Pendant des siècles, il fut l'hôte des cardinaux. Dans quelques années, il sera celui de l'école de musique, aujourd'hui sa voisine, bientôt son occupant privilégié. Construit entre 1344 et 1348, le palais de la Thurroye, ancienne résidence cardinalice, a longtemps abrité des arrivées religieuses, des banquets et des réunions diplomatiques, avant de se morceler et dépérir au rythme des reventes et occupants successifs, mais aussi du souffle d'une bombe lors de la Seconde Guerre mondiale.
C'est alors qu'en octobre 2021, la municipalité acquérait l'aile nord-est, alors « dans un état préoccupant ». L'objectif, à terme : y implanter le conservatoire du Grand Avignon. « Ce palais était en totale déshérence, on a eu besoin de six mois pour révéler sa splendeur, rappelle la maire Pascale Bories. Cette sélection par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern est une belle reconnaissance de la qualité du projet de l'école de musique et de la valeur patrimoniale de la Thurroye et lui offrira une visibilité supplémentaire qui dépasse la commune. Nous nous devons de préserver et restaurer ce patrimoine pour le transmettre aux générations futures. »
Ce projet ne sort pas de nulle part. Outre le fait que l'école Yves-Marie Bruel est aujourd'hui à l'étroite et voisine du Palais, une partie de sa structure originale a miraculeusement survécu malgré l'état général "préoccupant" : charpente d’origine, décors peints, dont un lion de Saint-Marc, graffitis musicaux, et, surtout, « une portée musicale unique au monde ». Une raison majeure de sa classification aux monuments historiques en mai 2025.
Un projet ambitieux et respectueux...
Les travaux*, qui s’échelonneront jusqu’en juin 2029, seront menés avec une exigence absolue de conservation. « Ce chantier fait 400 m², mais chaque centimètre est délicat et précis. Il demande un niveau d'exigence, d'attention et de concentration particulier », souligne Corrado de Giulli Morghen, architecte en charge du projet. « Il faut d’abord conserver et restaurer ce qui existe, puis développer ce qui doit l’être. » Les planchers dégradés, les poutres manquantes, les bois dégradés et les infiltrations seront les principaux axes de travail pour le cabinet sélectionné, Fabrica Traceorum.
Le palais sera restauré dans le respect de son histoire, « en sauvegardant à la fois son architecture, ses vestiges et ses matériaux », avec des espaces modulables pour l’apprentissage individuel ou collectif, des espaces, entre autres pour le jazz et les pianos, et une coursive médiévale reconstruite : « La polyvalence des espaces nous permet d’anticiper les équipements contemporains, comme la climatisation, l'ascenseur ou les espaces d’attente », ajoute l’architecte. Les décors peints et graffitis musicaux seront quant à eux mis en valeur dans un parcours pédagogique et culturel.
Qui nécessite un financement participatif et solidaire
Sélectionné par la Mission Patrimoine de Stéphane Bern, le projet bénéficiera des recettes du Loto du Patrimoine. Décliné en trois versions, le nouveau jeu à gratter Mission Patrimoine permettra de remporter jusqu’à 1,5 million d’euros. Le
montant du prélèvement sur les mises revenant normalement à l’État, soit 1,86 € par ticket acheté, sera reversé à la Fondation du patrimoine. Des tirages Loto dédiés les 16, 19 et 21 septembre, offriront un jackpot d'au moins deux millions d’euros, en plus d'un Super Loto le 18 septembre, à la veille des Journées européennes du patrimoine, dont le jackpot sera de 13 millions d’euros minimum. 54 centimes seront reversés par l’État à la Fondation du patrimoine pour chaque grille de 2,20 € jouée, et 0,73 € pour chaque grille de 3 euros.
La Fondation du Patrimoine, qui fête ses 30 ans, a déjà soutenu 3 500 projets en France, dont 240 en Occitanie-Méditerranée et 20 dans le Gard. « Un euro de don génère en moyenne 21 € de retombées économiques », rappelle Patrice Genet, directeur régional.
Une marraine de prestige qui veille sur un chantier complexe
Christine Lagarde, ancienne ministre et aujourd'hui directrice de la Banque centrale européenne, marraine de cette restauration, a tenu à souligner son attachement à la ville : « Villeneuve-lès-Avignon est dans mon cœur. Ma mère était amoureuse de cette ville, aussi riche de son histoire que de son avenir. »
Les travaux, mis en suspens chaque été, devront composer avec les contraintes d’un chantier en milieu habité. Il sera donc délocalisé au plus possible dans les ateliers. Pascal Crépin, conseiller municipal délégué au suivi de la rénovation des monuments historiques, l'assure : « La volonté est de laisser le décor tel quel autant que possible ». Un aperçu du chantier sera proposé ce week-end, sur site, à l'occasion des journées européennes du patrimoine.
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*Budget prévisionnel des travaux :
Le budget prévisionnel des travaux s'élève à 6,164 millions d'euros :
- 528.000 euros de consolidation des décors peints
- 2,37 millions constituent la tranche ferme qui va débuter ce mardi 15 septembre. Ils visent à mettre le bâtiment hors d'eau et hors terre
- Deux tranches optionnelles, respectivement à 1,4 million et 1,87 million, viendront renforcer le bati et aménager les intérieurs et extérieurs
L'Etat, via la DRAC Occitanie subventionnera 50% du montant subventionnable, soit 1,43 million, grâce à une signature prochaine. La Région et le département insufflent chacun 286.000 euros. Toutes les sommes sont en Hors Taxes.