Encore plus que les autres années, la commémoration de la découverte du charnier du puits de Célas a réuni beaucoup d'élèves du collège Diderot et du lycée Cévenol d'Alès, d'autres du lycée Pasteur et de l'Épide de La Grand'Combe, des élémentaires et collégiens de Salindres et des élèves du CFA bâtiment de Méjannes-lès-Alès. Ils ont, tous ensemble, clôturé la cérémonie en entonnant le Chant des partisans.
Mais, avant, le président de l'Union locale des anciens combattants et victimes de guerre a honoré la mémoire de "ces femmes et hommes qui ont payé de leur vie leur courage et leur attachement à la liberté (...) La liberté, la démocratie, la dignité humaine ne sont jamais totalement acquises, a rappelé l'ancien combattant (comme beaucoup de prises de parole ce vendredi, signe d'un certain air du temps…). Un territoire qui se souvient est un territoire qui sait où il veut aller."
"Je ressentais de l'horreur et de la tristesse"
Mais c'est sans doute le témoignage d'Yvette Mounier qui a le plus frappé l'auditoire, au point d'éveiller des applaudissements. Du haut de ses 98 ans, elle est une témoin de "la barbarie du puits de Célas". Elle avait 16 ans à l'époque, et dit se souvenir très clairement du jour en question, alors que "nous vivions dans une période de peur et d'incertitude. Nous n'étions pas sûrs d'avoir des lendemains (...) Nous étions anesthésiés par la propagande de Vichy."
"Je ressentais de l'horreur et de la tristesse, se souvient encore Yvette Mounier. Ce matin-là, nous avons été alertés par des détonations. Des hommes du mas se sont rendus autour du puits et ont découvert des traces de sang (...) Je pense à ces hommes avec émotion et respect", a conclu Yvette Mounier.
Christophe Rivenq est revenu sur les circonstances de la mort des 28 résistants, jetés dans le puits après avoir été torturés au fort Vauban d'Alès, puis abattus sur place, "refusant à leurs dépouilles jusqu'à l'adieu d'un regard". Le charnier fut découvert le 12 septembre. "Le 18 septembre, plus de 25 000 personnes accompagnèrent leurs funérailles dans les rues d'Alès."
"Nous mesurons ce que les mots publics ont d'insuffisant", a conclu Christophe Rivenq, qui a appelé à "distinguer la conviction du fanatisme". Pour le vice-président du Département, Patrick Malavieille, "la Résistance a aidé ceux qui étaient agenouillés à se redresser". Il a appelé à "comprendre ce qui conduit au racisme et à l'antisémitisme, sur fond de crise économique (...) Le ventre est toujours fécond, la bête immonde n'est pas morte".
"Vous avez fait entrer les martyrs de Célas dans votre vie"
Pour la sous-préfète d'Alès, Lucie Roesch, la commémoration était une première. Et son discours a résonné en direction des élèves présents, de l'élémentaire au lycée. "Pour vous, élèves, 82 années est un horizon temporel très lointain. Vous êtes la première génération qui n'a pas entendu ses parents et ses grands-parents parler de la guerre, de la faim (...) Mais vous êtes une génération qui se questionne par rapport aux défis du monde", a poursuivi Lucie Roesch, citant "les conflits régionalisés" ou encore "l'intelligence artificielle".
"À l'heure où un drame en chasse un autre, pourquoi perpétuer encore la mémoire ?, s'est interrogée la sous-préfète d'Alès. Parce qu'elle nous rappelle inlassablement où mène la haine de l'autre. Que la liberté, l'égalité et la fraternité ne sont jamais des biens acquis. Parce que les martyrs nous questionnent : et nous, qu'aurions-nous fait ?"
Les résistants "se sont rassemblés au-delà de leurs différences, a poursuivi Lucie Roesch. Élèves, vous avez fait entrer les martyrs de Célas dans votre vie. Soyez dignes de cette histoire", a conclu la sous-préfète d'Alès. Un petit groupe d'élèves présents est ensuite venu prononcer les noms des 28 Résistants assassinés ici. Avant que tous les élèves ne reprennent ensemble le Chant des partisans.