C’est une page qui se tourne à Saint-Hilaire-de-Brethmas. Après près de 45 années de présence dans la commune, le Judo Club, dont le siège est situé à Saint-Christol-lez-Alès, ne proposera plus de cours à Saint-Hilaire cette saison. En cause : la nouvelle redevance instaurée par la municipalité pour les associations extérieures à la commune utilisant les équipements municipaux. Pour le club, la facture s’élève à 930 euros par an.
Le président du club, Monsieur Roure, ne cache pas son amertume. « On est un petit club. On devrait désormais payer pour venir donner des cours, ce qui n'est pas l'objectif », explique-t-il. Le Judo Club fonctionne en multisites sur plusieurs communes du bassin alésien, notamment Saint-Christol-lez-Alès, Boisset-et-Gaujac, Anduze, Lézan, Salles-du-Gardon ou encore Cendras. À Saint-Hilaire, le club comptait une vingtaine d'enfants la saison dernière, dont 15 à 16 étaient issus de la commune. Selon le président, environ 80 % des enfants inscrits sur le site étaient donc Saint-Hilairois.
« On préfère partir »
Jusqu’ici, aucune redevance n’était demandée au club pour l’utilisation des salles. Le président rappelle que cette mise à disposition s’inscrivait aussi dans une relation construite au fil des années. Le professeur du club, agréé par l’Éducation nationale, intervenait notamment plusieurs fois par an dans les écoles pour proposer des initiations gratuites au judo.
Mais après l’élection de Gaël Mancuso en mars dernier, la municipalité a présenté de nouvelles modalités. Les associations dont le siège social n’est pas situé à Saint-Hilaire doivent désormais s’acquitter d’une redevance pour utiliser les équipements communaux. Le montant fixé pour le Judo Club est de 930 euros à l’année.
Pour le président, la question n’est pas tant celle d’une priorité donnée aux associations saint-hilairoises que celle de l’absence de discussion sur la situation particulière du club. « On peut entendre qu'il y a une préférence pour les gens de Saint-Hilaire, c'est logique. Ce sont ses choix et je les respecte », reconnaît-il, regrettant toutefois qu’aucune solution intermédiaire n’ait été trouvée. Le club aurait notamment proposé de modifier ses créneaux ou de laisser sa place à une autre association si celle-ci pouvait démontrer un besoin plus important. « On préfère partir », résume-t-il.
Le départ pourrait également avoir des conséquences pour les familles concernées. Le président indique que plusieurs parents ont déjà annoncé qu’ils emmèneraient leurs enfants à Saint-Christol-lez-Alès. Il estime que les déplacements supplémentaires représenteraient, sur une année de cours, un coût comparable aux 930 euros réclamés au club. Une conséquence qu’il juge paradoxale : « La charge va reposer sur les parents et les habitants de Saint-Hilaire d'une manière directe. »
« Un choix de bon sens »
De son côté, le maire Gaël Mancuso assume cette nouvelle politique. Il assure qu’il ne s’agit pas uniquement d’une décision financière, mais d’un choix correspondant à un engagement pris auprès des associations de la commune. « C’est un choix de bon sens », affirme-t-il, en rappelant que durant sa campagne, des associations saint-hilairoises lui avaient demandé de leur donner la priorité dans l’accès aux équipements municipaux.
Le maire estime également que le Judo Club bénéficie depuis plusieurs décennies de la mise à disposition d’un équipement communal alors que son siège social se trouve à Saint-Christol-lez-Alès. Selon lui, le club aurait pu envisager de créer une structure ou une antenne à Saint-Hilaire afin de répondre aux nouvelles règles. Il cite notamment l’exemple d’une association de boxe ayant créé une antenne dans la commune.
Gaël Mancuso met aussi en avant la situation financière de la commune et la nécessité, selon lui, de mettre fin à certaines gratuités. « Les économies doivent être faites à tous les niveaux », explique-t-il. Le maire estime par ailleurs que la redevance de 930 euros doit être mise en perspective avec les recettes du club et le nombre d’adhérents qu’il peut accueillir grâce à la multiplication de ses sites. Il rappelle que d’autres associations ont accepté de s’acquitter de cette redevance, ou alors ont décidé de muter leur siège social depuis.
Pour le maire, chaque commune reste libre de définir sa propre politique concernant la mise à disposition de ses équipements. Interrogé sur le fait que d’autres communes accueillant le Judo Club ne lui demandent pas cette contribution, il répond : « Chacun ses choix politiques. »
L’opposition dénonce une « triste nouvelle »
Dans l’opposition municipale, cette décision est au contraire vécue comme une perte pour l’offre associative locale. Dans une réaction publiée sur la page Facebook "Cap Avenir St Hilaire de Brethmas", les élus d’opposition regrettent le départ du club après « 40 ans d’activité » et mettent en avant les 80 % de licenciés habitant la commune. Ils estiment que cette situation risque d’appauvrir l’offre sportive proposée aux familles saint-hilairoises.
L’opposition affirme également avoir alerté le maire sur le risque de voir certaines associations quitter la commune après l’instauration de cette redevance. Elle assure que Gaël Mancuso avait indiqué que la situation du Judo Club était réglée et que celui-ci resterait à Saint-Hilaire.
Un point que les élus contestataires utilisent désormais pour critiquer la parole du maire. Ils regrettent surtout les conséquences pour les familles, estimant que le départ du club oblige certains enfants à se déplacer vers d’autres communes pour continuer à pratiquer le judo.
Le débat dépasse donc désormais le seul cas du Judo Club : derrière les 930 euros réclamés chaque année se pose la question de l’accès aux équipements municipaux pour les associations dont le siège est extérieur à Saint-Hilaire, mais dont une partie importante des adhérents réside dans la commune.