Objectif Gard : On a pu voir, depuis votre élection, plusieurs vidéos dans lesquelles vous avez dénoncé plusieurs fois l'état des finances laissées par la municipalité précédente. Qu'est-ce que
vous avez découvert et quelle était la situation financière ?
Bonifacio Iglesias : Nous étions en déficit de fonctionnement, c'est-à-dire qu'on ne pouvait pas faire face aux dettes de la commune. Et puis en investissement, on avait 30 ou 40 000 euros, quelque chose comme ça, donc on ne pouvait pas fonctionner en l'état. On s'est mis en rapport avec l'État. On a travaillé très étroitement avec la préfecture, la DGFIP (direction générale des finances publiques, NDLR) depuis. Nous espérons trouver une solution. On a voté, la semaine dernière, le principe de l'obtention par une banque d'une ligne de financement. On a travaillé d'arrache-pied pour éviter d'être mis sous tutelle. Ça a été beaucoup, beaucoup de travail. On a été bien accompagnés, bien guidés. On a consulté quatre banques, et une nous a fait une proposition assez intéressante, qui va nous permettre surtout d'espérer remettre à flot les finances, à un équilibre correct, au premier semestre 2028.
On sait à combien s'élève l'endettement par habitant ?
Il n'est pas très important, parce que nous l'avions laissé (1) dans un état qui était nettement en dessous de la moyenne nationale. Il a légèrement augmenté durant la mandature précédente, mais ce n'est pas catastrophique non plus. Ce qui était catastrophique, c'est l'état des finances au moment où nous avons pris la mairie. Nous savions que ce n'était pas bon. Nous n'avions pas les comptes administratifs de 2025, nous les avons eus. Et là, de "pas bonne", la situation est passée à "catastrophique".
Comment qualifieriez-vous vos premiers mois de mandat ? Studieux ? Harassants ? Reposants ?
Ils sont intéressants dans la mesure où nous avons la volonté de nous investir pour le village, comme beaucoup d'élus. Même si j'ai des doutes pour certains, mais bon, c'est notre problème. Par contre, ça a été assez lourd, parce que l'état des finances nous a demandé beaucoup de travail, mais vraiment beaucoup. Dans le même temps, il a fallu faire face aussi aux demandes locales, de la plus importante à la plus petite, qui sont très nombreuses, qui nécessitent aussi du temps. Et parallèlement, il a fallu qu'on mette un peu d'huile dans les rouages des équipes municipales, notamment les équipes techniques, qu'on n'a pas trouvées dans un état de délabrement - c'est un peu exagéré - mais peu motivées, très déçues, et à qui il a fallu remettre le pied à l'étrier. Ça s'est fait. Il y a eu beaucoup de travail, je vous le dis. Ça paraît couillon, mais on n'avait pas du tout la capacité d'acheter, par exemple, une tonne de grave émulsion pour boucher les trous. C'est rien du tout, je ne vous parle pas de travaux, de refaire des routes. Mais quand on n'a pas moins d'un centime pour faire ne serait-ce que du pétassage... Tout cela concourt à créer une ambiance un peu pesante. Et puis, la période estivale ajoute à nos difficultés parce que c'est une période très particulière, en tout cas pour Anduze, de forte activité. Donc, nous, on a fait beaucoup, mais vraiment beaucoup d'heures. Moi, j'y passais entre 12 et 15 heures par jour. Moi, la finance, j'assiste, je téléguide, mais ce n'est pas mon truc. Par contre, le reste, j'ai été vraiment actif.
Il y a tout de même eu un petit désagrément, c'est la démission de Claude Perrier, votr premier adjoint. Est-ce que c'est une déception de votre part ?
Oui, tout à fait, complètement. Claude est quelqu'un de valeur, il n'est pas resté longtemps. Le peu de temps qu'il est resté nous a été très utile, il a été très efficace, et je le remercie, mais il a décidé de partir. C'est contre ma volonté, mais c'était sa volonté à lui. Je la regrette fortement, mais je la respecte.
"La médiathèque, un projet hors-sol"
C'était quoi ? Une mésentente sur le projet général qui vous a séparés ?
Non, non, non, pas sur le projet. Le fait qu'il y ait beaucoup de
travail, le fait qu'effectivement ça provoque des tensions, le fait qu'il vient de postes qui étaient quand même plus élevés que dans notre petite commune.... Je ne sais pas. En tout cas, il a décidé de partir. Il a envoyé sa lettre de démission, on l'actera au prochain conseil municipal. Et le sort en est jeté. Je vous dis, perso, je le regrette parce qu'il nous a apporté, il nous a ouvert des portes, il a fait un travail très intéressant.
Vous avez décidé d'abandonner, comme annoncé pendant la campagne, le projet de médiathèque. Quels reproches lui faisiez-vous ? Et avez-vous un projet de substitiution pour ce bâtiment ?
Aujourd'hui, nous n'avons pas de projet précis. Nous avons stoppé le projet parce que c'était un projet hors-sol par rapport à la commune
d'Anduze. Tant au niveau du dimensionnement de l'outil, qui me paraissait disproportionné - nous avons une médiathèque qui fonctionne bien, qui est satisfaisante, que l'on peut légèrement agrandir si on a besoin de le faire et aujourd'hui, ça ne s'impose pas - que financièrement : c'était un gouffre parce que toutes les sommes qu'avait prévues la mairie, un peu plus de 2 millions d'euros, pour mettre en état le bâtiment, étaient des sommes qui permettaient justement et uniquement de mettre en état le bâtiment. Rien sur les aménagements, rien sur la gestion et le fonctionnement après. Tel outil aurait nécessité pour le moins deux personnes supplémentaires par rapport à celles que nous avons. On n'avait pas le sou, le moindre centime. Et ensuite, pour être honnête aussi, ce projet n'était pas du tout suivi par la DRAC (direction régionale des affaires culturelles, NDLR). Donc, il y a de quoi se poser des questions.
Est-ce que le bâtiment est inscrit ou classé aux Monuments historiques ?
Le bâtiment, non. Mais il est relativement protégé parce qu'il est au sein du cœur du village et que donc, dans le cadre du PLU (plan local d'urbanisme) c'est un beau bâtiment, une belle façade, c'est un ancien couvent. Mais ce n'est pas ce qui renchérissait le projet. Et puis, le premier projet - parce qu'ils en ont fait un second, beaucoup moins coûteux - défigurait cet espace-là, à notre avis. Mais le reproche essentiel, c'était que c'était surdimensionné et irréaliste pour la commune.
"Ici, pratiquement à chaque rue du cœur du village, on possède une maison ou un pâté qui a besoin d'être restauré"
Du coup, la commune a-t-elle les moyens de conserver le bâtiment ?
Le bâtiment, on le conservera. Ce n'est pas un problème. On a déjà des demandes. Jusqu'ici, on avait travaillé avec les bailleurs historiques du département. Mais nous faisons partie de l'agglo et on a été sollicité. Le cœur de ville est en OPAH-RU (opération programmée d'amélioration de l'habitat et de renouvellement urbain, NDLR) et qui a besoin de beaucoup de travail. Pourquoi ne pas intégrer un bailleur supplémentaire qui, peut-être, nous apportera d'autres horizons ? Donc, j'ai fait voir ce bâtiment à Cyril Laurent, élu d'Alès Agglo. On a fait visiter. Il n'était pas venu que pour ça. J'ai montré le reste de la ville pour justifier la situation d'OPAH-RU, quels étaient les quartiers, les lieux qui étaient en souffrance quant à l'habitat. Ici, pratiquement à chaque rue du cœur du village, on possède une maison ou un pâté qui a besoin d'être restauré. Et le bâtiment aujourd'hui, on nous l'a demandé. Il y a des gens qui ont voulu nous le racheter pour faire du logement, ou je ne sais pas quoi. Pour le moment, ce n'est pas notre urgence parce qu'on n'a pas l'intention de le vendre comme ça. C'est un bâtiment intéressant. Que va-t-on en faire ? Je ne sais pas. L'idée, ce serait peut-être de faire un petit peu de logement inclusif aux étages et de garder le bas pour faire un lieu de vie, une salle de rencontre, de réunion. C'est-à-dire avoir un genre de foyer pour jeunes ou pas jeunes. Parce que l'idée de la médiathèque avec un café des citoyens, tout ça, je veux bien, mais on se doutait pourquoi c'était fait...
Est-ce que vous avez déjà eu des retours sur l'été, notamment sur la satisfaction, ou pas, des commerçants ?
Chez les commerçants, c'est assez mitigé. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu du monde. Ça, c'est clair. Ce qui est sûr aussi, c'est qu'il y a un déficit d'échanges commerciaux, notamment chez les restaurateurs. Entre 30% et 50% de pertes et, pour certains, davantage.
"Au moins 4 ou 5 commerçants vont fermer"
Pour les deux mois ? Parce que le mois d'août est apparu bien plus fréquenté que juillet...
Ici, en avant-saison, le mois de mai avait été bon. Mon fils est restaurateur, je peux avoir une idée précise de la situation. Difficile, mais bon. Difficile parce qu'il a - en ce qui le concerne, mais il n'était pas le seul - du mal à trouver des personnes qualifiées, ou pas. C'est difficile. Donc, tous les restaurateurs, ici, ont souffert de ça, sauf ceux qui sont avec leur épouse, par exemple. Mais dès qu'il y a une équipe de 4 ou 5, c'est difficile. Des commerçants, certains se plaignent vraiment et vont mettre la clé sur la porte : au moins 4 ou 5 vont fermer. Donc, c'est que ça a été bien difficile. Et ensuite, il y a eu beaucoup de monde lors des marchés nocturnes. Alors, certains disent "moi, j'ai bien travaillé". D'autres n'ont pas travaillé du tout et ne reviendront plus. Ce sont les aléas du commerce parce qu'il y a des marchands qui présentent des marchandises et qui ne les vendent pas, eh bien ça se comprend tout à fait. Ce n'est pas parce qu'il y a du monde qu'on achète, d'autant que les conditions aujourd'hui sont quand même assez difficiles. La période de chaleur n'a pas aidé non plus parce que les gens ne sortaient pas. Même le soir : les terrasses des bistrots n'étaient pas vides, mais on ne sentait pas un engouement important. En ce qui concerne l'achat cœur de village, il y a un phénomène qui est évident aussi, c'est que les gros campings aujourd'hui, qui reçoivent la grande majorité de touristes, ils sont, selon moi, très bien organisés. Et on peut arriver au camping, poser la clé de la voiture une semaine, 15 jours, trois semaines, rester sur place, et il y a tout. Parce qu'ils se sont vraiment améliorés. Ils prennent en charge les enfants toute la journée, etc. Ils font des animations, y compris des marchés chez eux, à l'intérieur du camping. Donc, tout cela fait qu'en termes de fréquentation, la saison a été bonne. Pas brillante, mais bonne. Par contre, en termes mercantiles...
Et les festivals, est-ce qu'ils ont bien marché, de Jazzoparc au festival de tournage sur bois ?
Les festivals ont connu un gros, gros succès. Il y a quelques soucis pour Jazzoparc, qui a des difficultés pour boucler son budget. On est dans la recherche de financiers supplémentaires. Le problème est qu'il y a eu une multitude de festivals à la même période : Junas, Saint-Jean-du-Pin, et d'autres activités que je n'ai plus en tête. Les organisateurs pensent que ça a perturbé. Moi, je suis accompagnateur. Il y a des charges qui sont de plus en plus lourdes concernant la mise en place des scènes, d'électricité, de décorations, qui sont aujourd'hui, des postes budgétaires très importants. Et il y a eu un léger déficit. Enfin, léger... Je ne sais pas. Il y a eu du monde, vraiment, mais beaucoup moins que l'année d'avant. La chaleur a aussi impacté les déplacements. Après, ça n'a pas été la cata du tout. Mais vu la lourdeur du budget, c'est difficile. Pour les autres festivals, tout le monde est satisfait. Et ce sont des publics complètement différents, que ce soit le bois tourné, la ferronnerie, le vin, les poteries, ou Lol & Lalala. C'est vrai que ça amène des gens, Lol & Lalala. C'était plein
depuis très longtemps, c'est dingue ! Mais bon, c'est comme ça. Et tant mieux pour eux.
"Les demandes des citoyens sont beaucoup plus importantes que ce qu'elles étaient, en tout cas que ce que j'avais connu précédemment"
Que s'est-il passé avec l'association Chez Félix, qui a été contrainte de réduire ses deux derniers mardis d'été ? (2)
Tout à fait. Le problème de Chez Félix, c'est qu'ils accompagnent les marchés nocturnes, c'est-à-dire le mardi soir, ils organisent des activités musicales, des programmations. Je n'y suis jamais allé. Sauf que sur le marchés nocturne, les musiques s'arrêtent à minuit et demi. Eux, de temps en temps, ils marquent une petite pause, puis continuent jusqu'à pas d'heure. Donc, le voisinage proche se plaint. Et, comme c'est plein de collines, ça diffuse. Dans le quartier de l'Arbousset, Labahou, tout ça, ça crée beaucoup de réclamations de la part des gens. Qui - je trouve quand même, il faut le souligner aussi -sont particulièrement tendus. L'atmosphère est tendue à tous les niveaux. Et je crois que les gens sont moins permissifs que ce qu'ils étaient auparavant. Covid, pas Covid, chaleur, pas chaleur, finance, pas finance, toujours est-il que l'ambiance globale, si elle n'est pas mauvaise, est quand même tendue. Et les demandes des citoyens sont beaucoup plus importantes que ce qu'elles étaient, en tout cas que ce que j'avais connu précédemment.
Des exigences envers la municipalité, vous voulez dire ?
Envers tout le monde. Il y a des exigences envers le voisin, envers le chien, envers la circulation. Et là, envers Chez Félix, parce qu'à une heure du matin, la canicule est là, tout le monde n'a pas la clim, on ouvre les fenêtres et là.... Donc, je les ai reçus pour ça. Le dernier marché, semble-t-il, ils ont réduit leurs nuisances sonores, même s'ils me disent qu'ils sont au nombre au niveau décibel. Mais ils n'étaient pas les seuls ! On a eu un problème aussi en ville avec des karaokés. Et chaque fois qu'ils ont fait venir des DJ... C'est dingue, on ne peut pas manger ! Ils sont devant le temple et vous êtes en face. Donc, à cet effet, pour marquer que je n'étais pas satisfait, j'avais pris un arrêté dont je savais très bien qu'il n'était pas légal. Mais, en attendant qu'il soit contesté et débouté, il s'applique. Donc, ils sont venus me voir en courant et je leur ai dit "vous faites un effort". "- Oui, mais votre arrêté n'est pas..." "- C'est mon problème, ce n'est pas le vôtre. Si vous le jugez illégal, il y a des tribunaux, mais on en sera à l'été prochain. Donc, en attendant, il faut l'appliquer." On a négocié, ce sont des gens très corrects.
"Mettre un terme à une surexploitation intensive, au niveau musical, du village"
Et la négociation a porté sur quoi ?
Déjà, je doute fort de leur fréquentation; Ils m'ont dit qu'ils étaient à 2 500 adhérents anduziens, je ne sais pas combien. Je leur ai dit : "Ça, vous irez le raconter à qui vous voudrez, mais pas à moi, je sais ce que vous y faites". Ils m'ont dit : "On vous invite". J'ai dit : "Je ne mettrai pas les pieds, ça c'est clair". Ils m'ont dit : "Mais vous ne pouvez pas juger sans !" "- Écoutez, je vais vous dire une chose gentiment et tranquillement". Les marchés nocturnes, c'est galère pour se garer. Moi, je vais au-dessus du Café des Arts, une ancienne élue du mandat précédent habite là, juste au-dessus de Chez Félix. Je me gare chez elle. Donc, je fais 150 ou 100 mètres pour aller jusqu'au bistrot. Et le soir, je remonte par là. Je leur ai dit : "Écoutez, quand je passe devant chez vous, que vous le vouliez ou non, dans la rue, ça sent ni le thym, ni la lavande." "- Ce n'est pas vrai". J'ai dit : "Ne me dites pas que ce n'est pas vrai, parce que vous êtes en train de me mentir. Moi, je ne vais pas m'immiscer dans le fonctionnement de votre association. Sauf si..." Parce que j'ai connu des bagarres devant la porte, j'ai vu passer des gens à fond la caisse, et s'ils se couraient après, ce n'était pas pour s'embrasser. "Donc, ça perturbe, je n'en veux pas, point". Ils m'ont dit "On va faire attention, etc". J'ai dit que je le constaterai. Le dernier marché a été, semble-t-il, assez correct, au niveau musical. Même si, après, ça continue. Il n'y a plus de musique, mais au bar, ça discute, il y a des riverains, et il y en a qui n'en peuvent plus. Les gens de Chez Félix ont été très corrects mais l'idée, c'est aussi de mettre un terme à une surexploitation intensive, j'en parle au niveau musical, sonore, du village, parce que si les Anduziens sont prêts à supporter ce type de dérangements, c'est parce qu'on n'a que notre seule industrie, c'est l'été, c'est le tourisme, on n'a que ça.
Mais Chez Félix attire tout de même du monde le mardi soir... ?
Ils drainent du monde, c'est certain. Pas beaucoup d'Anduziens, ils peuvent raconter ce qu'ils veulent.
Vous pensez qu'ils continueront l'année prochaine ?
L'année prochaine, on se remettra autour d'une table, avec d'autres. Et on mettra les choses au point. On définira ensemble la façon de mettre des limites. Ils ne sont pas couillons, je pense que pour être bien, il n'y a pas besoin d'avoir un niveau sonore tel qu'ils le produisent. En tout cas, moi, ça ne me convient pas. Pas que chez eux, je le répète. En ville aussi. Le karaoké, c'est pareil. J'ai dit stop. Le responsable est venu me voir. Il m'a dit "concours de chants", j'ai dit pas de soucis. Mais le karaoké, c'est fini. Et uniquement à l'intérieur de l'établissement, pas en plein air, parce que c'était ingérable.
Pour finir avec l'été, est-ce que vous êtes satisfaits du travail de Cévennes Tourisme en faveur d'Anduze ?
J'ai renoué contact un peu avec l'agglo. Il est clair que la mandature précédente avait été mise à l'écart. Moi, je les ai rencontrés deux ou trois fois, je veux encore les rencontrer. Alors, est-ce qu'on a été mis à l'écart ? Ou est-ce que la municipalité ne sollicitait pas l'organisme ? Parce qu'ils ont arrêté le Rallye des Camisards, ils ont arrêté les Journées du Patrimoine... En tout cas, ils les ont faites à leur sauce et ça ne donnait rien. Nous, on essaie, je ne dirais pas de se "réapproprier" les parts de marché qu'on a perdues, mais de retrouver notre place dans le dispositif qui permet de mettre en lumière notre vallée cévenole. L'agglo avait tendance à nous ignorer, entre guillemets, à dispatcher un peu les activités sur Saint-Jean-du-Gard. On veut retrouver notre place dans le système. Il faut voir ce qu'il se passe, sinon je me tournerai vers ailleurs et je ferai.
"La rentrée a surtout été marquée par la très forte demande des parents concernant la mise aux normes"
La rentrée dans les écoles s'est-elle bien passée ?
La rentrée a surtout été marquée par la très forte demande - et déjà, avant la rentrée - des parents concernant la mise aux normes, si tant est que ça puisse se faire, de nos écoles qui datent, pour la plus récente, de 1976. Donc, il y a bien eu des petits travaux, mais effectivement, face au changement climatique, les bâtiments ne sont pas adaptés et rien n'avait été fait (3). Dans l'urgence, on a acheté des ventilateurs, qu'on a mis dans toutes les classes, sachant très bien que ce n'est pas une solution définitive. Dans le même temps, on s'est inscrit dans les différents plans que propose le Gouvernement pour améliorer les établissements. Sauf qu'on n'a pu utiliser qu'une toute petite partie des crédits, parce qu'en face, on ne peut pas mettre d'argent. Nous avons testé, à l'école maternelle, des brasseurs d'air pour les classes et un petit dortoir. On a fait la même chose aux primaires, mais on n'a pas équipé l'ensemble des classes. Si l'expérience est concluante, ce qui semble être le cas d'après les enseignants et les personnels, aux vacances de Toussaint on finira d'équiper toutes les classes maternelles et primaires, sachant que la crèche avait été équipée d'appareils de climatisation. Parallèlement, on a attaqué des études. On est en attente de savoir quelles solutions on va choisir, parce qu'il y a diverses solutions sur le traitement physique des bâtiments. On pourra co-financer avec des aides de l'Etat. C'est pour ça qu'il est important pour nous d'avoir des lignes de financement parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas emprunter le moindre centime. On a gratté quatre sous quand même pour nos grands programmes qui étaient, à notre avis, mal financés.
Le projet de déviation dont vous aviez parlé pendant la campagne, qui passerait par le pont submersible, est-il toujours d'actualité ? Est-ce que vous continuez d'explorer ?
Plus que jamais. On a voté, au dernier conseil municipal, le principe d'engagement sur ce projet. Effectivement, cet été, ça a circulé comme d'habitude et c'est vraiment une gêne.
"La déviation, c'est capital pour le village, sinon on va crever"
Est-ce qu'il va falloir détruire des choses ? Parce que faire passer les camions dans les parkings ne devrait pas être facile...
Il se trouve qu'on a la possibilité de faire du cheminement, de descendre le long de la voie de Nîmes, de prendre le coin de ce qu'on appelle les enfants de Dieu, et de prendre le bord du Gardon. On ne détruit rien du tout, il faudra quand même qu'on échange des parcelles, ou qu'on achète des parcelles, pour couper un pan au niveau des pompes de Super U, côté droit, faire un biseau à ce niveau-là. Après, le raccordement se ferait sur le pont de Noyer. Il y a peut-être des possibilités qui vont se dégager, mais on n'en est pas là du tout. Le premier projet existant, qui a été refusé par la municipalité précédente, on va le ressortir des cartons. Sauf que, depuis, les lois sur l'eau ont changé, et ça risque de nous poser quelques problèmes. Mais nous estimons que c'est capital pour le village, sinon on va crever. Les restos, les cafés, la quiétude du village, la tranquillité... On s'est débrouillé auparavant pour avoir des places de parking très proches, et gratuites, et on a fait cet effort-là en prévision du délastage. On les a, mais si personne n'en vient ?
La police municipale pourrait partir dans les anciens locaux des impôts, est-ce toujours d'actualité ?
Oui, pour avoir des locaux un peu plus vastes, pour être un peu plus visibles par la population. Les gens pourront y aller de façon beaucoup plus indépendante. Cela nous permettra de récupérer un espace dont on a besoin, parce qu'on est un peu quichés comme on dit chez nous, au niveau des adjoints et des bureaux disponibles pour les gens qui travaillent.
"Entre 23 et 26 caméras sur la commune"
Et le projet de mettre des caméras de vidéosurveillance, où en est-il ? Combien il y en aurait ? Est-ce que vous savez où les positionner ?
La pré-étude a été faite par les services de gendarmerie, accompagnés de la police municipale et d'adjoints, parce qu'on avait déjà le projet, là aussi bouclé, avec le financement et tout, que la municipalité précédente a refusé. Il faut retrouver des financements qui ne seront pas ceux qu'on avait pu obtenir, parce que c'était payé pour moitié. Ce qui nous sauve, si on peut dire ça, c'est que les matériels, tout en étant plus efficaces, sont de moindre coût. Il y aurait entre 23 et 26 caméras sur la commune. Les quatre entrées de villes : Saint-Jean-du-Gard, Alès, Générargues et Nîmes. Saint-Félix-de-Pallières aussi, mais c'est plutôt orienté vers l'école et le collège. Et puis, la mine de Saint-Félix, quand même. Ça, c'est une demande de la gendarmerie. Après, les quartiers sensibles, entre guillemets (pour autant qu'on puisse dire un quartier sensible), là où se passent les problématiques, même si ce n'est pas Chicago. On a un peu plus de problèmes qu'ailleurs parce qu'on trouve de la drogue, parce qu'on trouve des logements vétustes, et parce que la commune ne fonctionnait plus avec la gendarmerie ou les services de l'Agglo. Voilà, ce qui fait qu'on avait... pas une recrudescence de la criminalité, mais, en juillet de l'année dernière, il y avait eu une vague très sensible. Aujourd'hui, ça fonctionne mieux.
Vous avez parlé de logements vétustes. Dans le même temps, le quartier projeté à la gare est-il abandonné ?
Oui, complètement.
Comptez-vous faire une révision du Plan local d'urbanisme (PLU) ?
Oui, soit une refonte totale du PLU, soit une révision. Sauf que pas mal de procès sont en cours par des particuliers. Il doit en rester très peu à juger. Nous attendons que tous ces processus soient purgés pour choisir la procédure. Nous travaillons déjà en amont sur ce que nous souhaitons mettre en place. Avec un cabinet qui avait fonctionné sur le PLU que nous avions arrêté en 2020. Là aussi, de nouvelles règles et de nouvelles orientations ont été promulguées depuis. Donc, nous allons revoir les choses dans le cadre de ce que nous pourrons infléchir.
"Je ne suis pas sûr qu'on y soit à 3 500 habitants"
Craignez pas, dans les mois qui viennent, une baisse de la fréquentation en raison du prix des carburants?
Ici, ça se ressent déjà. Il y a pas mal de gens qui vont travailler à Nîmes, Montpellier, Alès. Et ils sont soucieux de ça, effectivement. Alors, évidemment, la fréquentation touristique, ou en tout cas de promenade, de passage, il est clair qu'on va subir les conséquences. Dans nos familles, on voit les soucis.
Quelles sont pour vous les priorités dans les mois qui viennent ?
C'est d'avoir un peu de tranquillité, poursuivre la réflexion de ce que l'on envisage pour le moment où on pourra lancer le vrai chantier de progression pour notre village. En attendant, c'est de rééquilibrer autant qu'on pourra la façon dont vont pouvoir vivre nos individus au coeur du village. C'est-à-dire qu'on va s'attacher à répondre au maximum de leurs demandes dans le cadre du raisonnable. Mais chacun peut comprendre qu'on ne peut pas tout lui octroyer. On va aussi essayer de mettre en route quelque chose qui ressemblerait à des déplacements doux même si le fait qu'on soit dans un entonnoir ne rend pas la chose évidente. Donc, ça nous laisse en gros 2 ans pour peaufiner tout ça.
Vous aurez sans doute un mandat d'une année supplémentaire, normalement...
Oui, mais si c'est un an de plus fauché, je n'en veux pas pas (rires).
Où en est-on des Jardins de la Filature ?
On avance très sérieusement. Nous avons eu plusieurs réunions. Nous avions amorcé avec un repreneur, une association qui aurait piloté ce que nous voulons mettre en place en collaboration avec nous. Elle s'est désistée. On en a trouvé une autre. Et là aussi, on travaille très sérieusement avec l'Agglo, d'une part, la sous-préfecture, d'autre part, le Département, la CAF. Ça avance bien. On remplirait le bâtiment demain. Sauf que, là aussi, ça nécessitera des travaux de mise en conformité et d'organisation spatiale pour ce qu'on veut mettre en place. On est en négociation avec les médecins, mais ça risque d'être un peu long, avec peut-être un laboratoire, une pharmacie, etc. L'espace qu'on veut créer, multifonction, est en bonne voie.
L'État n'est pas venu vous voir pour des questions de logement social, en vous disant que vous alliez passer la barre des 3500 habitants ? (4)
On a posé la question, parce que ça nous impacte budgétairement aussi. La préfecture nous a dit, je crois, que ce sera acté à partir de 2027, je ne sais pas si c'est le 1er janvier ou le 1er avril, je ne me souviens plus. Donc, ce n'est pas quelque chose qui nous soucie. La seule nouvelle dont ils ont fait état, c'est qu'on risquait d'avoir une Dotation globale de fonctionnement supérieure. Donc ça... On prendra. Ce qui fait que, jusqu'à maintenant, on a fait les canards. Mais, entre vous et moi, je ne suis pas sûr qu'on y soit à 3 500 habitants, les derniers recensements ont été un peu téléguidés. Et là aujourd'hui, on voit sur les listes électorales, sur les inscriptions de résidences en mairies, que ce n'est pas une urgence.
(1) Bonifacio Iglesias a déjà été maire d'Anduze entre 2008 et 2020
(2) L'association Chez Félix, dont la maison est au début de la route de Saint-Félix, organise chaque mardi d'été un concert de style différent chaque semaine
(3) Il ne s'agit pas des bâtiments, mais la municipalité précédente avait tout de même refait la cour de l'école André-Clavel pour en faire baisser la température, à retrouver ici
(4) Les communes de plus de 3 500 habitants appartenant à des agglomérations doivent disposer de 25 % de logements sociaux au sein de leur parc de résidences principales