Installée depuis près de vingt ans à Monteils, l'école associative Caminarem accueille plus de cent élèves formés suivant la pédagogie Waldorf-Steiner. Coincée sur un terrain devenu trop exigu et soucieuse de développer un enseignement de niveau secondaire qui n'existe pour l'instant à proximité qu'en Avignon, l'association va chercher et trouver à Alès un terrain adéquat en 2010, obtenir une proposition chiffrée de la mairie en 2012 avant que le projet ne soit retiré de l'ordre du jour du conseil municipal du 13 février 2012. Depuis, le projet est complètement gelé et les enfants s'entassent dans des bâtiments provisoires.
"Nous sommes installés sur ce terrain à Monteils depuis 19 ans maintenant" explique Matthieu Brunet, trésorier de l'association, "il n'y a plus de terrain libre autour, les accès sont étroits, l'un d'eux passe par un terrain privé et il y a peu de places de parking. Nous ne sommes pas non plus reliés au tout à l'égout et en cas de développement il nous manquerait de la surface pour l'épandage. Tant que nous restons sous la barre des deux cents élèves on peut tenir administrativement mais dans les faits nous manquons déjà de place pour construire. L'école fonctionne avec des doubles classes et, faute de pouvoir construire ici , nous avons dû installer des bâtiments provisoires". Cette situation ne permet pas non plus d'envisager l'ouverture au delà de la 9e classe (l'équivalent d'une classe de troisième) et de créer un cycle secondaire qui serait la suite logique du développement. Il n'existe actuellement que six propositions pour le secondaire en région parisienne, à Lyon, Colmar, Strasbourg et Avignon qui est la plus proche.
"Comme il y en a encore peu d'écoles en France qui pratiquent la pédagogie Waldorf -Steiner déjà très développée à l'étranger, l'école qui est ouverte à tous les enfants exerce une forte attraction. Ainsi des chefs d'entreprise et des artisans se sont installés autour de l'école. On peut citer ici "Arcadie" qui soutient l'école depuis le début, ou encore "Jolie Terre" l'entreprise lauréate du prix Audace en Cévennes l'an dernier" explique la présidente Laure Hoffmann. "L'idée d'ouvrir un cycle secondaire constitue un projet très motivant et d'ailleurs en 2011, avant que le projet ne soit gelé, le nombre d'enfants accueillis avait augmenté de 30% à la rentrée."
Le terrain idéal
"Nous avons cherché dès 2009 des terrains un peu partout" explique Matthieu Brunet. "A l'époque il ne nous serait pas venu à l'idée de s'installer à Pist Oasis. Mais pour construire une école il faut un POS ou un PLU aujourd'hui qui le permette comme c'est le cas dans les zones artisanales. Politiquement, nous nous sommes rendus compte également qu'il fallait aussi que le maire ait un certain poids politique et une vision qui lui permette d'entraîner l'adhésion de son équipe. Les écoles privées associatives sont encore peu nombreuses en France et la pédagogie Waldorf-Steiner bien que soutenue (Albert Jacquard qui vient de nous quitter , comme Jack Lang et Nancy Huston pour ne citer que des genres différents...) est encore assez peu connue. Or nous savons qu'il existe un réflexe de rejet pour ce qui est mal connu. Pour nous, s'installer dans une grande ville, c'est aussi permettre justement d'être beaucoup plus visibles. Et puis pour des jeunes lycéens, s'installer à proximité d'une ville et des ses infrastructures culturelles et de loisirs était une nécessité. Le terrain d'Alès avec 8000m2 constructibles bordés de 4 hectares de terres agricoles (inondables) répond à tous ces critères, il nous permet de proposer le développement d'une ferme pédagogique et de plusieurs ateliers que nous pourrions ouvrir à tous".
Un immense cafouillage
L'attractivité de l'école et de ce projet n'ont pas échappé au services économiques de l'agglomération et à Max Roustan qui en avril 2011 fait une proposition, charge aux domaines d'en fixer le prix. L'offre est chiffrée à 300.000 euros en novembre 2011. C'est alors que les services techniques s'aperçoivent que les terrains appartiennent à la mairie et non à l'Agglo. Le dossier est alors mis à l'ordre du jour du conseil municipal. La suite on la connait : le conseiller municipal d'opposition Benjamin Mathéaud (PS) interpelle le maire via la presse avant même la date du conseil. Le jour, et bien que le point ait été retiré de l'ordre du jour du conseil, Benjamin Mathéaud s'en empare et affirme que la base sur laquelle se fonde l'école, l'anthroposophie, est partiellement susceptible d'une dérive sectaire. Il s'appuie pour cela sur le rapport de 2001 de la mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils). Bien que le droit de citer ces listes ait été supprimé depuis 2005 et que les écoles Steiner aient fait réviser leur position, le mal est fait... l'attaque n'est pas suffisamment précise pour relever de la diffamation comme l'avait envisagé dans un premier temps l'association, mais assez claire pour laisser planer un doute.
Une situation confuse
On est alors en février 2012 et les médias s'emparent de l'affaire qui fait autant de publicité d'ailleurs à l'école Caminarem qu'à Benjamin Mathéaud. Un an et demi plus tard, la situation n'a pas bougé d'un pouce. Pourquoi ? De son côté l'école (on a vu plus haut pourquoi) tient à ce terrain. L'association n'est donc pas repartie en quête d'un autre projet. Interrogé hier, Benjamin Mathéaud s'en tient à ses positions. Il ajoute, argument déjà avancé à l'époque "que le foncier est rare à Alès et que la ville doit consacrer toute son énergie à promouvoir l'école laïque". Sa position est d'autant plus étonnante que les familles qui mettent leurs enfants à Caminarem sont plutôt de son bord politique et que son parti, le PS ,est plutôt favorable aux projets de ces écoles défendues par Jack Lang. Mais l'affaire, sortie avant les législatives, visait surtout à nuire au maire d'Alès. Et le maire justement ? En juin 2012 ,après avoir laissé passer les législatives sur son conseil, l'association envoie un courrier en mairie pour confirmer leur intérêt pour l'offre de novembre 2011. Sans réponse, l'association va alors essayer plusieurs fois d'obtenir un rendez-vous sans succès. Finalement en janvier 2013, le maire reçoit le bureau de l'association.
Un deal étrange
Au cours de cette entrevue Max Roustan confirme qu'il n'est pas opposé à ce projet mais "qu'il souhaite que l'association obtienne de Monsieur Mathéaud qu'il se rétracte publiquement". "Je ne sais pas comment nous avons pu nous laisser embarquer là dedans" explique Matthieu Brunet. "En effet, si Monsieur Roustan doit faire face à des questions dans sa majorité, nous pouvons y apporter des réponses et des garanties, et nous sommes prêts à le faire... mais nous n'avons pas suffisamment d'expérience politique et ni même le temps matériel pour faire du lobbying pour convaincre son opposition ! En plus nous avons la tête dans le guidon pour régler des problèmes qui sont directement liés au gel de ce projet. Imaginez une entreprise privée de la vision de son développement ! Nous n'avons rien de solide à quoi nous raccrocher. Le seul fait positif c'est que nous savons que ce terrain n'a pas été vendu bien qu'il y ait eu des propositions". L'association a bien évidemment rencontré Monsieur Mathéaud qui leur a rappelé "que le maire avait les moyens de passer en force s'il le désirait mais que lui-même resterait opposé au projet quoi qu'il en soit".
Alors que les élèvent viennent d'effectuer leur rentrée dans des préfabriqués, les membres de l'association se demandent donc s'il reste une petite chance que leur projet sorte du placard où il a été jeté avant que les élèves ne quittent l'école...
Raphaël Motte
raphael.motte@objectifgard.com