Publié il y a 3 h - Mise à jour le 03.09.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 344 fois

ÉDITORIAL Des heures de souffrance à l'hôpital : la douleur peut-elle encore attendre ?

Photo Objectif Gard

Médecin indisponible, téléconsultation payante pour passer plus vite, urgences saturées : quand on souffre, accéder aux soins peut vite devenir un parcours du combattant.

En France, on râle. Ce n'est pas nouveau. Rien ne va. On est même probablement parmi les meilleurs en la matière en Europe. Souvent pour des plaintes injustifiées. Parfois, on a de bonnes raisons. Il suffit alors d'observer le réel. Prenons un premier jour du mois d'août aux urgences à Nîmes. Un patient arrive avec une douleur au dos immense, incapable de marcher normalement et de respirer convenablement. Son médecin traitant est débordé. Pas en vacances, mais occupé aussi à remplacer ses collègues qui le sont. Tout cela est bien normal durant la saison estivale. Face à une douleur devenue insupportable, plusieurs possibilités. La pharmacie et l'automédication, sans garantie de soulagement rapide. La téléconsultation aussi. Un médecin que l'on ne connaît pas, parfois à l'autre bout de la France, consulté derrière un écran. Et dans certaines pharmacies, il faut même payer cinq euros supplémentaires pour accéder plus rapidement à la téléconsultation. La médecine à deux vitesses commence parfois par cinq euros. Restent alors les urgences. À l'arrivée, la prise en charge est rapide. Un médecin urgentiste écoute, examine et propose un premier traitement. Rien n'y fait. La douleur s'intensifie. Direction le brancard. Et commence l'attente. Dans le couloir, une ribambelle d'autres malades attendent eux aussi. Certains silencieusement, d'autres beaucoup moins. Quand on souffre le martyre, une heure n'est plus une heure. Évidemment, aux urgences, il y a les urgences vitales. Elles doivent passer en priorité. Personne ne peut sérieusement le contester. Les médecins, infirmiers et aides-soignants font avec les moyens et les effectifs dont ils disposent. Mais entre l'urgence vitale et le patient qui peut attendre des heures, il existe une autre réalité : celle de la douleur. Une prise de sang finit par arriver. Puis les résultats quelques heures plus tard. Un diagnostic ? Pas encore. Il faut un scanner. Et devant le seul scanner des urgences, la file d'attente ressemble à celle d'un grand magasin à quelques jours de Noël. Pendant ce temps-là, la douleur est toujours là. C'est peut-être cela qui interroge le plus. En 2026, alors que la médecine sait mesurer et traiter la douleur, pourquoi son soulagement donne-t-il parfois l'impression de devenir secondaire dès lors que le pronostic vital n'est pas engagé ? À cela s'ajoute la solitude. Les proches restent largement tenus à distance. Depuis le Covid, quelques minutes de visite, puis il faut repartir. Sous la contrainte d'un service de sécurité qui fait la police des horloges. Finalement, le scanner livre son verdict. L'origine du mal est connue. Une prescription est délivrée. Il est 3 heures du matin. Le patient était arrivé à 18 heures. Neuf heures. Et une dernière épreuve : trouver les médicaments prescrits. Il faut encore se rendre au commissariat pour connaître la pharmacie de garde ouverte en pleine nuit. Cette scène ne permet évidemment pas de juger l'ensemble de l'hôpital public. Encore moins ceux qui y travaillent. Mais elle pose une question simple : dans notre système de soins, quelle place accordons-nous réellement à la douleur ?

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