À Nîmes
Depuis mardi, presque rien n'a changé au niveau des mobilisations devant les lycées. Après une trêve forcée par la vigilance rouge déclenchée par Météo France hier en raison des fortes pluies, les blocus devant les lycées ont repris, avec des tensions toujours aussi vives entre lycéens et forces de l'ordre. Dès 8 heures ce matin, de nombreux affrontements ont commencé. Au lycée Albert-Camus, sur l'avenue Georges-Pompidou, un feu allumé par les manifestants a brûlé une partie de la façade de l'établissement, ce qui a nécessité une intervention des pompiers. Des projectiles ont ensuite été lancés en direction des forces de l'ordre qui ont répondu à coups de bombes lacrymogènes pour tenter de disperser les jeunes.
Par la suite, durant toute la matinée, les lycéens de nombreux établissements se sont déplacés partout dans la ville. En passant par les lycées Saint-Vincent-de-Paul, Alphonse-Daudet, Albert-Camus, Dhuoda, Philippe-Lamour. Des altercations ont aussi eu lieu devant la mairie.
Pour terminer leur mobilisation, une partie des lycéens est restée devant la gare tandis que d'autres se sont rendus vers 12h devant l'institut Emmanuel d'Alzon. Très en colère en raison des dégâts, son directeur Yvan Lachaud a pris la parole sur la mobilisation. (Article à retrouver ici).
À Alès
Après une trêve d'une journée en raison de l'alerte rouge pluie-inondation déclenchée mercredi, les lycéens étaient de retour devant l'établissement Jean-Baptiste-Dumas pour poursuivre leur mobilisation.
Dès 8 heures, de nombreux jeunes se sont rassemblés aux abords du lycée. Des pétards ont éclaté et quelques flammes sont apparues, avant qu'une poubelle ne soit incendiée vers 8h30. Vers 9h15, les policiers nationaux et municipaux ont accompagné les pompiers venus éteindre le feu et ont sécurisé les abords de l'établissement afin de permettre le retrait des barricades. Une demi-heure plus tard, les tensions se sont accentuées. Des insultes ont fusé, tandis que des pétards, des artifices et des panneaux ont été dirigés vers les forces de l'ordre et leurs véhicules. Plusieurs interpellations ont alors eu lieu et les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.
Après le départ temporaire des forces de l'ordre, vers 10h45, plusieurs jeunes ont ouvert le portail et pénétré dans l'enceinte du lycée. Des poubelles ont été récupérées afin de reformer les barricades à l'entrée de l'établissement, tandis que l'alarme intrusion retentissait. Les policiers sont revenus peu après 11 heures et ont repris le contrôle de la situation, malgré de nouveaux jets de projectiles.
Des lycéens en colère
Du côté des lycéens, ces derniers revendiquent pourtant une mobilisation sans désordre, avec la volonté de revenir « jusqu'à ce que l'établissement nous entende », nous a-t-on confié. Charlie, élève de terminale à Jean-Baptiste-Dumas et membre d'un groupe Instagram où sont échangées des idées autour de la mobilisation, porte lui-même un regard critique sur la matinée. « Aujourd'hui, c'était du gros n'importe quoi », estime-t-il. Selon lui, le mouvement manquait d'organisation et l'objectif initial était simplement de bloquer l'établissement.
Derrière ce blocage, le lycéen assure pourtant porter des revendications précises. « L'internat, par exemple, ça doit être une priorité au lieu de l'administration », explique-t-il, estimant que les travaux réalisés dans l'établissement ne bénéficient pas suffisamment aux élèves. Les lycéens souhaitent également repenser l'organisation des emplois du temps, jugés trop lourds. Il souhaite notamment s'inspirer des modèles allemand et italien afin de ne pas surcharger les classes.
Au total au lycée Jean-Baptiste-Dumas, les policiers ont procédé à cinq interpellations dans la matinée. Certaines concerneraient des « dealers et guetteurs » bien connus des Prés-Saint-Jean. Les policiers les ont interpellés pour des faits de provocation à l'incendie et de tirs tendus en direction des forces de l'ordre et de l'établissement.
À Arles
Les trois lycées arlésiens (Pasquet, Privat et Montmajour) ont connu des mouvements de blocage très tôt dans la matinée, dès 7h30. Le mouvement national de protestation est suivi et prend de l'ampleur avec des manifestants qui comptent bien être entendus sur leurs revendications. Ils dénoncent des problèmes d'orientation avec le système de Parcoursup. "C'est l'intelligence artificielle, les algorithmes qui choisissent notre orientation. Nos souhaits ne sont pas entendus", affirme Hugo. "Du coup, on suit le mouvement national, on tape sur la table. Les lycéens sont là et ont le droit de se faire entendre". Problème d'orientation également pour Abdelkarim qui est en bac pro gestion administrative, alors qu'il a une vocation pour un travail dans la santé, et souhaitait faire une seconde générale. "J'ai de bonnes notes, de bonnes capacités. Je ne comprends pas pourquoi on ne me donne pas ma chance."
Mobilisés, déterminés à se faire entendre aussi sur les classes surchargées, les cours dans des salles surchauffées aux beaux jours, et glaciales l'hiver, ces lycéens se disent décidés à poursuivre la mobilisation qui commence, solidaires des autres lycéens encore bien moins lotis comme en Seine-Saint-Denis. " On n'a pas le droit de vote, mais on a le droit de s'exprimer", lâche une lycéenne de Montmajour.
Reste la méthode: les feux de poubelles à Pasquet et Privat, la casse d'un abribus devant Montmajour, et des actions qui peuvent être dangereuses comme le blocage du rond-point avenue de Stalingrad, avec un barrage filtrant. Vers midi, la situation a bien failli dégénérer. Des jeunes cagoulés ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre et voulu incendier des poubelles sur le rond-point. La police a répliqué avec un jet de lacrymogène. Finalement, les quelque 200 manifestants se sont dispersés. Le calme était revenu à 14h.
Des revendications éclipsées par les violences
Difficile désormais d'entendre les revendications des lycéens derrière les images de ces derniers jours. Pourtant, elles existent. Les jeunes mobilisés réclament notamment davantage de moyens pour l'Éducation nationale, de meilleures conditions d'études, le remplacement des professeurs absents ou encore une amélioration de certains établissements. À Nîmes, le maire Vincent Bouget refuse de résumer le mouvement aux seuls débordements. Le maire condamne des dégradations « inacceptables », mais considère que « la réponse ne peut pas être que la répression ». Il dit avoir interpellé la préfète du Gard et se propose à présent de rencontrer les lycéens avec la communauté éducative et les services de l'État. Du côté de la Région, Kamel Chibli appelle lui aussi au calme. Le vice-président chargé de l'Éducation reconnaît des inquiétudes et des revendications « légitimes », tout en rappelant que « rien ne justifie les violences, les dégradations ou la mise en danger des établissements, des élèves et de nos agents ». À Pissevin, Abdallah Zekri a choisi de s'adresser directement aux familles. Le recteur de la mosquée de la Paix explique à Objectif Sud avoir demandé aux parents de sensibiliser leurs enfants : « Manifester dans le calme pour d'éventuelles revendications, pas de casse, pas de débordements. » Enfin, la rectrice de l'académie de Montpellier, Carole Drucker-Godard, condamne les violences et les dégradations, sans fermer la porte au dialogue. Un Conseil académique de la vie lycéenne exceptionnel a justement été réuni ce jeudi pour entendre les représentants des lycéens...