Quelle a été votre réaction quand vous avez appris que vous alliez affronter Nîmes Olympique en Coupe de France ?
Avec ma femme, on s’est regardés et je ne dis pas que j’avais les larmes aux yeux, mais cela m’a fait un coup au cœur. C’est mon club de cœur. J’y ai été formé et j’y ai joué dans toutes les catégories. J’y ai été entraîneur et j’ai géré le centre de formation de Nîmes Olympique. Je connaissais le club de A à Z. Émotionnellement, c’est très important.
Avez-vous connu un autre club dans votre enfance ?
J’ai joué un an au Chemin Bas d'Avignon, mais après je me suis retrouvé avec le NO au stade municipal avec Henri Noël. Nous étions une trentaine de joueurs sur le terrain stabilisé.
« À ce moment, la grande butte s’est effondrée »
Des liens ont-ils perduré avec des anciens Crocodiles ?
On a monté un mini groupe. Ce sont des anciens joueurs de Nîmes, mais pas que des professionnels. Certains n’ont pas fait carrière dans le foot mais avec qui je suis resté très attaché. Ces gens-là ont aussi fait Nîmes Olympique. Car, pour nous, c’était un des meilleurs centres de formation de France. Les autres équipes tremblaient à l’idée de venir à Nîmes.
Quel rapport entreteniez-vous avec l’équipe première quand vous étiez en apprentissage de footballeur ?
J’allais au stade Jean-Bouin voir les matchs, mais à l’époque on ne pouvait pas entrer seul, donc on demandait à des spectateurs si l’on pouvait se faire passer pour leur fils puisqu’en dessous de 12 ans on ne payait pas. C’était au début des années 1970 et je peux encore nommer tous les joueurs.
Y a-t-il un souvenir qui vous a particulièrement marqué ?
Je me souviens d’un match durant lequel, à la suite d’un débordement de Pircalab, le centre est repris de la tête par Vergnes qui marque. À ce moment, la grande butte s’est effondrée. C’est ancré dans ma mémoire. Nous, les jeunes, on jouait en lever de rideau et Kader Firoud nous donnait des consignes.
« Kader Firoud, il m’a aidé à un moment de ma vie qui était compliqué »
Comment se comportait Kader Firoud avec ses joueurs ?
Je n’ai que des bons souvenirs avec lui. Kader Firoud, il m’a aidé à un moment de ma vie qui était compliqué. J’ai gardé en moi son côté meneur d’hommes.
Cela devait être impressionnant ?
Complètement. Je me rappelle que ma professeure de français était une grande fan de Nîmes Olympique et parfois elle me disait qu’elle m’avait vu jouer en lever de rideau. Les gens apprenaient à connaitre les jeunes à travers ça.
Comment s’est passé votre passage en professionnel au NO ?
Ça s’est arrêté au début des années 1980. J’avais fait un gros début de saison mais j’ai été victime d’une grosse blessure. Ensuite, j’ai eu du mal à revenir et en fin de saison, l’entraîneur Pierre Barlaguet a décidé qu’il n’avait pas besoin de moi et je suis parti à Mulhouse.
« J’étais un peu revanchard »
Avec les Alsaciens, vous avez ensuite battu les Crocodiles en barrages de montée en D1.
J’étais un peu revanchard aussi. C’était un grand moment car presque la totalité des joueurs nîmois, je les connaissais par cœur parce que nous avions fait nos gammes ensemble chez les jeunes. Je me rappelle que sur un corner, Gilles Morisseau me dit : « Abla, ce joueur au marquage ! », j’éclate de rire et je lui dis : « Gilles, je ne suis plus avec toi (rires). Nous avions tellement d’automatismes ensemble. Il y avait une sacrée équipe à Nîmes avec Cubaynes, Herrero, Perez et Goudard et nous avions gagné 2-0. Mais le soir nous sommes allés boire un coup tous ensemble.
Vous teniez votre revanche ?
Même s’il y avait un peu d’amertume, on peut dire ce que l’on veut, ça restait mon club de cœur. J’y ai vu des éducateurs comme Charles-Alfred, Jean Bandera, Henri Noël et des dirigeants qui nous entrainaient, par exemple Bayle, Rochette et Vaillant. La plupart des joueurs venaient de la région, il y avait une forte identité.
Comment traduisait cette identité sur le terrain ?
Nous étions vraiment Gardois. Sur le terrain, on jouait au sol rapidement, on passait vite le milieu de terrain, on débordait sur les côtés et on faisait des centres. Je rajoute qu’à l’époque, le club avait très peu de moyens.
« Les moins de 15 ans du NO, on me disait que l’effectif n’était pas terrible, qu’il ne valait rien »
Vous êtes ensuite revenu à Nîmes Olympique en tant qu’éducateur.
C’est Pierre Mosca qui m’a fait revenir et il m’a confié une catégorie que personne ne voulait. Les moins de 15 ans du NO, on me disait que l’effectif n’était pas terrible, qu’il ne valait rien. À l’arrivée, on termine deuxième de notre poule et on gagne la coupe de la Ligue Occitanie. La saison suivante, j’ai remplacé Jean-Charles Canetti qui avait été écarté des moins de 17 ans nationaux qui venaient de descendre. On est remonté puis j’ai entrainé la réserve pro en CFA 2.
Qu’avez-vous fait ensuite ?
J’ai été directeur-sportif à Martigues, j’ai entraîné à Pau avant de partir à l’étranger. Je suis parti au FC Miami où j’étais responsable de la formation, ensuite j’ai exercé en Chine en première division féminine. C’est la COVID qui a mis un terme mon époque chinoise.
Que vous ont apporté ses expériences à l’étranger, dans des cultures très différentes ?
On apprend à connaitre les gens, voir les choses différemment. Aux États-Unis, tu ne cris après un joueur. Il faut lui dire quand c’est bien et lui expliquer gentiment quand il n’est pas bon. Les joueurs sont des clients et il faut qu’ils jouent. Les asiatiques sont très susceptibles dont si tu leurs cris après devant tout le monde, tu t’en fais un ennemie à vie.
« La formation à Nîmes Olympique, ça me manque »
Après l’étranger, vous avez fait un retour aux sources ?
Oui, j’ai travaillé pour la Ligue Occitanie et cela m’a fait beaucoup de bien car ça m’a permis de me plonger dans de nouvelles compétences, de nouvelles formations. J’ai pris du recul sur le métier d’entraîneur. Je suis passionné et quand je prends quelque chose, je vais au bout.
Avez-vous gardé un lien avec le Nîmes Olympique de 2026 ?
La formation à Nîmes Olympique, ça me manque. Je suis souvent en contact avec Salim Fiorentino qui dirige des 17 ans nationaux.
Aimeriez-vous revenir au NO ?
Pourquoi pas. J’ai encore de la famille au Chemin-Bas d’Avignon et je suis régulièrement à Nîmes.
« Le club est tombé en R3 et on est en reconstruction »
Comment avez-vous atterri à l’AS Lattes ?
C’est Julien Vellas, un ancien Nîmois que j’ai eu sous mes ordres, qui était à la tête de Lattes et qui voulait laisser la main. Il m’a demandé de le remplacer. Le club est tombé en R3 et on est en reconstruction.
Qu’allez-vous ressentir au moment du coup d’envoi face à Nîmes ?
J'essaie de ne pas trop montrer mon émotion et je vais tenter de prendre beaucoup de recul avec ça.