C’est devant le mazet complètement rénové que se sont retrouvées avec émotion deux familles à quelques jours de Noël. C’est effectivement dans ce mazet que, pendant la guerre, le résistant Lacroix sera protégé par Paul Moureau, un habitant d'Aramon.
C’est donc l’épilogue d’une histoire hors du commun qui s’est déroulée sur la commune d’Aramon. En mars 1944, Jacques Conty Zick - Lacroix de son nom de résistant - agent de liaison est capturé par la Gestapo. Il est alors incarcéré à Marseille, puis à Avignon avant d’être conduit à Nîmes. Le 19 août il est jeté dans un train pour les camps de la mort. Son wagon à bestiaux doit l’y conduire, toutefois la résistance est présente et l’armée de l’air britannique va bombarder le train tout en prenant soin d’éviter le wagon où est présent Lacroix et d’autres prisonniers. Il peut alors s’échapper dans la campagne, courir avec ses menottes et son habit de prisonnier. Attraper une pêche au vol, courir et courir encore jusqu’à ce qu’il croise la route de Paul Moureau. Le jeune homme est alors mineur et il va demander l’autorisation d’aider ce prisonnier à son père et à sa famille. Paul et sa famille vont alors faire bloc autour de Lacroix pour le protéger et l’aider. Ainsi, il va passer près d'une semaine à l’abri de plusieurs familles dans ce mazet perdu dans les vergers de l’époque. De quoi permettre au résistant de rester en vie tout simplement.
Une histoire qui a lié à jamais les deux familles qui ont continué de se voir et de rester en contact malgré les années. Une histoire qui se poursuit à Aramon des décennies après. Plus précisément en 2016 lorsque l'entreprise de sélection et production de semences potagères, Rijk Zwaan, décide de s’agrandir. Effectivement, basée à Aramon depuis 1988, elle fait partie du groupe Rijk Zwann dont le siège est aux Pays-Bas et qui depuis plus de 90 ans, travaille dans la sélection et la production de semences potagères. Un groupe qui sélectionne et crée de nouvelles variétés pour des professionnels du monde entier. Le site compte autour de 130 salariés sur une surface de 55 ha, mais il est en expansion et il lui a fallu acquérir de nouvelles terres. C’est alors que l’entreprise a acheté la parcelle ou se trouvait le mazet Moureau. "La bâtisse était en mauvais état. Il n’y avait aucun contrat écrit à la restaurer, mais pour nous il s’agissait d’un contrat moral par rapport aux familles et au devoir de mémoire", a souligné sur place le directeur Bruno André. Dans ce mazet, on entendra pour toujours Jacques Conty Zick dire : "je décide de résister. Je résiste". Et on entendra toujours Paul Moureau dire : "Je décide d’aider. Je viens en aide".
Alors la décision de le conserver et de la restaurer a été rapide à prendre, comme une évidence. Pour cette belle inauguration, les deux familles se sont retrouvées avec émotion sur ce site tant chargé d’histoire. De son côté Rijk Zwaan France aimerait que ce mazet historique puisse désormais être ouvert au public et aux scolaires. Pour cela il faudrait qu’un chemin communal puisse y être créé. Un joli projet qui devrait voir le jour rapidement.
Franck Chevallier
franck.chevallier@objectifgard