"Des paysages ; des scènes de travail, comme lors des vendanges et du jour où on tue le cochon ; des loisirs, comme le ski, la chasse, le carnaval ou les pique-nique en famille." Ce sont des témoignages de vie et du temps que le musée Cévenol incite à réveiller depuis le mois d'août. Le musée viganais a obtenu la labellisation Bicentenaire de la photographie de la part du ministère de la Culture.
"L'association des Amis du musée Cévenol a construit le projet, explique Estelle Bougette, conservatrice du musée. La labellisation court de septembre 2026 à septembre 2027. La collecte ira jusqu'en décembre." Mais c'est le 12 novembre qu'est organisé le dernier après-midi de réception pour ceux qui souhaitent apporter des photos et discuter avec les organisateurs.
Pour la session d'octobre, deux frères retraités, notamment, sont venus. Résidants à Nîmes mais originaires du Pays viganais, ils ont eu vent du travail de récolte. Alors, après être "allés dire bonjour au cimetière", les frères Finiels expliquent leur histoire à Estelle Bougette et deux bénévoles des Amis du musée. Notamment devant une vieille photo de la mairie d'Aulas, "parce que nos grands-parents y étaient instituteurs et maire".
La famille a traversé la région, "ma mère a eu quatre élèves à Roquedur, son premier poste était en 1951-1952". Une autre photo montre le grand-père Finiels, dans sa cuisine, "en train de corriger des copies". Et, sur une autre image, "c'est mon frère et moi avec André Chamson".
Difficile de passer à côté de l'académicien. "L'arrière-petit-neveu d'André Chamson nous a apporté des photos de famille", explique Estelle Bougette. Mais si un focus pourra peut-être s'intéresser aux personnages de la région, la volonté de récolte dépasse largement ce casting. "On recherche aussi de la vie sociale, un événement comme une inauguration, l'installation du monument aux morts, la pénurie d'essence de Mai 68 et les files de voiture que cela provoquait, etc."
"Une personne de Toulouse, originaire d'Ardaillers, nous a aussi contacté, car elle possède des plaques de rue du Vigan, elle va tout numériser. On compte sur la diaspora qui a encore des attaches locales." En la matière, les réseaux sociaux sont aussi une aide précieuse pour impliquer dans le projet des gens plus éloignés.
"Ensuite, poursuit Estelle Bougette, on mêlera les photos avec les collections du musée, pour raconter la vie des gens sur les territoires." En plus de celles du Pays viganais, les images des habitants des communautés de communes gangeoises et suménoises et de Causse-Aigoual-Cévennes sont aussi attendues. De façon, par exemple, à visualiser l'avancée de la forêt de l'Aigoual ou à se promener dans les galeries des Malines, l'ancien site minier de Saint-Laurent-le-Minier.
Une fois les photos collectées, les Amis du musée iront faire un tour du côté de la maison de retraite du Vigan, voir si des témoignages peuvent enrichir les images. "On veut aussi montrer l'évolution des modes de vie, espère Estelle Bougette. On a sollicité les clubs de ski, on ira voir dans un club ou deux s'il reste des images". Le club de foot et l'Union cycliste viganaise ont déjà été sondés. "Avant 1912, on a surtout des cartes postales, constate Estelle Bougette. Mais on cherche vraiment à ce que les gens nous ouvrent leurs albums." Et que le souvenir d'un moment privé puisse devenir le témoignage d'un style de vie. L'exposition qui naîtra de cette collecte devrait s'afficher sur les murs du Vigan, entre mai et octobre 2027.