Publié il y a 40 min - Mise à jour le 27.10.2026 - BP - 3 min  - vu 52 fois

GARD Guillaume Natton : "Il était hors de question que nos salariés paient pour aller travailler"

Guillaume Natton 

- DR

Depuis le printemps, la flambée des prix des carburants pèse lourdement sur les métiers de l’aide à domicile. À la tête de Vivadom, association gardoise qui accompagne chaque jour des personnes âgées, malades ou en situation de handicap, Guillaume Natton a choisi d’augmenter l’indemnité kilométrique de ses salariés. Une mesure qui vient d’être prolongée jusqu’à la fin de l’année.

Objectif Sud : En quoi la hausse du prix des carburants touche-t-elle particulièrement votre activité ?

Guillaume Natton : Elle a un impact financier très fort. Notre métier principal, c’est l’accompagnement à domicile de personnes vulnérables, fragilisées par l’âge, le handicap ou la maladie. On y va avant tout pour les aider à se lever, à prendre leur petit-déjeuner, à se doucher, à manger et à se coucher le soir. C’est bien au-delà du ménage, ce ne sont pas des services de confort. Ce sont des métiers indispensables. Je ne peux pas ne pas y aller parce qu’il fait chaud, parce qu’il y a une alerte rouge comme la semaine dernière, ou parce que l’essence est trop chère. Si on n’y va pas, ce sont les urgences qui se retrouvent engorgées derrière.

Quelle décision avez-vous prise pour vos salariés ?

Nos salariés sont payés au SMIC quand ils n’ont pas d’ancienneté, un peu plus pour les plus qualifiés. Ce ne sont pas des salaires élevés. Nous sommes une entreprise, mais avec une gouvernance associative. Avec notre conseil d’administration et sa présidente, Laurence Richard, nous avons dit qu’il n’était pas possible que nos salariés pâtissent de cette hausse. L’indemnité kilométrique de la branche est de 38 centimes. Nous l’avions déjà portée à 43 centimes il y a environ un an, grâce à un accord avec le Département, bien avant la crise. Le 1ᵉʳ avril 2026, nous sommes passés à 50 centimes du kilomètre pour donner un peu d’oxygène à nos salariés.

"On prend sur nos fonds propres"

Cette mesure devait pourtant prendre fin cet été ?

Oui, nous l’avions fixée jusqu’au 31 août, en espérant que la crise géopolitique s’apaise et que les prix baissent. Il ne vous aura pas échappé que la situation ne s’est pas améliorée. Le 24 septembre, notre conseil d’administration a donc prolongé la mesure jusqu’au 31 décembre, toujours à 50 centimes du kilomètre. Notre mission est une mission de service public, nous ne pouvons pas nous permettre qu’elle ne soit pas réalisée.

Comment financez-vous cet effort ?

Nous ne gagnons que ce que nous facturons, avec un tarif fixé et imposé par le Département. Nous prenons donc sur nos fonds propres. En parallèle, nous menons une gestion rigoureuse en optimisant les tournées pour que les salariés fassent le moins de kilomètres possible. Si une salariée habite à Vauvert, nous allons essayer de la faire intervenir à Vauvert et dans les villages autour. À Nîmes, nous avons trois secteurs et même des sous-secteurs. Il faut savoir aussi que nous payons intégralement les kilomètres entre deux bénéficiaires, ainsi que le temps de déplacement. Normalement, c’est une obligation dans notre secteur, mais beaucoup ne le font pas.

Pourquoi ne pas regrouper les interventions pour réduire les coûts ?

Ce n’est pas possible. Nous intervenons dans des domiciles privés. Je ne peux pas demander à deux personnes d’habiter ensemble le temps que la crise passe pour n’avoir qu’une intervention à faire. La seule marge, c’est l’organisation : si une autre salariée intervient déjà à proximité, je vais lui confier la visite pour réduire la distance. Mais je ne peux pas acheter un robot ou une machine qui remplacerait dix salariés. Ça n’existe pas dans notre secteur.

"Nos salariés, c’est notre capital"

Vos salariés ont-ils pu bénéficier de l’aide gouvernementale pour les grands rouleurs ?

C’est à eux de faire la démarche. Nous avons fourni quelques attestations de domicile et de lieu de travail, mais nous n’avons pas de retour sur le versement. C’était quand même une usine à gaz. Comme nous essayons justement de faire travailler nos salariés près de chez eux, peu d’entre eux atteignent le seuil de kilomètres demandé. Je comprends qu’il faille fixer un plancher, mais peu de nos collaborateurs ont été concernés.

Comment vos équipes ont-elles accueilli votre décision ?

Les salariés ont beaucoup apprécié l’effort, notamment les élus du personnel. Dans notre secteur d’activité, nous avons été l’une des premières structures du Gard, sinon la première, à augmenter l’indemnité kilométrique. Ça reste une priorité pour nous, parce que nos salariés, c’est notre capital. Sans eux, nous ne pouvons plus remplir notre mission. Le groupe compte environ 700 salariés, uniquement dans le Gard, dont 350 à 400 sur le terrain chaque jour : aides à domicile, aides-soignants et infirmières. Nous avons des antennes à Bessèges, Alès, Générac et Nîmes, ainsi que cinq crèches dans le département, et l’association fêtera ses 70 ans l’an prochain.

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