Les violences, saccages et dégradations des commerces et des lieux publics ont plongé notre pays dans un état de choc depuis samedi. Difficile de comprendre ceux qui réclament davantage de justice sociale et qui en profitent pour vider les rayons des magasins détruits sur leur passage. Des commerces qui rencontrent déjà toutes les peines du monde pour survivre face à la crise économique. Rien ne peut justifier de tels actes. Encore moins quand la seule volonté semble être de semer le chaos. Avec des vidéos pour immortaliser leurs « exploits », des rires et des encouragements pour casser toujours plus vite, toujours plus fort. Le plus souvent, ce sont des mineurs. Des jeunes qui ne semblent même pas mesurer les conséquences de leurs actes. Ni comprendre qu'en détruisant un commerce, c'est aussi l'outil de travail d'autres Français qu'ils réduisent à néant. Il faut cependant, après la colère et l'émotion, tenter de comprendre ce qui nous échappe. Sans chercher des excuses ou des justifications. Peut-être que la première explication est finalement la plus simple : ces jeunes ne savent rien. Ou si peu. De notre histoire collective, de nos ambitions communes, du poids de la France dans le monde. De cette capacité qui est la nôtre à produire, depuis des siècles, les ressources intellectuelles et philosophiques pour comprendre notre époque. Ils ne mesurent pas davantage la force de résilience des Français face aux épreuves. La plus grande blessure de notre histoire récente reste celle des attentats contre Charlie Hebdo, l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes et le Bataclan. C'était il y a un peu plus de dix ans. Nous avons fait face. Nous avons été unis. Nous avons applaudi les forces de sécurité et de secours qui ont bravé tous les dangers pour venir en aide aux victimes. Nous avons montré que la France savait se retrouver autour de l'essentiel lorsque tout semblait vaciller. Une décennie plus tard, on ne peut pas condamner les policiers sans tenir compte de la violence à laquelle ils ont dû faire face. Mais on ne peut pas non plus rejeter une partie de notre jeunesse, y compris la plus violente, sous prétexte qu'elle n'aurait plus le sens de la République ni l'amour de la France. Car ces jeunes sont aussi les enfants de notre pays. Et leur avenir est notre responsabilité collective. Il y a cependant de sérieuses raisons de s'inquiéter face à un gouvernement qui ne semble toujours pas avoir pris la mesure de la tension sociale qui traverse notre pays, à six mois de l'élection présidentielle. Les lycéens, les fonctionnaires, les salariés précaires et tant d'autres Français ne savent plus comment se faire entendre. Bien sûr, il y a une dette colossale. Des finances publiques à rétablir. Personne ne peut ignorer cette réalité. Mais à quoi bon redresser les comptes d'un pays si une partie de sa population ne croit plus en son avenir ? Car c'est bien là que se situe le véritable danger. Dans cette rupture silencieuse entre la France et une partie de ses enfants. Il n'y a pas de couleur politique dans l'indifférence. Il n'y a pas non plus de fatalité à voir grandir une génération qui considère que son pays n'a plus rien à lui offrir. Et ce serait une erreur de croire que la seule réponse sécuritaire suffira à réparer ce qui s'est abîmé depuis des années. Il est temps de marquer une pause. De retrouver cet esprit d'unité qui nous avait rassemblés en 2015. Non pas pour tout excuser, encore moins pour oublier les victimes des violences, mais pour écouter enfin ce que notre jeunesse tente de nous dire. Même lorsqu'elle ne trouve plus les mots pour le faire. Il faut sanctionner ceux qui détruisent, accompagner ceux qui dérivent et redonner une perspective à ceux qui n'en voient plus. Car au fond, la véritable question n'est pas seulement de savoir comment empêcher ces jeunes de casser. Mais comment leur redonner envie de construire. Et cela, aucune réponse policière ne pourra le faire à la place de la politique.
Publié il y a 49 min -
Mise à jour le 19.10.2026 - Abdel Samari - 3 min
ÉDITORIAL Ces enfants de France que nous ne comprenons plus
Après les violences et les dégradations de ces derniers jours, il ne suffit pas de condamner. Encore faut-il comprendre pourquoi une partie de notre jeunesse ne croit plus en son pays. Et surtout, trouver les réponses politiques pour reconstruire ce lien qui s’est délité.
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Abdel Samari