La chirurgie taurine est un peu comme la chirurgie de guerre. Une corne et sa sous ses trajectoires peut faire bien plus de dégâts qu’une balle ! Pour éviter les drames, car les coups de cornes sont nombreux en tauromachie, il faut bénéficier, sur place, des meilleures conditions pour opérer au a minima stabiliser la situation du torero touché.
Fondé dans les années 1980 par le docteur Camille Lapierre, ce petit local de 9m2 assure les premiers soins d'urgence pour les toreros en corrida et les raseteurs en course camarguaise, avant leur transfert au CHU, ainsi qu’une prise en charge du public. Les travaux validés par le maire Vincent Bouget, effectués fin août, ont permis une réfection des murs, des éclairages, et de l’aménagement intérieur. L’objectif était d’être opérationnel pour la feria des Vendanges. C’est chose faite.
Ce projet d’infirmerie a été repensé en 2001/2002 par le docteur Jean-François Bénézet, médecin urgentiste au CHU de Nîmes, et président de l'association gardoise de traumatologie taurine. Une dizaine de professionnels de santé bénévoles y sont missionnés, en partenariat public/privé avec le CHU Carémeau qui fournit le matériel lourd.
Le docteur Bénézet a renforcé le dispositif au-delà des recommandations de l'Union des Villes Taurines Françaises (UVTF). Le staff médical dispose d’un lien de confiance et d'affect avec les toreros, y compris avec les vedettes (clin d’œil à ceux qui ont plus de 1 400 corridas ?), et d’une forte culture aficionada comme peut en témoigner la macarena posée dans l'infirmerie.
Cette équipe de bénévoles en formation élargie se compose de dix personnes. Deux chirurgiens, deux anesthésistes, deux infirmiers et quatre spécifiques (un urgentiste décisionnaire qui autorise ou non le retour en piste, en lien avec la présidence, une ayuda hispanophone et ancien torero capable d'enlever un habit de lumière, un ostéopathe et, enfin, un médecin dédié au public. Deux équipes en roulement pour neuf spectacles : quand une intervient, l'autre reste en bord de piste.
Les arènes sont surtout un amphithéâtre antique, classé et fragile. À ce titre « les arènes », comme on les appelle, n'ont pas été conçues pour prendre en charge des soins ! Rappelons ici que depuis l’Antiquité, le monde du spectacle a évolué et que, même si à cette époque les blessés devaient être pris en charge, la médecine actuelle et surtout la chirurgie nécessitent de bonnes infrastructures.
L'évacuation du torero par ses banderilleros est par nature difficile à cause du monde. La traversée du public, via la buvette, une volée d’escaliers puis porte étroite sont autant de pièges à retardement qu’il fallait revoir pour éviter. Par conséquent, une procédure d'évacuation ultra-anticipée a été conçue qui implique un transfert par le SAMU vers le CHU, escorté par deux motards de police.
En pratique, cette infirmerie prendra en charge en moyenne deux à trois passages par feria, et à ce jour, aucun décès, bien heureusement, n’a été enregistré dans les arènes. Il ne faut jamais oublier une chose, lors d’un spectacle taurin, les acteurs sont tous concernés par une blessure ou par la mort. Même si l’infirmerie est presque devenue un grand bloc opératoire plus que sérieux, l’irréparable plane toujours et nul ne saurait l’oublier. Cependant et même si parfois l’on n’y peut rien, mieux vaut des travaux (qui serviront aussi pour autre chose) qu’un drame !