Prévu dans l'été, il a été reporté deux fois en raison de l'absence du directeur général et de la directrice administrative et financière. Mais le conseil économique et social (CSE) a bien eu lieu, le 4 septembre. Pour les représentants du syndicat FO de Sésame autisme, qui invitaient la presse ce jeudi pour faire un nouveau point après leur dernière alerte du début juillet (relire ici), l'inquiétude montait. "Début août, on a constaté qu'on n'avait plus aucune réponse à nos mails", explique Sébastien Migliore, élu FO au CSE.
Le 6 août, la secrétaire du CSE, affiliée CFDT, prévient de l'absence des deux membres de la direction via un message interne, l'un jusqu'au 14 août inclus, l'autre jusqu'au 13 août. "Sans nous dire pourquoi, relève Sébastien Migliore, mais ce sont les seuls qui avaient la délégation pour signer les payes." Depuis, les deux directeurs ne sont toujours pas revenus. Mais les payes ont bien été versées, grâce à la signature du président de l'association, Jean-François Costes.
"Le 4 septembre, en CSE, on a entendu que notre directeur général a annoncé sa volonté de quitter la direction le 18 juillet. Depuis, il est absent. Ce qui nous pose question, poursuivent les délégués FO : est-il en négociation pour une rupture conventionnelle ? En arrêt maladie ?" Des interrogations renforcées aussi par la présence d'une "nouvelle tête. On nous a appris que c'était le futur directeur de transition mais qu'il n'a pas encore de délégation."
"On se pose la question de l'opportunité de prendre quelqu'un qui vient de créer sa société"
Il s'agit d'Alain Moinard, qui précise à Objectif Gard qu'il a été "directeur d'un établissement sanitaire à 29 ans, et j'en ai maintenant 62... J'ai notamment été à l'origine de la création d'un IME (institut médico-éducatif) pour l'autisme à Boulogne-Billancourt." Sur le site de sa société Moinard Conseil, Alain Moinard en explique la fonction en ouverture : "J’accompagne les établissements sanitaires, médico-sociaux et sociaux privés à but non lucratif dans leurs transformations et leurs défis majeurs".
"Il nous a expliqué, en préambule, qu'ici ce n'était pas Betharram, détaille Frédéric Marchetti, délégué syndical FO. pas Orpéa - une référence à la comparaison qu'avait faite le député de la 4e circonscription Pierre Meurin quand il alertait sur la situation de Sésame Autisme (relire ici) - et qu'il est ancien conseiller prud'homal. C'était très loin de nos préoccupations."
"Ce qui nous a étonné, enchaîne Sébastien Migliore, c'est qu'on a trouvé sur societe.com qu'il n'a monté sa boîte de conseil que le 14 août 2026. Dans une situation comme la nôtre, on se pose la question de l'opportunité de prendre quelqu'un qui vient de créer sa société." Alain Moinard ne cache pas la création récente de sa société, tout en précisant que son CV pèse plus que la date de naissance de son entreprise.
"Pas ici pour restructurer mais pour que l'association fonctionne normalement"
"M. Vareilhes est toujours le directeur de l'association, précise Alain Moinard rapidement dans la discussion. Moi, je suis un directeur expérimenté qui vient en appui de M. Costes, le représentant légal de l'association pour qu'il y ait une continuité absolue. Les salariés ont été payés en temps et en heure et les directeurs d'établissement sont tous à leur poste. Les équipes sont encadrées et les bénéficiaires accueillis dans de bonnes conditions. Rien n'est remis en cause, rassure le nouvel arrivant. Si M. Vareilhes revient, je repars."
"Jean-François Costes a fait appel à moi, poursuit Alain Moinard. Je ne suis pas ici pour restructurer mais pour que l'association fonctionne normalement." Pour lui, la section FO "propage des nouvelles qu'elle sait fausses", reprenant notamment les arguments qui figurent dans une note aux salariés distribuée quelques jours après la conférence de presse de FO tenue début juillet, pour contrer "une campagne de dénigrement, relayée par des articles de presse", selon la note.
Il y est notamment dit que la situation financière est désormais saine, que la capacité d'accueil s'est développée, ou que l'affiliation erronée des salariés à la MSA est justifiable. Et que, sur ce volet, le "rattachement au régime général a été régularisé à compter du 1er janvier 2026, hormis les deux ESAT, qui basculeront au 1er janvier 2027". En revanche, si la note affirme que l'association n'a pas été condamnée pour "la question des retraites", elle omet notamment de préciser que la justice a donné raison aux plaignants de FO et qu'une dizaine de dossiers sont en cours de jugement, comme le rappelait Ève Soulier, l'avocate du syndicat, en juillet. FO ajoute que de nouveaux dossiers prud'homaux "vont être déposés", ainsi qu'un autre pour discrimination.
Le déménagement à Quissac une nouvelle fois reporté ?
Reste le serpent de mer du déménagement à Quissac, dont le montant des travaux est passé de 800 000 € à 1,5 M€ en quelques mois. Le bâtiment devrait réunir les pensionnaires des deux foyers d'accueil médicalisé de Saumane et Saint-Jean-du-Gard. Un projet que les représentants de FO ne souhaitent pas voir aboutir pour le bien des résidents. Et qui les interroge sur l'opportunité et les montants. "Et le 4 septembre, on nous annonce en CSE qu'il y a des problèmes, reprend Sébastien Migliore. Nous, on avait souligné un éventuel souci d'amiante. Et le million et demi de travaux ne prend pas l'amiante en compte."
"On doit se poser pour regarder les financements", réfléchit Alain Moinard, qui reconnaît "des surprises techniques qui n'étaient pas prévues. Cela mérite qu'on ne se précipite pas. Je préfère ne pas donner de date de déménagement." Pour le maire de Quissac, l'affaire suit son cours : "Sésame a fait des diagnostics, on n'a pas encore le rapport final", déclare Serge Cathala, qui se doute que de l'amiante a été trouvée, "comme dans tous les vieux bâtiments des années 50-60. J'ai eu M. Costes il y a une dizaine de jours et on doit se revoir." Si le bail n'est pas signé, comme le signale FO, c'est qu'il est chez le notaire, selon le maire.
"Nous gardons une grande envie de réunir les deux foyers d'accueil médicalisés, poursuit le conseiller Alain Morand. Mais j'ai une expérience en conduite de chantier pour savoir qu'il faut être prudent. Et puis, à Saumane, il est difficile d'attirer du personnel et les locaux sont à bout de souffle." À tel point que ce sont bien "les autorités de tutelle", selon Sébastien Migliore, qui ont demandé à l'association de quitter les lieux, au point que "la direction avait dénoncé le bail avec Habitat du Gard".
Demande de rendez-vous en préfecture
Mais en ce qui concerne le personnel, FO regrette cette annonce de déménagement à Quissac, pour l'instant non suivie d'effets. "Des salariés sont déjà partis pour se rapprocher de Quissac... D'autres sont partis pour ne pas y aller... Et puis, on a perdu près de la moitié des salariés depuis l'administration provisoire." Celle qui avait suivi le rapport alarmiste de l'Agence régionale de santé en 2021. "Cela coûterait moins cher d'acheter et de faire construire du neuf à Saumane que de réhabiliter Quissac", se désole Frédéric Marchetti. "Je comprends la colère des représentants de FO, tempère Alain Moinard, je ne m'en prends pas à eux. Au contraire, je les ai invités à une rencontre avec moi."
Le "directeur par intérim" de l'association tient tout de même à rappeler que Sésame autisme Occitanie Est, ce sont "250 adhérents qui ont permis le développement en Occitanie de la prise en charge de l'autisme, qui ne l'était pas à ce niveau." Mais chez Force ouvrière, après sept années passées à soulever des dysfonctionnements, dont certains reconnus par la justice, on perd patience. Et les représentants du syndicat continuent de s'interroger sur l'usage fait de l'argent public et de l'absence de réaction de financeurs, ARS et Département. "Notre secrétaire de l'Union départementale (Gilles Besson, NDLR) a envoyé un courrier à la nouvelle préfète du Gard pour demander de la rencontrer à propos de Sésame autisme, souffle Frédéric Marchetti. On ne peut pas continuer comme ça."