L’avenir de la friche industrielle de L’Ardoise et le maintien de Dominique Griotto au poste de deuxième adjoint étaient au cœur du conseil municipal, mercredi 14 octobre.
Les élus ont d’abord débattu de la promesse de bail à construction en faveur de MGH Energy, avec plusieurs interrogations sur la faisabilité du projet et les garanties attendues. La séance s’est poursuivie autour de la situation de l’adjoint, dont le maire avait retiré les délégations, suscitant des demandes d’explications et des échanges sur la gouvernance municipale.
MGH Energy : un projet industriel encore soumis à conditions
Sur l’ancienne friche d’ArcelorMittal, MGH Energy envisage une usine de carburants de synthèse bas-carbone destinés principalement aux transports aérien et maritime, comprenant la production d’hydrogène, d’e-méthanol et d’e-kérosène. Le dossier annonce un investissement prévisionnel d’un milliard d’euros, environ 400 emplois pendant la construction et 200 emplois directs permanents en exploitation.
Le futur bail prévoit une durée initiale de trente-deux ans. Le loyer annuel versé à l’agglomération serait de 1,05 million d’euros hors taxes pendant la construction, puis de 2,1 millions en exploitation. La commune bénéficierait d’une part de la fiscalité. La signature définitive demeure conditionnée aux études, aux autorisations administratives et environnementales, aux financements et à la sécurisation des approvisionnements, notamment en eau et en électricité.
« C’est un projet qu’on m’impose »
Ludovic Di Rollo a insisté sur la portée du vote : la promesse de bail ne constitue pas une autorisation de construire l’usine. « Il faut arrêter de faire croire aux gens que le projet est prêt à sortir de terre », a-t-il déclaré. Retenu sous la précédente municipalité, le dossier est présenté par le maire comme un héritage avec lequel son équipe doit désormais composer. « C’est un projet qu’on m’impose », a-t-il affirmé.
Pour autant, il entend maintenir la commune dans les discussions. Pour le maire, s’en retirer reviendrait à perdre des possibilités d’obtenir des informations, de demander des garanties et de peser sur la suite du dossier. « Je suis ni pour ni contre », a résumé Ludovic Di Rollo. Il a posé une condition claire : « Si les études ne sont pas concluantes, de fait le projet est caduc. »
La sécurité et les études au centre des échanges
Patrice Prat, élu d'opposition, a exprimé son désaccord sur le choix du site. Intervenant à titre personnel, dans le cadre d’une liberté de vote au sein de son groupe Laudun-l’Ardoise, le réveil, l’élu a rappelé les inondations de 2002 et 2003, lors desquelles il était maire (de 1995 à 2014). Il juge inadaptée l’implantation d’un établissement Seveso dans un secteur exposé aux crues et proche des habitations. « Cette sensibilité au risque, on ne peut pas la reprocher », a-t-il souligné.
Ludovic Di Rollo a assuré entendre ces préoccupations, tout en refusant que sa volonté de poursuivre les études soit interprétée comme une minimisation des risques. « Personne ici autour de la table n’a le monopole de la sécurité », a-t-il répondu, rappelant sa responsabilité d’élu. Le premier édile a affirmé qu’il ferait obstacle au projet si les études ne permettaient pas de réunir les garanties nécessaires. Il a également promis un suivi régulier et le partage des informations : « On jouera la transparence totale. Il y a des réponses qu’on ne peut pas avoir sans les études. »
Un référendum demandé, la délibération approuvée
Au nom de son groupe, Patrice Prat a demandé que les habitants puissent se prononcer directement sur ce projet susceptible d’engager la commune pour plusieurs décennies. « Je souhaite pour ma part que ce dossier puisse faire l’objet d’un référendum local. » Le maire n’a pas retenu cette proposition, défendant une décision fondée sur les études et la responsabilité des élus. « Je n’ai pas besoin d’un référendum, je suis quand même une personne responsable », a-t-il répliqué.
Dominique Griotto a également contesté le dossier, mettant en cause les lacunes qu’il estime avoir relevées dans les documents et la place de la commune dans la promesse. La délibération a été approuvée avec trois voix contre : celles de Patrice Prat, Arielle Luiselli et Dominique Griotto. Patrick Pannetier, Lucie Rouquet, Jean-Christophe Dauzon et Alain Duplan se sont abstenus. Carole Michel, membre du groupe de Patrice Prat, a voté pour.
Griotto : le maire assume son choix sans en détailler les raisons
Le conseil a ensuite abordé le maintien de Dominique Griotto dans ses fonctions de deuxième adjoint. Sa délégation à l’urbanisme lui avait été retirée par un arrêté du 5 octobre. Dès l’ouverture du débat, Ludovic Di Rollo a fixé les limites de son intervention : « Je ne rentrerai pas dans les détails. » Il a présenté le vote comme la suite du retrait des délégations, sans développer les motifs de la rupture.
Patrice Prat a demandé des explications, estimant que le conseil devait connaître les raisons d’une décision sur laquelle il était appelé à se prononcer. « Qu’est-ce qui a motivé cette décision ? », a-t-il interrogé. Le maire a maintenu sa position : « La discussion a eu lieu avec l’équipe et ça restera en équipe. C’est une décision que j’ai prise et que j’assume. » Patrick Pannetier, du groupe Laudun l’Ardoise en Action, a dénoncé les divisions de la majorité, tout en saluant l’investissement de l’adjoint : « Dominique, tu as mis du cœur, du temps, de l’énergie dans ta délégation. »
« Je ne suis pas du tout en phase avec cette gouvernance »
« Je ne suis pas mort, je ne suis pas parti », a réagi Dominique Griotto, avant de remercier les agents avec lesquels il avait travaillé pendant six mois. Évoquant plusieurs altercations avec Ludovic Di Rollo, il a dénoncé un manque de discussions collectives et une manière de décider qu’il juge trop personnelle. « Je ne suis pas du tout en phase avec cette gouvernance », a-t-il affirmé, rappelant le travail accompli ensemble durant la campagne électorale.
Estimant manquer d’explications sur les motifs de cette décision, Patrice Prat a annoncé que les élus de son groupe ne prendraient pas part au vote. Ils ont alors quitté temporairement la salle. Patrick Pannetier a demandé que le scrutin se déroule à bulletin secret, mais cette proposition n’a pas obtenu les soutiens requis. Les conseillers municipaux se sont donc prononcés à main levée. Une majorité a voté pour le retrait des fonctions d’adjoint de Dominique Griotto, qui continue toutefois de siéger au conseil municipal.