Publié il y a 57 min - Mise à jour le 26.10.2026 - Olivier Lemierre - 4 min  - vu 44 fois

FAIT DU SOIR Inondations en Pays d'Arles : Martine Vassal au contact des agriculteurs sinistrés

Martine Vassal s'est rendue sur le terrain rencontrer les agriculteurs arlésiens.

- Olivier Lemierre

 La présidente du département des Bouches-du-Rhône est venue à Moulès et Raphèle à la rencontre d'agriculteurs victimes des inondations du 20 et 21 octobre. Un fonds d'aide d'urgence d'un million d'euros est prévu. A l'aulne de cet événement tragique, Martine Vassal veut revoir avec tous les partenaires la gestion des canaux, engager des études hydrauliques, et mieux répondre à l'avenir aux épisodes cévenols qui n'affectent plus que le Rhône.  

Le désarroi est profond chez les agricluteurs du Pays d'Arles particulièrement impactés par l'épisode cévenol des 20 et 21 octobre. Il ne s'attendaient pas à une telle violence, à une telle quantité d'eau tombée butalement en l'espace de quelques heures. Un riziculteur assure avoir enregistré 300 millimètres à Raphèle. C'est l'équivalent de la moitié des précipitations moyennes  d'une année. Les dégâts sont lourds chez les éleveurs, les maraîchers, les arboriculteurs, les riziculteurs.

Vendredi, François de Canson, président de la Région Sud, est venu constater au Sambuc l'ampleur du désastre. Il a demandé le déploiement immédiat du dispositif régional d'adaptation au changement climatique de 5 millions d'€ par an. Une aide d'urgence immédiate de 5000€ va être votée pour permettre aux exploitants de faire face immédiatement à leurs besoins de trésorerie.

Le département débloque 1 million d'euros

Martine Vassal, la présidente du département des Bouches-du Rhône, est venue à son tour ce 26 octobre sur le terrain à la rencontre des agriculteurs arlésiens. Elle a annoncé une aide d'urgence d'un million d'euros. A Moulès, accompagnée de Mandy Graillon et de Lucien Limousin,  elle a rencontré Manon Bonnet. L'éleveuse de brebis  a subi de lourdes pertes. "Le Mas Compagnon que j'ai en location est situé à quelques mètres du canal de Craponne. L'eau est montée d'un mètre en l'espace de 3 heures dans la bergerie au lever du jour, mardi matin. On a pu sauver les mères mais j'ai perdu 150 agneaux, certains venaient de naître. Maintenant on a un problème pour nourrir les autres car ils ont perdu leur odeur et les brebis refusent de leur donner du lait. On doit le faire au biberon. Il faut aussi assainir la bergerie, sortir les bêtes mortes qui sont encore dedans. Nous sommes dans l'attente du passage des experts".

Trouver de la trésorerie

La présidente du conseil départemental s'est ensuite dirigée à quelques kilomètres de là dans une exploitation de grandes cultures, notamment rizicole, au Mas du Petit Mollegès, à Raphèles-les-Arles. On y accède par la route des marais. Ludovic Moschini et sa mère Christine ont montré l'étendue des dégâts. Les 180 ha de riz  n'avaient pas été encore été moissonnés. Ils sont soit sous l'eau, soit couchés, soit germés. "Depuis hier le niveau de l'eau dans les canaux a baissé. On peut commencer à pomper. Après il faudra encore attendre un bon mois avant  de pouvoir récolter" se désole Frédéric. Au total, entre 2000 et 2500 ha de riz seraient perdus dans les Bouches-du-Rhône et le Gard, soit une perte de production entre 10 et 15 000 tonnes.

Entre 2000 et 3000 ha de riz seraient perdus. • DR

"C'est la première fois que nous avons une inondation d'une telle ampleur, c'est vrai. Mais on a déjà connu des épisodes un peu similaires en 1994 et 2003. Ce qui fait que ce n'est plus si exceptionnel que cela en fait"  remarque sa mère. L'urgent pour l'exploitation, c'est de la trésorerie afin d'honorer les dettes. "On vit à crédit. On nous avance les achats et on paie à la récolte. Mais il faudra bien payer. Si les banques ne nous suivent pas, on peut se jetter dans le Vigueirat" lâche l'agricultrice.

La famille Moschini à Raphèle n'avait pas commencé la moisson de riz. • Olivier Lemierre

"Jusqu'ici le Crédit agricole a toujours été présent, heureusement". Reste que cet épisode climatique pose question. "Il faudra bien se mettre tous autour de la table, voir si les canaux sont bien dimensionnés, bien entretenus, trouver des solutions, des financements pour ne plus vivre cela à l'avenir".

"D'habitude on surveillait le Rhône"

Martine Vassal a elle aussi bien conscience de l'ampleur du problème. "Nous allons étudier cela de près, revoir la gestion des associations syndicales (ASA) dont certaines n'ont pas les moyens d'entretenir les canaux. On doit probablement revoir ce système.  Nous allons travailler aussi avec le Symadrem. Jusqu'ici, c'était le Rhône que l'on surveillait, que l'on a aménagé avec des digues pour qu'il ne déborde pas. C'est la première fois que l'eau déborde dans ce sens là. C'est inédit. Il fauda faire des études hydrauliques, trouver des solutions afin que l'eau s'évacue et faire en sorte que cela ne se reproduise pas".  Par ailleurs, l'élue estime que "les nouveaux aménagements devraient impérativement prévoir des systèmes pour faire face à des crues centenales. On ne peut pas aller contre l'urbanisation mais cela doit être fait en toute conscience".

Etat de catastrophe naturelle

Pour en revenir au monde agricole et à la répartition de ce fonds de soutien, elle n'a pas encore été décidée. Des contacts sont pris avec la chambre d'agriculture pour le maraîchage et l'arboriculture ; avec le groupement de défense sanitaire pour l'élevage ; avec le syndicat des riziculteurs. "Nous devons faire attention car les agriculteurs sont soumis à un dispositif européen qui limite les aides publiques à 50 000 € an par exploitation" explique Lucien Limousin vice-président du conseil départemental et délégué à l'agriculture. Une demande va être adressée à la ministre de l'Agriculture afin de pouvoir faire valoir auprès de l'Europe la particularité de la situation dans les Bouches-du-Rhône. Soixante communes dans le département ont fait une demande de reconnaissance de catastrophe naturelle.

Des stocks de foin ont pris l'eau. Un problème supplémentaire. • Olivier Lemierre

Un autre problème de taille à résoudre dans les semaines à venir sera de  trouver du fourrage pour nourrir les bovins. Les prairies de fauche ont été inondées, les stocks sont au plus bas et une partie des réserves est également sous l'eau. Bien sûr, le département est réputé pour son foin de Crau, mais beaucoup de producteurs ont déjà tout vendu. La demande a explosé  du fait de la sécheresse en France et de la baisse de récolte résultante : 50% dans certaines régions ! Ce qui reste part en priorité aux clients habituels, sans parler du foin stocké qui a pris l'eau lui aussi la semaine passée. Un vrai casse-tête.

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