Alors que le géant de l'énergie allemand E.ON a annoncé la conversion au bois de la centrale de Gardanne, les Cévennes, dont le châtaignier à été désigné comme source d'approvisionnement, s'interrogent.
Le Syndicat mixte d’aménagement et de conservation de la vallée du Galeizon , Réserve de Biosphère des Cévennes s'interroge à l'instar de Yannick Louche sur le devenir de la châtaigneraie à l'aube d'un nouveau projet qui risque de redistribuer les cartes. En effet, contraint d'abandonner l'exploitation des vieilles centrales thermiques au charbon qu'il exploitait en France et devenues trop polluantes et non rentables, le groupe allemand E.ON a proposé un projet de conversion à la biomasse d'une unité de la centrale de Gardanne située dans les Bouches du Rhône. Ce projet a aujourd'hui reçu toutes les autorisations administratives et et notamment la publication de l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploiter fin 2012.
Le groupe allemand, qui est tenu par le gouvernement français de s'approvisionner localement, d'ailleurs essentiellement en région PACA et sans toutefois venir en concurrence sur les filières locales existantes (comme par exemple la papeterie de Tarascon autour du pin), a donc annoncé vouloir exploiter également la ressource "châtaignier", définissant ainsi les Cévennes comme une "zone d’ approvisionnement prioritaire", zone qui s'étend sur un axe "Le Vigan-Bessèges" et "Anduze-Florac" annonce le Syndicat Mixte.
Outre le fait que certaines organisations écologistes s'interrogent sur la pertinence de brûler du bois dans de grandes unités avec un rendement énergétique faible, (la technique étant mieux adaptée au petites chaufferies locales), les besoins recensés qui sont de l'ordre de 750.000 à 900.000 tonnes de bois (ou biomasse) par an pour le projet sont disproportionnés par rapport à la filière locale existante. Ce déséquilibre nourrit d'ailleurs de nombreuses controverses à l'égard du projet dont l'ambition et la taille sont contestés malgré le soutien du gouvernement. C'est dans ce contexte d'un déséquilibre brutal entre l'organisation de l'offre et l'urgence de la demande que naît l'inquiétude en Cévennes où l'on reconnait toutefois que ce marché potentiel pourrait constituer une formidable opportunité en permettant une structuration rapide de la filière et ainsi une meilleure exploitation de la forêt de châtaigniers, bien trop souvent laissée à l'abandon.