Mercredi, 15 heures, rue de la République. Le constat est saisissant : quelques passants traversent la rue, une musique diffuse s’échappe des haut-parleurs, mais l’agitation d’un centre-ville animé se fait attendre, désirer. Les vitrines se succèdent, certaines éclairées, d’autres plongées dans l’obscurité. Sur les 82 locaux que compte l'axe principal de Bagnols, seuls 28 sont occupés. Entre deux boutiques encore en activité, les panneaux "À louer" ou "À vendre" attirent l’œil. Certaines vitrines semblent même avoir été abandonnées en plein mouvement. Des décorations de Noël sont toujours en place, figées derrière les vitres.
"Il faut être motivé pour ouvrir quelque chose à Bagnols"
Derrière les rideaux baissés se cache aussi une réalité économique difficile : taxe foncière, charges, coûts de fonctionnement. Pour certains commerçants, maintenir une boutique ouverte représente un investissement lourd et parfois risqué. Florence Meseguer, commerçante dans la rue de la République depuis 38 ans et désormais présidente de l’association Bagnols Commerces, pointe notamment les difficultés rencontrées par les jeunes qui souhaitent se lancer. "Les banques sont frileuses pour prêter aux jeunes", souligne-t-elle. Et de s’interroger : "On aide les jeunes agriculteurs, pourquoi on n’aide pas les jeunes commerçants ?"
Les loyers de la rue de la République restent pourtant relativement accessibles, entre "400 et 600 euros selon les locaux", précise la présidente de Bagnols Commerces.
Mais cela ne suffit pas forcément à convaincre de nouveaux entrepreneurs."Il faut être motivé pour ouvrir quelque chose à Bagnols", estime Marjorie, commerçante de Subtil Lingerie. Autre difficulté : la diversité de l’offre. "On manque d’artisans, d’artistes", regrette Florence Meseguer. Le manque de restaurants ouverts le week-end constitue également un frein. Sans commerces, sans restauration et sans animations, les raisons de rester en centre-ville se réduisent. D'autant plus que l'e-commerce se développe encore et encore.
"Plus il y a de magasins, plus les gens viennent"
"La ville est morte", lâche Sofiane, commerçant de la rue de la République. "Le monde attire le monde. S’il n’y a personne, c’est compliqué." Le problème, selon lui, ne se limite pas au nombre de commerces ouverts. Les habitants viennent pour une course précise, puis repartent. "Les gens s’arrêtent là où ils doivent s’arrêter, ils ne flânent pas."
"Plus il y a de magasins, plus les gens viennent", résume la commerçante de Subtil lingerie, installée depuis près de quarante ans rue Fernand-Crémieux. Lorsqu’une boutique ferme, ce n’est donc pas seulement une enseigne qui disparaît. Ce sont aussi des clients potentiels en moins, une raison en moins de venir en centre-ville. Chaque fermeture fragilise un peu plus celles et ceux qui restent.
Le mécanisme s’installe alors progressivement : moins de commerces, moins de fréquentation ; moins de fréquentation, moins de chiffre d’affaires et, à terme, plus de fermetures. Un cercle vicieux que les commerçants observent au quotidien. "Il faut insuffler quelque chose dans la ville", estime une commerçante. Dans sa rue, le constat reste toutefois un peu plus encourageant. La proximité du marché permet d’attirer un peu plus de clients notamment le samedi. La braderie des commerçants a fait son effet et des projets comme Octobre rose et le marché de Noël sont en préparation.
Deux nouveaux commerçants vont s’installer rue de la République
“Dans une démarche de redynamisation du centre-ville et de valorisation de la place Mallet”, la municipalité a misé sur le marché provençal, organisé le samedi matin de 9 heures à 13 heures, du 4 juillet au 29 août. Une initiative qui semble avoir apporté un peu d’air, mais pas de quoi relancer le commerce de façon pérenne. L'enjeu consiste désormais à transformer ce passage ponctuel en fréquentation durable.
Quelques signes positifs apparaissent : deux nouveaux commerces devraient prochainement ouvrir rue de la République, dont une boutique de couteaux et un magasin de décoration, selon la présidente de Bagnols Commerces. Un barber-shop serait également attendu. "Les deux personnes qui ont acheté sont persuadées que la ville va redémarrer avec la nouvelle municipalité", rapporte Florence Meseguer. Mais elle préfère rester prudente : "Ce n’est pas encore pour tout de suite."
Malgré les difficultés, les commerçants refusent de considérer Bagnols-sur-Cèze comme une ville condamnée à voir ses boutiques fermer les unes après les autres. "Il y a tellement de choses à faire à Bagnols", estime Florence Meseguer. Le défi est désormais de taille : faire revenir les habitants, diversifier l’offre, soutenir les commerçants et surtout redonner envie de rester en centre-ville plutôt que d’y passer uniquement pour une course.