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Objectif Gard : Après ce retrait de délégation inattendu en conseil municipal samedi, quel est votre état d'esprit ?
Yvan Lachaud : J'ai honte de ce qu'il se passe ! J'ai honte par rapport aux Nîmois qui nous ont fait confiance aux municipales en 2014 ! En prenant cette décision de façon violente et unilatérale, Jean-Paul Fournier rompt une union qui tenait depuis 16 ans. On peut avoir des désaccords mais continuer de travailler ensemble. Moi, j'ai toujours privilégié l'union de la droite et du centre. Pour des raisons qui ne sont pas les bonnes, il brise notre pacte de gouvernance… Pour moi, Jean-Paul Fournier est adepte de l'expression « après moi, le déluge. » Il sait qu'il ne sera pas candidat…
… Pas candidat ? Ce n'est pas ce qu'il laisse entendre… Le maire de Nîmes fait planer le doute sur un quatrième mandat.
D'accord… Ok ! S'il est candidat on verra bien !
« Fournier est mal conseillé »
Êtes-vous certain que Jean-Paul Fournier pratique la politique de la terre brûlée ? À trois ans des municipales, n'a-t-il pas une stratégie en tête ?
Jean-Paul Fournier n'est plus le même homme depuis un an. La décence fait que je ne ferai aucun autre commentaire… (il marque une pause et reprend). Je pense qu'il est mal conseillé et que certains l'ont poussé à prendre cette décision. Il ne l'aurait jamais prise il y a deux ans.
Ce divorce met fin à 16 ans de mariage entre la droite et le centre. Un mariage toutefois tumultueux. Quelle est l'origine profonde de votre conflit avec Jean-Paul Fournier ?
Vous parlez de conflit, moi non ! Je parle de différends. On a des philosophies différentes… Il est quand même dans un autoritarisme que je n'ai pas nécessairement. Même si à l'Agglo, des élus ont voté contre des délibérations, je n'ai jamais enlevé de délégation ! Pour moi, les notions de probité et de respect sont essentielles. Moi, je serai resté dans cette union jusqu'au bout sans problème. C'est lui qui provoque la crise !
Vous vous présentez comme une victime…
Là oui, c'est clair. Mais je ne revendique pas ce statut.
Jean-Paul Fournier a justifié ce divorce en assurant que vous ne défendez pas assez l'intérêt des Nîmois à l'Agglomération.
Tout ça est mensonger ! La preuve : l'Agglo verse 5M€ pour l'université de Nîmes ; 1,5 M€ pour la patinoire ; 100 M€ pour la ligne T1 et T2 du tram'bus… Cette année, grâce au développement économique de Nîmes Métropole, Nîmes a touché une compensation au niveau de la DSC (Dotation de Solidarité Communautaire) de 600 000€ ! Vous en voulez d'autres ? Grâce à l'Agglomération, les impôts des Nîmois (TEOM) ont diminué de 6M€ par an ! Si je les mets sur un siècle, ça fait 600 M !
Pardon ? Sur un siècle ?
Ce n'est pas le nouveau mode de calcul ? Samedi en conseil municipal, Franck Proust, qui dit n'importe quoi, a estimé que la Ville allait perdre 6 M€ sur 20 ans, dans le cadre du transfert des zones d'activités économiques de la Ville à l'Agglo ! Il est fou ! Il fallait prendre sur un siècle ! Ça représente 30 M€ ! Et tiens, pourquoi pas pour l'éternité tant qu'on y est ?!
Concernant le transfert de ces zones (le conflit à l'origine du retrait de votre délégation) pourquoi ne pas avoir cherché une solution amiable ? Une solution dans l'intérêt des Nîmois ?
Ça a été proposé en bureau, à la demande du président du groupe UPNM (dont les élus LR de la Ville de Nîmes font partie) qui s'appelle Eddy Valadier. Il m'a demandé d'ouvrir les négociations… Dès le lendemain, mon directeur de cabinet Julien Devèze et le DGS de Nîmes Métropole Laurent Cotteret ont rencontré leurs homologues de Nîmes qui ont refusé tout arrangement.
« Une décision politique stupide,
inadmissible et inique »
Lundi, Jean-Paul Fournier a tendu la main aux adjoints UDI, les invitant à conserver leur délégation. Qu'attendez-vous d'eux aujourd'hui ?
Je n'attends rien du tout ! Samedi en conseil municipal, ils ont dit clairement qu'ils partaient.
N'est-ce pas difficile pour certains ? Par exemple Valérie Rouvérand effectue un important travail avec le Département sur la mixité scolaire.
Valérie Rouvérand pense que nous sommes arrivés ensemble dans cette affaire là et que nous en partirons ensemble. Vous savez, elle n'a pas vécu que des choses simples en mairie de Nîmes ! Combien de fois le directeur de cabinet lui a interdit de communiquer à la presse ?
Le nouvel adjoint qui remplacera Mme Rouvérand n'aura peut-être pas la même approche sur ce dossier... Finalement, vos querelles politiques ont des conséquences sur la vie des Nîmois ?
Vous êtes en plein dedans ! Pour une décision politique stupide, inadmissible, inique… Il y a toute une partie du boulot qui part en fumée. C'est là où je dis que Jean-Paul Fournier trahit les Nîmois.
Des représailles à l'Agglo ?
À l'agglomération, vous avez deux vice-présidents LR de Nîmes. Allez-vous, en retour, leur retirer leur délégation ?
Je vous ai dit que j'avais des pratiques différentes ! Les élus LR de Nîmes ont déjà voté contre des décisions et n'ont pas eu de retrait de délégation. Après, on verra en fonction de ce qu'il va se passer. Si le degré d'agressivité et de non-respect s'exprime délibérément, je ne supporterai pas tout.
Si les élus LR s'abstiennent ou ne votent pas le budget de Nîmes Métropole, le 4 décembre, leur retirerez-vous leur délégation ?
On verra. C'est la démocratie.
Le budget est quand même l'acte fondateur d'une majorité...
C'est vrai. On verra ce qu'ils font. Mais je ne fais pas de politique fiction !
Les municipales, c'est dans trois ans. Divisée, la droite n'a aucune chance…
Jean-Paul Fournier est dans une stratégie de destruction. Il a fait trois mandats, il a été sénateur… Il a tout réussi dans sa vie politique. Il avait et il a toujours l'occasion de sortir par la grande porte. Je crois que pour l'instant il a fait le choix de la petite.
Jean-Paul Fournier laisse entendre que vous pourriez vous allier avec En Marche! pour les municipales. Est-ce vrai ?
C'est l'analyse de Fournier. Une fois de plus c'est mensonger. Moi aujourd'hui, je travaille avec les personnes qui ont envie de travailler dans l'intérêt général. Moi je ne suis pas du tout dans ce débat là… Aujourd'hui, je travaille avec une élue MoDem qui est Corinne Ponce. Ça se passe très bien…
Un rapprochement avec En Marche! ?
Vous ne répondez pas à la question. Pourriez-vous vous allier avec En Marche! pour les municipales ?
Ce n'est pas le débat.
Serrez-vous candidat en 2020 ?
2020 ? C'est loin… Je travaille avec plaisir pour ma ville.
Propos recueillis par Abdel Samari et Coralie Mollaret
coralie.mollaret@objectifgard.com