Le Faubourg du Soleil ne veut pas voir disparaître son histoire. Ce mardi 3 novembre, plusieurs habitants du quartier et membres de l’Association de sauvegarde du patrimoine alésien (ASPA) se sont retrouvés rue du Faubourg du Soleil pour faire entendre leurs revendications. À l'occasion d'une visite du quartier, organisée par l'association, ils ont souhaité alerter sur les conséquences du projet de renouvellement urbain engagé par la municipalité et l'agglomération.
Au cœur de leurs inquiétudes : les démolitions de bâtiments anciens et les constructions neuves envisagées dans ce secteur historique d'Alès. Un projet qui, selon la municipalité, est engagé depuis 2017 dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). Mais pour les riverains mobilisés, le compte n'y est pas. Ils estiment que la réhabilitation annoncée se traduit davantage par des démolitions et des reconstructions que par une véritable rénovation de l'existant.
« Notre combat, c'est l'ouverture de l'enquête publique », explique Pierre Alais, président de l'ASPA. L'association, qui avait notamment participé à la mobilisation pour préserver l'ancienne caserne Pasteur, a repris ses activités après plusieurs années de sommeil. Une première réunion organisée au Gambrinus a réuni quelques personnes, avant un nouveau rendez-vous au Prolé, le 23 octobre, qui a rassemblé une quarantaine de participants. Depuis, un groupe de travail s'est constitué pour étudier le dossier et organiser la contestation.
« On va démolir des choses qu'on est incapables de refaire »
Pour Anne-Claire Navarro, historienne et citoyenne alésienne, le quartier possède une histoire et une architecture qui méritent d'être préservées. La rue du Faubourg du Soleil, percée en 1773, conserve notamment plusieurs bâtisses anciennes, tandis que la rue de la Cavalerie témoigne d'un tracé historique et d'un passé médiéval. La rue Napoléon, ouverte en 1850, porte également les traces de l'histoire locale, notamment celle de Jean Belmont, résistant du réseau Résistance-Fer qui y a habité.
Les habitants souhaitent aussi attirer l'attention sur l'ancienne école maternelle du Faubourg du Soleil, présentée comme la plus ancienne de la ville, et sur le site de l'ancienne usine Éminence. Ce dernier accueille aujourd'hui notamment une école de danse et une blanchisserie écologique, mais son avenir suscite des interrogations chez les riverains.
« On va démolir des choses qu'on est incapables de refaire », résume l'un des participants à la mobilisation. Les habitants regrettent notamment que les possibilités de rénovation des bâtiments existants n'aient, selon eux, pas été suffisamment étudiées. Ils évoquent également les façades rénovées par le passé avec des financements publics, avant que certains bâtiments ne soient finalement promis à la démolition.
Autre point de crispation : les futures constructions. Le dossier de l'enquête publique prévoit plusieurs immeubles, dont certains pourraient atteindre sept étages. Pour les opposants, ces nouvelles constructions risquent de modifier profondément l'entrée historique du quartier et de rompre avec l'architecture existante. Ils s'interrogent également sur les conséquences en matière de stationnement et sur la place accordée aux commerces de proximité.
Les mobilisés s'appuient notamment sur plusieurs documents d'urbanisme, dont le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), qui évoque la protection du caractère architectural traditionnel des constructions. Ils soulignent également que la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) a émis un avis défavorable sur le projet de démolition de certains ensembles bâtis, estimant qu'il porte atteinte aux qualités urbaines et patrimoniales du Faubourg du Soleil. Cet avis reste toutefois consultatif.
Une déclaration d'utilité publique au cœur des inquiétudes
La mobilisation intervient alors qu'une enquête publique est ouverte du 2 au 19 novembre 2026. Celle-ci porte sur la déclaration d'utilité publique (DUP) du projet. Cette procédure doit notamment permettre à la collectivité, si elle est prononcée, de recourir à l'expropriation des propriétaires qui ne souhaiteraient pas vendre leurs biens dans le périmètre concerné.
Les habitants s'interrogent sur le calendrier de cette procédure, alors que plusieurs bâtiments ont déjà été démolis et que des opérations de reconstruction sont engagées. Ils regrettent également le manque de lisibilité du dossier, notamment concernant certaines parcelles et la destination de futurs bâtiments.
« Il n'y a aucune explication claire sur pourquoi ils font tel ou tel projet », déplore une riveraine. Les participants dénoncent également une concertation qu'ils jugent insuffisante. Selon eux, les ateliers organisés en 2018 n'ont pas permis de maintenir un dialogue avec les habitants, alors que le projet a évolué depuis.
Face à cette situation, leurs demandes sont précises : obtenir un avis défavorable du commissaire enquêteur sur la DUP, suspendre les nouvelles démolitions, étudier sérieusement les possibilités de rénovation des bâtiments anciens et organiser une nouvelle concertation citoyenne. L'idée serait notamment de permettre aux habitants de participer aux réflexions sur l'avenir du quartier, y compris sur la reconversion de l'ancienne usine Éminence.
Une pétition a également été lancée sur la plateforme Change.org. Les membres de la mobilisation envisagent par ailleurs de constituer un collectif réunissant les riverains et les différentes personnes engagées dans la défense du patrimoine alésien.
La mairie défend un projet de 92 logements
Contacté à la suite de cette mobilisation, le maire d'Alès, Christophe Rivenq, défend le projet porté par la municipalité et l'agglomération. Il rappelle que celui-ci est engagé depuis 2017 et qu'il a fait l'objet d'études et de présentations auprès des différents acteurs concernés.
« C'est un peu surprenant qu'ils se réveillent maintenant », réagit l'édile, qui considère que le projet est inscrit dans les documents de rénovation urbaine depuis plusieurs années. Il explique également que des études de rénovation des bâtiments avaient été réalisées, avec des coûts estimés entre 3 500 et 4 500 euros du mètre carré, sans qu'aucun opérateur ne se montre intéressé pour les mener à bien.
Pour le maire, la démolition-reconstruction constitue donc une solution permettant de lutter contre l'habitat indigne et insalubre. « Moi, ma priorité, c'est les gens », insiste-t-il. La municipalité prévoit ainsi la création de 92 logements accessibles à la population, dans le cadre d'un projet qu'elle estime adapté aux besoins du quartier.
Concernant les revendications des habitants, Christophe Rivenq se dit prêt à leur laisser la possibilité de porter eux-mêmes un projet de rénovation, à condition qu'ils trouvent les financements nécessaires. « S'ils proposent effectivement de rénover, qu'ils trouvent les financeurs qu'on n'a pas trouvés, tant mieux », indique-t-il.
L'enquête publique doit désormais permettre aux habitants de faire connaître leurs observations. Deux permanences du commissaire enquêteur sont encore programmées : le 10 novembre, de 9 h à 12 h, puis le 19 novembre, de 14 h à 17 h. Pour les opposants au projet, ces derniers rendez-vous constituent une occasion de faire entendre leur voix avant la clôture de la procédure.