Frustré par deux journées de disette qui lui a fait tomber le ciel sur la tête, le peuple du toro a repris le chemin des arènes ce dimanche... et il ne l'a pas regretté ! En matinée, les aficionados qui remplissaient quasiment la plaza trop longtemps restée muette sous les coups de boutoir de l'orage, ont partagé un mano à mano entre Sébastien Castella et Juan Leal qui fera date.
D'abord parce que c'était la toute première fois en France - et nulle par ailleurs qu'à Nîmes - ou une corrida d'alternative se déroulait en mano à mano. Ensuite parce que ce fut un triomphe pour le biterrois Sébastien Castella qui a coupé deux oreilles et son jeune protégé, l'arlésien Juan Leal qui en a coupé trois : la première à un exemplaire de Nunez del Cuvillo qu'il a toréé d'une main de soie avec application, élégance et douceur, les deux autres à un grand toro de Garcigrande qui mangeait la muleta avec gourmandise, répétant sans cesse jusqu'à abandonner deux pavillons et offrir à Juan Leal, une porte des consuls qui lui ouvrira vraisemblablement une belle carrière.
Une carrière prometteuse que Sébastien Castella lui a incontestablement inspirée tant son toreo, appliqué et doucereux comme un bonbon au miel, est voisin de celui de la figura biterroise, qui a fait étalage de toute sa classe et de son immense talent. D'abord sur un toro d'Alcurrucen, un poil retors et fuyant mais qu'il a amené au sommet, avant de lui ravir une oreille. Ensuite sur un exemplaire de Garcigarnde qu'il a lidié avec patience, obstination et jubilation. Du grand art qui faisait plaisir à voir, sur le visage radieux du maestro. Sur son toro de Nunez del Cuvillo, une défection à l'épée lui fit perdre tout le gain de son exercice de style.