Publié il y a 13 ans - Mise à jour le 23.08.2023  - 4 min  - vu 282 fois

PORTRAIT DU DIMANCHE Max Bresson. Toute une vie et tout un village réalisés au centième

Max Bresson  a partagé sa vie entre les grands espaces et les petites maquettes. Cet homme qui est descendu enfant dans la mine de St Jean de Valériscle a parcouru toutes les mers du globe en réalisant les maquettes des bateaux sur lesquels il naviguait. Revenu au pays, il s'est naturellement penché sur les maquettes de son pays, d'abord le puits de mine N°4 avant de se lancer sans le savoir dans une gigantesque entreprise ; la réalisation au centième de tout le village de St Jean de Valériscle.

Max Bresson est né à Nîmes en 1931 où il a été élevé par sa tante. Il est revenu dans le village natal de sa mère pour travailler à la mine au fonds du Puits N°4 vers 13 ou 14 ans pendant près d'un an et demi. "Je  ne voulais pas y rester dit-il mais  je n'avais pas encore 16 ans et à l'époque il n'y avait pas de centre d'apprentissage. J'ai donc pris la direction de Toulon chez les apprentis mécaniciens de la flotte à St Mandrier. J'y suis resté deux ans en internat. C'était encore plus dur que la mine, mais au moins j'étais à l'air libre.

La cave atelier qui abrite la flotte au centième. Photo DR/RM

En avril 1950 j'ai passé mon brevet d'ajusteur mécanicien et je me suis embarqué sur le Francis Garnier à Papeete". Ce navire Italien (l'ex Erytrea) avait été donné à la France en dédommagement après la guerre. Il avait été désarmé et il servait à représenter la France dans le Pacifique. Tuamotu, les Iles Sous le Vent, Gambier... "On distribuait des drapeaux français au indigènes... c'est la que j'ai fait ma première maquette au centième." Ce passe-temps ne le quittera plus et deviendra une passion. En 1953 Max retourne à Saïgon dans la flottille amphibie pour ravitailler les postes jusqu'à Hué. "Il n'y  avait pas beaucoup de place sur le LCU N° 1087 et je n'y ai fait que des petites maquettes pour les enfants". Il quittera le Vietnam près Dien Bien Phu et reviendra en France pour se marier.

Au fil ds années Max va avoir trois enfants et naviguer sur des plus courtes périodes. A chaque fois il réalisera une ou plusieurs maquettes des bateaux sur lesquels il navigue, "Certainement plus d'une dizaine" dit-il. C'est ainsi qu'il ira surveiller les zones de pêche au large de l'Islande ou de Terre Neuve sur un escorteur côtier L'Agile. Revenu à Toulon, il repartira encore sur un escorteur d'escadre Le Chevalier Paul (lui aussi réalisé à bord), où il prend des cours de plongée. Cela l'amènera plus tard à embarquer sur un bateau hydrographe "La recherche" pendant plus d'un an pour surveiller les côtes de la mer du Nord. Mais cet homme du sud se lasse de Cherbourg "où on ne se voit même pas tellement il fait gris". En 1962 il s'embarque sur un pétrolier ravitailleur d'escadre dans l'Océan Indien, La Seine, avant de revenir à terre aux ateliers militaires à Toulon.

"En juillet 65, j'avais fait mes 15 ans et demi  de mer et on voulait me renvoyer à Tahiti pendant les essais nucléaires français. J'ai quitté l'armée !" Pendant les 25 ans qui suivent Max Bresson va travailler sur la zone pétrolière de Martigues. Ce n'est qu'en 2006 qu'il arrive à Saint Jean de Valériscle et qu'il se remet à construire des bateaux. "J'en ai réalisé quelques-uns, j'ai refait notamment le Francis Garnier mais aussi de bateaux sur lesquels je n'avais jamais navigué, juste pour le plaisir". Comme Le porte-avions Clémenceau, le remorqueur de haute mer L'abeille Languedoc, un remorqueur de port, un brise glace canadien, le cuirassé New Jersey (qui mesure encore deux mètres au centième !), une vedette lance-torpille...

Sur la place du village, le cortège des mariés et l'éclairage municipal. Photo DR/RM

"Et puis un jour que j'attendais les plans, (Max réalise toutes se maquettes en bois avec des chutes de bois et des cagettes), j'ai décidé de faire l'église du village pour patienter. Je suis parti sur l'échelle au centième dont j'avais l'habitude. Une fois finie l'église m'a bien plu et j'ai décidé de faire quelques maisons autour". Quelques années plus tard, (entre 2000 et 2500 heures de travail plus tard exactement selon ses estimations), voilà notre Max flaqué d'une maquette de 2,50 m sur 1, 90 mètre qui représente cette fois tout le village.

Une maquette particulièrement conviviale puisque Max pousse le détail à l'animer de minuscules personnages qui représentent le maire, les employés municipaux effectuant des travaux avec leur camion près de la rivière... Si d'aventure un habitant change la couleur de ses volets, il ne se passe pas trois jours avant que Max Bresson ait rectifié sa maquette qui fige ainsi certaines attitudes, parfois comiques, de la vie du village. Consciente de la richesse de ce travail, la municipalité va l'exposer une première fois pour les journées du patrimoine puis à toutes les grandes occasions. Max Bresson recevra la médaille du village. Une nouvelle étape est franchie quand il est décidé de faire tomber une cloison dans le Musée des blasons à St Jean afin  pouvoir exposer la maquette sous surveillance de manière plus permanente. Entre temps Max Bresson complète le dernier quartier manquant et y apporte l'éclairage municipal. On n'arrête pas le progrès !

Raphaël MOTTE

raphael.motte@wanadoo.fr

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