À Moulès, la vie de village n'a pas disparu, elle s'est concentrée. Le tabac du hameau fait aussi office de café, de Poste, de dépôt de pain et de petite épicerie : c'est là, désormais, que se croisent les habitants au fil de la journée. À cela s'ajoutent le petit marché du jeudi, un salon de coiffure, un magasin de seconde main pour enfants, une microcrèche, et plusieurs fêtes de village organisées chaque année, qui continuent de rassembler la commune le temps d'un week-end.
Mais au-delà de ce noyau qui tient bon, le hameau a perdu, année après année, une partie de ses commerces et de ses services : la boucherie a fermé il y a longtemps, la boulangerie aussi, et le dernier médecin a quitté son cabinet au printemps dernier. Ici, à une dizaine de kilomètres du centre d'Arles, cette érosion progressive raconte à sa manière une histoire commune à beaucoup de villages de France, où se multiplient tout autour les lotissements, transformant peu à peu ces hameaux en simples zones dortoirs.
La santé et l'habitat intergénérationnel au cœur du projet
Il y a quatre ans, des amis d'enfance, Arlésiens, qui avaient grandi en fréquentant Moulès et ses fêtes de village, se retrouvent pour un repas. La conversation dérive, comme souvent, vers les souvenirs, puis vers le constat, plus amer, de ce que le village est devenu. "On s'est dit : mais qu'est-ce qui se passe à Moulès ? Pourquoi le village décline ainsi ?", se souvient Eric Gianetti. Autour de la table, Philippe Faucon partage le même étonnement, la même inquiétude. Tous deux ont grandi à Raphèle, à proximité de là. Tous deux travaillent dans l'immobilier, sans être promoteurs. Et tous deux, ce jour-là, décident de ne pas en rester à un simple constat.
Leur réflexion démarre par une question simple : comment faire revenir de la vie, du passage, de l'activité dans ce hameau ? "Le premier axe, c'est celui de la santé, au sens large", résume Eric Gianetti. Les deux hommes poussent alors la porte des services de la Ville d'Arles pour objectiver leurs intuitions. Le diagnostic qui en ressort est sans appel : le manque de professionnels de santé est flagrant. De médecins généralistes en particulier, mais pas uniquement. Et à cela s'ajoute un déficit de solutions d'hébergement pour les seniors, notamment. "Nos aînés isolés sont nombreux dans les mas alentour. Ils sont pour certains autonomes mais n'ont parfois droit qu'à une seule visite dans leur journée : celle du facteur ou de l'infirmière."
De ce double constat naît l'ossature du projet : un pôle de santé conçu au sens large, associé à de l'habitat pour les seniors et personnes à mobilité réduite (PMR) et du logement classique - pour toujours plus de lien intergénérationnel -, et adossé à une revitalisation plus globale du village, avec quelques commerces, une offre de restauration et une crèche. Le terrain est trouvé grâce à la Ville. Il s'agit du terrain citoyen, situé à l'entrée de la ville, et qui accueillait jusque-là les fêtes du village. Sur ces 5 500 m² communaux, 1 200 m² de bâti seraient construits en R+1, laissant plus de la moitié de la surface végétalisée. "Deux architectes nîmois ont planché sur cet aménagement avec l’idée d’en faire un vrai lieu de vie, avec une place de village, son terrain de pétanque, un potager partagé..."
À la recherche de partenaires
Mais un projet, aussi abouti soit-il sur le papier, ne se construit pas seul. Le permis de construire est validé et purgé de tout recours : la partie administrative est bouclée. Il manque encore la pièce maîtresse, celle sans laquelle rien ne pourra sortir de terre : "un ou plusieurs partenaires capables de porter le volet habitat pour les seniors et PMR, et le pôle médical, ce qui représente 60 % ou plus du projet." Associations ou opérateur privé, peu importe la forme, du moment que l'esprit reste le même. "Si c'est un opérateur privé qui intervient, il faudra que cela reste cohérent avec le concept de base", prévient Eric Gianetti. "Nous ne voulons pas recréer un simple village-dortoir."
Un pôle médical de 300 m²
En creux, c'est aussi la promesse d'un modèle que ses initiateurs présentent comme inédit en France : en mutualisant les coûts sur l'ensemble du foncier, le projet permettrait d'ouvrir un pôle médical de 300 m² à des tarifs particulièrement accessibles pour les soignants. Plusieurs praticiens (médecin, infirmier, sage-femme, ostéopathe…), des locaux neufs, une situation géographique idéale sur l'axe Salon-Nîmes : autant d'arguments qu'Eric Gianetti et Philippe Faucon espèrent faire valoir pour attirer, enfin, de nouveaux professionnels de santé à Moulès.
Infos : contact@mouleslavie.com