A travers l'exemple de la réalisation d'un documentaire en région "Well, well... des bas et des hauts" , Jean-François Naud nous parle de son métier de réalisateur et de son engagement.
"Ma vocation pour le documentaire je la dois à mes professeurs d'économie au lycée qui m'ont fait utiliser le matériel audiovisuel à notre disposition" dit Jean-Francois Naud en souriant. Après j'ai fait des études et pas mal de petits boulots avant d'y revenir sérieusement dix ans plus tard". La suite on la connait Jean François va beaucoup tourner pour la TV, pour des plateaux, pas mal pour France 3 et pour des sujets maritimes. "On a quelquefois l'impression dans ce métier que l'on est plus créatif si l'on est loin du sujet. En fait c'est faux. Au contraire, le réalisateur peut parfois mieux travailler dans la proximité : il y a beaucoup de bonnes raisons pour tourner des sujets près de chez soi, ne serait-ce que les aspects pratiques des frais ou la disponibilité à la famille. Pour "Well" c'était une évidence j'habitais à Ganges et tout le monde ne parlait que de cela à l'époque. J'ai été tenté dès le début des plans sociaux d'aller y poser ma caméra. Mais on était trop dans le vif et au milieu des journalistes, je n'étais qu'une caméra de plus. Avec "Well, well, des bas et des hauts" Jean-François Naud va donc choisir de revenir sur la reconversion des salariés de l'usine du Vigan cinq ans plus tard.
Ce qui différencie le réalisateur d'un documentaire du journalisme ou du réalisateur de plateau c'est qui' nous faut un "propos". Au départ de notre démarche, il nous faut une intention, un projet. Ce projet initial, le réalisateur doit l'écrire, bien souvent dans la grande solitude que connaissent tous les auteurs. Ensuite il nous faut aller le vendre, d'abord au producteur puis avec son aide aux diffuseurs... Pour "Well" c'était très clair, je voulais parler des plans sociaux. Cinq ans après mon projet n'était plus inscrit dans la lutte. Mon premier titre était d'ailleurs la reconversion, je voulais voir comment on se reconstruit après avoir été licencié. je voulais avant tout sortir de ce contexte de galère ou de colère. Après il m'a fallu trouver une accroche pour le propos, en l’occurrence les personnages : Dominique, Angèle, Stéphane et Frédéric, Najet... Jusque là le réalisateur du documentaire est seul, tellement seul parfois que nous avons constitué une association (REAL) Réalisateurs et auteurs en Languedoc-Roussillon, pour nous soutenir mutuellement dans cette phase. Après, on trouve de nouveaux appuis, pour ce film, ce fut la Région, le CNC et France 3.
Quand le documentaire est fini un autre travail commence. "Alors que le public aime les documentaires, s'impatiente Jean-François Naud, il n'y a pas en France de véritable volonté éditoriale des chaînes à les promouvoir. On les programme souvent à des heures tardives et il y a rarement un débat ou un plateau autour du sujet. Or un documentaire, et surtout un documentaire comme celui là, appelle clairement au débat. Il y a certes dans mon travail un propos cinématographique, disons artistique ou esthétique mais il y a surtout un aspect sociétal. Il faut aller à la rencontre du public. Des structures comme Languedoc-Roussillon Cinéma nous y aident parfois, mais ce n'est pas suffisant. Avec ce film j'ai voulu écouter ces gens parler de choses positives. Il ne s'agit pas de dire : Eh bien puisqu'il sont parvenus à retomber sur leurs pieds tout est bien qui finit bien. Non, ce que j'ai voulu partager avec ce documentaire c'est qu'il y a une sorte de résilience sociale qui pousse ces hommes et ces femmes à puiser dans une culture collective et un savoir faire individuel pour s'en sortir. Je crois que c'est surtout de cela dont on parle dans "Well, well... des bas et des hauts".
Le documentaire de Jean-Francois Naud a été présenté la semaine dernière au Festival Itinérances d'Alès,suivi d'un débat. Il sera également projeté en présence du réalisateur ce dimanche 7 avril au festival "Luttes et Résistances" à St Jean du Gard (www.abrahammazel.eu)
Raphaël MOTTE
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