couper la grappe ? Comment la poser sans l’abîmer ? Quels raisins choisir ? Philippe Pellaton en profite aussi pour expliquer le fonctionnement du vignoble. Puis les groupes se dispersent dans les rangs. Le claquement sec des sécateurs donne le tempo. Les grappes passent des ceps aux caissettes. On se penche, on se relève, on compare ses trouvailles. Les adultes avancent entre les feuilles tandis que les enfants s’appliquent à leur manière. Gabriel, 4 ans, peut enfin offrir une vocation viticole à son petit seau de plage.
Une bouteille offerte à chaque participant
Une fois les caissettes remplies, le convoi reprend le chemin de la cave. Les vendangeurs repartent avec une promesse : l’année prochaine, chacun recevra pour prix de son travail une bouteille issue de cette récolte collective, dans l’esprit de la cuvée 1925, créée pour le centenaire de Maison Sinnae. Cette vendange collective s’inscrit dans une période charnière pour la cave. Après avoir célébré ses cent ans, elle accompagne désormais l’accession de Laudun au rang de cru des Côtes-du-Rhône, une reconnaissance espérée depuis longtemps.
« Cela inscrit Laudun parmi les grands vins de la vallée du Rhône, souligne Philippe Pellaton. Nous pouvons toucher de nouveaux consommateurs, mais aussi des restaurateurs et des cavistes attentifs à ce type de vins. » Le président le sait : la notoriété se bâtira au fil des années. Mais ce matin-là, sur les hauteurs de Laudun, l’histoire s’écrit avec des gestes simples : un sécateur qui se referme sur une tige, une grappe déposée dans une caissette et, au milieu des rangs, le petit seau de Gabriel qui se remplit doucement.