Publié il y a 1 h - Mise à jour le 06.11.2026 - J.Rz. - 4 min  - vu 32 fois

ARLES Capitale de la traduction littéraire, le temps d'un week-end

©Romain Boutillier

Du 6 au 8 novembre, Arles devient pour trois jours la capitale des littératures étrangères. Organisées depuis 43 ans par l'association ATLAS, les Assises de la traduction littéraire réunissent traducteurs, auteurs et curieux autour d'un thème. Cette année, ce sera "Magie, merveilles et fantasmagories". Conférences, ateliers, lectures, mentalisme et théâtre d'ombres se déploient dans les plus beaux lieux de la ville. Dont deux sont ouverts pour la première fois au public cette année. Entretien avec Julie Duthey, responsable de la communication de l'association.

Objectif Sud : "Magie, merveilles et fantasmagories" : pourquoi ce thème, et que révèle-t-il du travail du traducteur ?

Julie Duthey : L'acte de traduire est par essence un peu magique, il rend possible l'impossible : un même texte qui existe en deux, trois, mille langues ! Cette année, les traducteurs et traductrices des Assises se poseront à nouveau d'innombrables questions passionnantes : la formule magique le reste-t-elle quand elle est traduite ? Le Diable est-il aussi terrifiant en Estonie ou en Russie ? Comment la lecture des figures de Médée et Circé évolue, à travers les époques, et les retraductions ? Nous explorerons en leur compagnie le merveilleux chinois, le chamanisme brésilien et italien, les Métamorphoses d'Ovide, les univers de Tolkien, Lovecraft ou William Morris, la traduction de Don Quichotte, Dracula, de l'afrofantasy... et moult autres contrées merveilleuses.

Quels sont les temps forts de cette 43ᵉ édition ? Les moments à ne pas manquer ?

C'est très difficile de choisir des temps forts parmi cette vaste programmation ! Mais nous avons la chance de recevoir Mohamed Mbougar Sarr (Prix Goncourt 2021), l'un des plus grands auteurs francophones de notre époque, qui nous fera l'honneur d'ouvrir ces 43ᵉ assises, avec une conférence inaugurale de haut vol, une grande traversée des imaginaires du monde par la littérature : Afrique, Europe, Amérique latine... Pour "faire de chaque histoire du monde notre histoire traduite", pour le citer (aujourd'hui, vendredi 6 novembre, à 15 h, à la Chapelle du Méjan). Deux duos de grandes traductrices exploreront des figures féminines de la mythologie : Médée et Circé, au fil de leurs réinterprétations de l'Antiquité à nos jours (samedi 6 novembre à 16h au Méjan), et les Métamorphoses d'Ovide, "de traduction en transmutation" (à 17h30, au Musée Arles Antique). Les cinéphiles fonceront au cinéma du Méjan pour (re)découvrir Alice, de Jan Svankmajer, membre du groupe surréaliste de Prague. Mêlant prises de vue réelles et animations en stop motion nourries par l’art de la marionnette, il livre une vision assez librement inspirée du livre de Lewis Carroll, bien loin des adaptations hollywoodiennes.

Parmi les autres temps forts, si forts qu'ils affichent déjà complet, on retrouvera les ateliers du samedi et dimanche matin, pour s'initier ou pratiquer l'art de la traduction. Il y aura cette année des ateliers de bosnien, moyen-français, provençal, swahili, yoruba, finnois, russe, allemand... Le principe est qu'il n'est pas nécessaire de parler la langue pour participer à ces ateliers. Les participants travaillent avec un "mot-à-mot" et découvrent par la pratique les spécificités de la langue et du texte exploré. Cette année, grande nouveauté, nous accueillons aussi un atelier de danse, autour de la tarentelle, une danse traditionnelle italienne destinée à "vaincre la mort en gesticulant" ! Ce sera au tout nouveau Fonds Bustamante, qui nous ouvre ses portes pour la première fois. L'Hôtel de Viguier, nouvel écrin arlésien rue de la Calade, accueillera une première représentation d'Échapper à soi, un spectacle de Chloé Vivarès un spectacle mêlant théâtre, littérature et performance magique, autour de la mémoire et de comment la littérature sauve une écrivaine de ses souvenirs omniprésents (samedi 7 novembre, à 11h. Une seconde représentation aura lieu l'après-midi, à 16h au Cargo de Nuit).

Une fois de plus, le programme 2026 montre que les Assises ne sont pas réservées au seul cercle d’initiés de la traduction …

Nous proposons effectivement chaque année plusieurs temps forts accessibles à toutes et à tous ! Nous pensons par exemple les ateliers de traduction pour qu'ils soient vraiment accessibles, sans avoir besoin de parler la langue de l'atelier ni d'avoir déjà traduit. Au-delà des traducteurs, étudiantes, acteurs et autrices de la chaîne du livre, qui viennent toujours plus nombreux chaque année, les Assises s'adressent vraiment plus largement aux passionnés de langues et/ou de littératures, et cette année, aux passionnés du merveilleux.

Nul besoin de parler la langue de l'atelier ni d'avoir déjà traduit pour participer aux ateliers de traduction. Eh oui, c'est ça aussi les Assises ! • ©Romain Boutillier

Samedi 7, à 14h30, on peut venir en curieux pour "Archipelagos" au Cargo de Nuit. On y écoutera 6 traductrices et traducteurs y lire des extraits de leurs découvertes littéraires, traduits par leurs soins en français pour la première fois. Des textes inédits venus de Roumanie, de Palestine, de Catalogne, d'Italie, d'Espagne et de Hongrie. Les amateurs de fantasy seront au rendez-vous du dimanche matin à l'Espace Van Gogh, avec deux conférences. Pour "La traduction aux portes des merveilles", à 10h30, Marie Perrier explorera les imaginaires de Poe, Lovecraft, Orwell ou encore Tolkien, à travers leurs traductions ; le médiéviste arlésien Florian Besson nous racontera quant à lui l'œuvre de "William Morris, traducteur", à 11h30. Traducteur anglais de romans médiévaux et textes antiques du XIXe, il fut le premier à se servir de ces fondations pour inventer des mondes imaginaires médiévalistes emplis de surnaturel. L'après-midi, nous accueillerons une représentation exceptionnelle de L'Ombre au piano, un ballet d'ombres où personnages, animaux, et créatures apparaissent et se métamorphosent, par les mains de l'ombromane Philippe Beau, et au son du piano de Peggy Buard. Ce sera dimanche après-midi, à 14h au Méjan. Et beaucoup d'autres réjouissances pour peu qu'on soit curieux !

Tout le programme est à découvrir sur le site d'ATLAS.

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