"Quel bilan tirez-vous des deux mandats municipaux de droite ? Une nouvelle majorité de gauche, pour quoi faire ?" Dans le cadre du premier Forum citoyen initié par les élus du Front de gauche (PCF, Parti de gauche, NPA) de la commune de Nîmes afin de solliciter "la réflexion collective et l'imagination des habitants", telles sont les deux questions-gigogne qui ont été posées aux quelque 150 personnes réunies tout récemment pour imaginer, dans la perspective des municipales du printemps 2014, "une nouvelle façon de faire la ville".
Si les réponses concernant le bilan des mandatures Fournier n'ont réservé nulle indulgence (absence de démocratie et de concertation, abandon des quartiers périphériques, aménagement anarchique de la ville, dépenses fastueuses, travaux superflus, hausse des impôts et de la dette, insuffisance des politiques sociales...), le débat fut plus fourni et contrasté lorsqu'il s'est agi de commenter, à voix haute, "la révolution citoyenne" que les forces de gauche ambitionnent de voir sortir des urnes d'ici un an. "La droite ne laissera pas facilement sa place et l'extrême droite se tient en embuscade. La gauche devra être forte si elle veut proposer une alternative crédible et desserrer l'étau des droites qui étrangle la population", a commenté, en préambule, Catherine Bernié-Boissard, porte-parole du groupe de conseiller(e)s municipaux Front de gauche.
Ainsi, au-delà des propositions qu'il conviendrait de mettre en oeuvre pour rendre la vie des Nîmois "plus facile et plus heureuse" (promouvoir le développement économique et l'emploi tous azimuts, aménager la ville dans son ensemble sans laissés pour compte, redynamiser les conseils de quartiers, créer des maisons associatives, construire des logements sociaux, réinstaller une police de proximité, instaurer une régie communautaire de l'eau...), la question des alliances s'est rapidement posée. Avec, en filigrane à une discussion parfois radicale ("Si le PS est au second tour, je suggère que nous votions blanc"), une majorité encline "à l'avènement d'une municipalité de résistance plutôt que d'accompagnement". Entendez par là que le Front de gauche n'est pas disposé à jouer les supplétifs d'un PS qui cristallise bien des mécontentements : projet de loi sur l'accord national interprofessionnel, réforme en vue des retraites, allocations familiales...
Certes, les élus du PCF et du Parti de gauche se sont donné cinq à six mois de réflexion et de débats citoyens pour se déterminer et répondre à la volonté commune de rassemblement du Parti socialiste, du Parti radical de gauche et d'Europe-Ecologie, mais on a pu mesurer à la faveur de ce débat combien d'ambiguités devront être levées avant de parvenir à une union sacrée. Le soit-elle au forceps. Martine Gayraud, secrétaire fédérale du Parti communiste, a ainsi résumé la situation : "Il sera difficile de déconnecter notre rassemblement municipal de la politique nationale d'austérité conduite par le gouvernement". Elle se faisait ainsi l'écho à l'observation - applaudie - d'un militant favorable à la présence d'une liste indépendante du Front de gauche au premier tour : "Nous avons deux lignes de fracture avec le PS : le social libéralisme et le Frêchisme". Une façon de se rappeler au souvenir des parlementaires PS qui vont voter l'ANI, ainsi qu'à Jean-Paul Boré, en rupture avec le PCF depuis qu'il a rallié feu Georges Frêche.