Publié il y a 2 ans - Mise à jour le 27.10.2023 - Propos recueillis par Coralie Mollaret - 3 min  - vu 1088 fois

L’INTERVIEW L’élu nîmois Frédéric Escojido : « La Mission locale tient grâce à la mobilisation des salariés »

Le président de la Mission locale, Frédéric Escogido

Le président de la Mission locale, Frédéric Escogido

- (Photo : Coralie Mollaret)

C’est au conseiller municipal nîmois Frédéric Escojido que le maire de Nîmes a confié la lourde tâche de redresser les comptes de la Mission locale. Une équation difficile entre maintien des actions envers les jeunes et équilibre financier de la structure.

Objectif Gard : Vous avez la lourde tâche de restructurer la Mission locale de Nîmes. Pourquoi vous ?

Frédéric Escojido : C’est le maire de Nîmes qui me l’a demandé… Et on peut difficilement dire non à Jean-Paul Fournier ! Si on m’a donné cette « mission commando », comme l’a qualifié l’adjoint Pascal Gourdel, c’est parce que j’ai une expérience dans le monde de l’entreprise. J’ai créé le Bic Innov’Up et j'ai été directeur du développement économique de Nîmes métropole pendant 15 ans.

En mettant le nez dans les comptes de la Mission locale, quel a été votre sentiment ?

Je me suis rendu compte que sur deux exercices, on avait fait plus d’1,2 M€ de déficit. C’est énorme, ça fait peur… Sur un budget annuel de l’ordre de 5,5 M€, c’est colossal. D’où l’initiative de mettre en place un fonds d’urgence exceptionnel d’un million d’euros avec la participation de la Ville de Nîmes, de Nîmes métropole et de l’État. Cet argent va servir entre autres à payer les salaires de la centaine de personnes embauchées jusqu’à la fin 2023 et permettra de faire des provisions notamment pour les licenciements économiques.

Justement, concernant les salariés, quels sont les changements effectifs depuis votre arrivée ?

Le plan de redressement présenté et validé le 28 septembre prévoit la suppression de 17 CDI et le non-renouvellement des CDD, soit 12 ou 13 contrats. Aujourd’hui lorsqu’ils sont arrivés à terme, tous les CCD ne sont pas renouvelés. L'audit financier réalisé par le cabinet Mazard s'est rendu compte que pour remplacer un salarié malade, la direction avait recours à un CDD. Toutefois, lorsque le salarié malade revenait, le CCD était conservé ! Forcément ça creuse le déficit… Pour vous donner une idée : en 2020, le taux de masse salariale par rapport au budget était de 70 %. À l’été 2023, il était de 91 %. Cela signifie qu’il ne reste que 9 % pour financer le reste : loyers, assurances… D'où le déficit. 

En conseil communautaire, Franck Proust avait dénoncé des doublons avec d’autres structures. Allez-vous revoir les actions de la Mission locale ?

Dans le langage administratif, on va faire un peignage de toutes les actions… Si une action n’est pas financée à 100 %, on l’abandonnera. Le but est bien de retrouver un équilibre financier en 2024.

Quelles sont les relations avec les salariés et les représentants ?

Il y a déjà eu plusieurs rencontres avec les représentants du personnel. Chacun défend ses objectifs, c’est normal. Cette situation, les salariés n’y sont pour rien. Aujourd’hui la mission locale tient grâce à la mobilisation des salariés.

Concernant la gestion des biens immobiliers, quelle sera votre stratégie ?

Nous allons vendre le siège de la Mission locale dont nous sommes propriétaire au Mas Coquillard. Nous allons arrêter la location d'une local route de Montpellier et nous avons arrêté ceux à Milhaud. Les locaux étaient surdimensionnés. L’argent économisé permettra de continuer à éponger le déficit en 2024. Concernant notre siège, l’idée est de trouver des solutions avec un investisseur qui pourrait racheter les locaux et nous les louer. Sinon nous partirons ailleurs.

Avez-vous trouvé un nouveau directeur ?

On a lancé le recrutement lundi. Cette fois, tous les partenaires financiers seront impliqués pour choisir le nouveau directeur.

Avez-vous la capacité de trouver des ressources financières extérieures, autre que les subventions publiques ?

Aujourd’hui, les missions locales ont un équilibre financier fragile : elles dépendent totalement des collectivités et de l'État. Si l’argent public n’arrive pas comme prévu, ce qui est souvent le cas, il faut avoir une gestion très fine pour y faire face. L’an prochain, on prospectera les entreprises partenaires pour qu'elles nous versent leur taxe d’apprentissage. Aujourd’hui, une entreprise fait le choix d’attribuer sa taxe à tel ou tel organisme. Nous devons promouvoir notre structure. C’est presqu’un travail de commercial !

Regrettez-vous que le Département n’ait pas abondé au fond d’urgence exceptionnel ?

Initialement, le conseil départemental n’est pas l’un de nos financeurs. C’est d’ailleurs le seul département de l’ex-région Languedoc-Roussillon qui ne le fait pas. Or, le retour à l’emploi des personnes fragiles relève bien de sa compétence. C’est donc une question de choix politique : le Département ne finance pas les misions locales, qu’importe la commune gardoise.

Enfin, quelle sera l’incidence de ce plan de redressement sur les 6 000 jeunes accompagnés chaque année ?

L’objectif c’est qu’il n’y en est pas… Le problème, c’est que on gère de l’argent public. On ne peut pas faire n’importe quoi. Nous devons maintenir l’offre de service tout en garantissant l’équilibre financier de la structure.

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