Publié il y a 12 ans - Mise à jour le 14.11.2013  - 2 min  - vu 3204 fois

PIANOS La fermeture de Pleyel accueillie sans surprise à Alès

Le piano droit 124 de Pleyel. Ph DR

Les ateliers Pleyel  ferment à St Denis, victimes de la concurrence asiatique selon la direction. A Alès, les salariés qui ont construit pendant plus de 30 ans les pianos prestigieux de l'entreprise ne sont pas surpris, la fermeture des ateliers alésiens en 2007 avait déjà marqué le tournant de cette entreprise. 

La Manufacture des Pianos Pleyel est depuis 2000 la propriété de Hubert Martigny, qui a également racheté Érard, Rameau et Gaveau. L'homme d'affaires français cofondateur d'Altran Technologies, est également propriétaire de la salle Pleyel où La Manufacture a installé une salle d'exposition pour ses modèles signés par de grands artistes contemporains. L'entreprise qui vendait encore 2000 pianos dans les années 90, n'en produisait plus qu'une trentaine par an ces dernière années:  des instruments d'exception vendus entre 42 000 et 200 000 € qui sont devenus autant "des objets d'art que des instruments de musique". Dans cette optique de haut de gamme, la fabrication d'un Pleyel pouvait  exiger jusqu'à 24 mois d'élaboration et 9 mois de fabrication. Des collaboration avec Audi et Peugeot ont encore donné naissance à des prototypes avant que le propriétaire n'annonce en 2012 que Pleyel "pourrait être racheté" par un groupe de luxe français afin que la fabrication reste française. Aujourd'hui la fermeture est inéluctable.

Pleyel à Alès en 1973

Les ateliers d'Alès, ont été ouverts en 1973. La manufacture avait en effet été délocalisée de St Denis une première fois en Allemagne dans les années 1960 afin de mieux lutter contre la concurrence asiatique. La marque est revenue dans le Gard en  profitant des primes à la reconversion versées par les Charbonnages de France dans le cadre de la fermeture du bassin minier. La manufacture va retrouver à Alès un savoir faire et l'entreprise alésienne va fabriquer progressivement toute la gamme de pianos prestigieux  jusqu'au fameux 2,40m de concert. Mais malgré son regroupement avec les marques Gaveau, Erard et Rameau, Pleyel connaîtra cinq dépôts de bilan en une trentaine d'années. "Quand Hubert Martigny arrive en 2000 après avoir acheté la salle Pleyel en 1998, on pouvait  croire à la relance de l'entreprise. Mais l'illusion a été de courte durée" comme l'explique les ex-salariés de l'entreprise alésienne.  "Hubert Martigny n'a jamais cru en nous, cette usine c'était sa petite folie à lui, mais Alès était pour lui une sorte de pays perdu" dit Bernard Haacke qui a passé 14 ans dans l'entreprise. A la fermeture de l'entreprise en 2007, il était délégué du personnel.

Pas de projet industriel

"Pourtant nous avions tout le savoir faire à Alès", dans un conjoncture extrêmement difficile, (la vente des pianos en France  est divisée par quatre en moins de trente ans entre a fin des années 80 et 2007), l'entreprise alésienne ne sera jamais prise en défaut de qualité. "Moi-même j'ai progressé dans l'entreprise au fil des années" explique Gérard Haake, "Mais quand on a fermé Alès, je n'avais aucun doute, il n'y avait déjà plus aucun projet d'avenir pour la fabrication d'instruments de musique, sinon nous aurions continué à les fabriquer ici. Monsieur Martigny ramenait son jouet chez lui, c'est tout". Seulement cinq salariés d'Alès sont partis travailler à St Denis. A Alès on n'est pas surpris, "cela devait se terminer comme cela un jour ou l'autre". Pas de surprise mais encore beaucoup d'amertume... Moins de vingt personnes travaillent encore à St Denis.

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