Publié il y a 6 h - Mise à jour le 10.10.2026 - Propos recueillis par François Desmeures - 19 min  - vu 377 fois

FAIT DU JOUR Olivier Martin, président de Cèze Cévennes : "Les travaux sur les digues vont commencer en 2027"

Olivier Martin est président de la communauté de communes de Cèze Cévennes depuis 2014

- François Desmeures

Réélu avec plus de 80 % de voix en mars dernier dans son village de Gagnières, Olivier Martin s'est réinstallé naturellement dans le fauteuil de président de la communauté de communes Cèze Cévennes. Loin d'être la plus riche des intercommunalités du Gard, Cèze Cévennes n'en entre pas moins dans une phase de son histoire qui devrait conjuguer gros travaux, déblocage des questions de santé, réalisations pour la petite enfance ou encore impulsions économiques. Tour d'horizon avec Olivier Martin.

Objectif Gard : Vous avez évoqué, lors du dernier conseil communautaire, la création d'une SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) pour la maison médicale. Est-ce que c'est une manière d'acter le désengagement de Filieris ?

Olivier Martin : Non. C'est une bonne question, parce que le lendemain du conseil communautaire, on a travaillé avec les professionnels de santé, les médecins, les infirmiers, des associations de résidents sur ce projet de SCIC. On a fait des ateliers avec l'union régionale des coopératives qui accompagne la réfection. J'en ai profité pour poser la question parce que les dernières rencontres que j'ai eues avec Filieris... La dernière, au mois de mai, on a mangé ensemble. Elle était plutôt positive dans le sens qu'ils considéraient, d'après les directives qui leur étaient proposées par le ministère, que notre territoire était à investir dans leur convention d'objectif. Et donc, on en était restés là.

Olivier Martin est président de la communauté de communes de Cèze Cévennes depuis 2014 • François Desmeures

Au fil du temps, on n'a plus eu de nouvelles. Mais nous, on ne devait pas en avoir, puisqu'on est là comme facilitateurs, accompagnateurs. Ensuite, la goutte qui a un peu fait déborder le vase, c'est que Filieris devait participer à l'extension de la maison de santé de Bessèges, et qu'ils ont dit "Niet !". J'en ai parlé au docteur coordonnateur, qui dit : "Voilà, on se fait un peu amuser, on n'a plus confiance. On ne va pas attendre d'être au pied du mur pour réagir, on se prend en main." C'est une manière aussi de dire à Filieris "on n'attend pas après vous". Et moi, je suis d'accord avec ça. Je pense que j'aurai quand même une discussion avec le directeur régional de Filieris, que je vais rencontrer. Mais la démarche me paraît quand même intéressante parce qu'elle est coopérative. On les suit, on sera actionnaire. Ce n'est pas une manière d'évincer Filieris mais une manière de pouvoir faire quelque chose en cas de.... Et de même, pourquoi pas, imaginer que Filieris puisse être partenaire aussi ?

"Les médecins ont perdu confiance dans le projet de santé du territoire porté par Filieris"

Et que Filieris entre dans la coopérative ?

Ce que je sens aujourd'hui sur les raisons profondes de la part des médecins - même si je ne suis pas leur confident - c'est qu'ils ont perdu confiance dans le projet de santé du territoire porté par Filieris, qu'on entend quand même ici et là qu'ils vont être absorbés par UGECAM, avec tout ce qui est leur équipement d'accueil.

Aux Mages, ils semblent moins enthousiastes qu'au départ...

Oui, il va y avoir un gros souci avec Les Mages, je pense, et pour le porteur de projets privés, c'est compliqué. Et l'UGECAM, pour récupérer la structure, leur dit "moi, il faut que j'aie une situation financière qui soit nette." Aujourd'hui, ils perdent de l'argent à Bessèges, ils perdent de l'argent un peu de partout. Donc, ils purgent pour arriver avec une pilule qui soit moins difficile à faire passer à l'UGECAM. On sent que même les salariés Filieris, les docteurs, ont un peu perdu confiance. Ce sont donc les docteurs qui ont eu cette initiative, et qui ont dit aux membres de la CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé, NDLR) : "Écoutez, si on n'a pas plus de garantie, on va partir. On va aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs." Et pour un docteur, c'est facile de trouver de l'herbe verte ailleurs. Ils ont posé la question à deux ou trois jeunes médecins qui ont dit, "nous, dans ces conditions-là, on partira." Par contre, s'il y a une autre démarche, pourquoi pas ?

Nous, on est partenaires parce qu'on est associés depuis des années : on a créé un service de santé, avec quelqu'un qui est détaché de chez nous au projet de santé territorial, et on a récupéré un mi-temps du centre hospitalier d'Alès. On a donc un pool entre la coordonnatrice du CPTS, le chargé de santé de la communauté de communes et un mi-temps d'un cadre de santé d'Alès que nous employons. Le projet est très intéressant, il s'agirait de recruter, demain, des médecins via l'hôpital qui seraient mis à disposition de nos services dans notre territoire parce que, comme dit le directeur justement, il est plus facile de recruter lorsqu'il y a huit médecins parce que le nouveau fait le neuvième, puisqu'ils aiment travailler en commun, plutôt que de recruter un médecin unique qui est perdu.

Et puis, le deuxième sujet, c'est que le directeur, M. Cataldo, préfère avoir des consultations avancées de spécialistes sur De Cèze Cévennes, déplacer un gars. Le projet intermédiaire, qui est bien avancé, c'est Omnidoc, qui permet d'avoir un avis d'expert avant le déplacement du patient à Alès. Ce qui fait que, demain, les médecins spécialistes qui sont intéressés par venir ici, vers Saint-Ambroix-Bessèges, auront une somme de patients qui, vraiment, méritent une expertise.

La future maison de santé de Saint-Ambroix, actuellement en travaux • François Desmeures

La SCIC se monterait avec combien de médecins ?

Attention, il y a beaucoup de médecins à la retraite, mais pas vieux, qui viennent dedans. Parce que, ce que je me suis fait expliquer, c'est que les médecins de 70 ans, on va dire, peuvent exercer encore, mais ne veulent pas parce qu'ils ne sont plus dans le coup pour des maladies qui demandent une expertise, une formation continue. Par contre, sur des consultations pour la bobologie, qui vont quand même soulager les médecins, on peut y aller. Je pense que là, on a environ six médecins. Autant, et peut-être plus, d'infirmiers, des kinés, des psychologues. Il y a une belle dynamique. Mais ça prendra du temps.

Vous sembliez aussi dire, en conseil communautaire, que le projet intégrerait aussi de la téléconsultation ?

J'ai demandé à l'ancien médecin de Gagnières, qui a pris sa retraite et qui a 68 ans, "Est-ce que tu voudrais donner un coup de main pour la téléconsultation ?" Il m'a dit "pourquoi pas ?". Les médecins vont donc répondre à un appel à projet, lancé par la Banque des Territoires ou l'Agence nationale de la cohésion des territoires, sur de la télémédecine locale. C'est-à-dire, faite par des médecins locaux, et chaque fois qu'il y a une consultation, un professionnel de santé sera là, soit un infirmier, soit un assistant médical, soit un pharmacien. Mais avec le docteur du coin que tu connais. S'il n'y en a pas assez, la boîte avec qui il y a des négociations pour fournir les télécabines, elle s'engage à compléter avec des médecins. C'est pas mal.

"Sur les digues, je pense que l'État a du mal à trouver les finances"

La SCIC aurait-elle une unité de lieu, ou ça pourrait être une SCIC répartie sur différents villages ?

Ah non, elle serait répartie. Elle s'appuierait sur les maisons de santé, parce qu'il y a La Grand'Combe dans la CPTS, Bessèges, Saint-Ambroix. Et demain, peut-être Barjac si ça se transforme en MSP (maison de santé pluriprofessionnelle). C'est très intéressant, mais est-ce qu'on aura le temps pour nous ? J'ai pratiqué le coopératif : c'est bien mais ça discute, quand même.

On a l'impression que la fin 2026 et le début 2027 lancent une époque de grands travaux pour la communauté de communes. En commençant par les digues de la Cèze : où en est-on des chantiers attendus ? (relire ici)

(Il sourit) Les digues, ça va commencer en 2027. Le dossier qu'a fait AB Cèze, à qui on a délégué la compétence, l'État trouvait qu'il était insuffisamment fourni. Donc, on redemande un délai d'instruction de complétude. C'est assez dramatique, mais je pense que l'État a du mal à trouver les finances, parce qu'il doit y venir quand même... Nous on verse depuis des années. Parce qu'on n'allait pas, en 2027, verser trois millions d'euros d'un coup. On a lissé jusqu'en 2028 les cotisations qui font qu'on aura le montant suffisant. On sort 300 000 € par an depuis 7-8 ans, notre quote-part est financée. Et on a un peu mis l'État dans l'embarras : pour nous, la digue prioritaire, c'est celle de Saint-Ambroix, qui est en terre, a été érigée en 1958, et qui est la plus dangereuse quand on fait le coût risque/bénéfice. Mais l'État ne la met pas en priorité.

L'État priorise Bessèges ?

Oui. Moi, j'ai dit au président d'AB Cèze qu'il faut quand même que l'État prenne ses responsabilités et qu'il écrive cela. Parce que demain, s'il y a un souci, il dira : "Pourquoi vous n'avez pas attaqué par Saint-Ambroix ?" Donc, aujourd'hui, ils ont eu la complétude du dossier, ça devrait démarrer. Mais je pense que c'est un problème de finances, et que l'État a du mal à suivre.

Ruisseaux couverts : "Vu le montant des travaux, demain, qui va être en capacité de porter ça ?"

L'autre gros dossier, c'est celui des ruisseaux couverts. le président du syndicat, Henry Chalvidan, maire de Robiac-Rochessadoule, évoquait en mai dernier l'élaboration d'un porter à connaissance de la part des services de l'État (relire ici). Où en est-on ? Les travaux vont-ils commencer ?

Le porter à connaissance, il est en cours, il a été présenté. Les travaux d'urgence vont attaquer. Avec le sous-préfet d'Alès, Émile Soumbo, et le préfet Jérôme Bonet, on est arrivés à sortir des crédits de l'État exceptionnels. Les travaux vont donc attaquer par Bessèges, à la Forge, et à Molières-sur-Cèze. Après, on a une réflexion avec l'État : vu le montant des travaux, demain, qui va être en capacité de porter ça ? Sur un "one-shot", on va dire à 300 000 €, l'État sort 240 000 €. Mais après ? On avait demandé, avec des interventions des sénateurs, des députés, qu'on puisse disposer d'un crédit exceptionnel, un peu comme le fonds Barnier. Pour le moment, on est en phase PAPI (programme d'actions de prévention des inondations, NDLR), qui va se terminer. Moi, j'ai rencontré la nouvelle sous-préfète et j'ai dit : il faut qu'on ait une autre dimension demain, voir s'il n'y a pas une structure un peu plus étoffée qui puisse la porter, et que ça puisse permettre un conventionnement avec l'État.

On est un peu dans l'expectative, parce qu'il y a un vrai sujet de droit et de sécurité publique. Et je ne sais pas si on n'est pas piégés, quelque part. Nous, les élus de proximité, dans ces études qui ont été commandées par le SIVU (1), on a identifié des risques sur des ruisseaux qui appartiennent à l'État. Le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté, ils vont faire leur travail. Et demain, s'il y a un souci, ils vont nous dire : "Nous, on a fait. Vous, non". J'ai dit à Henry Chalvidan : attention, là, il y a un vrai sujet, quand même. Eux, ils vont se protéger. Ils ont les moyens, pour le coup. Nous, on n'a pas les moyens. Donc, on attend le PAPI, pour lequel l'État a trouvé des sous. Mais le PAPI, c'est l'étude, on parle de 120 000 €. Là, les investissements, ce sont 30 ou 40 millions d'euros ! Il faut, pour que ça se fasse, un fonds interministériel spécifique ; il faut, comme pendant la période Covid, dérogation à un autofinancement de 20 %, sinon personne ne pourra porter le projet. Si cela n'est pas acté, on vivra avec un risque, on aura connaissance d'un risque.

Vous souhaiteriez que le fonds puisse aussi être utilisé pour délocaliser certaines maisons, si la menace pèse ?

Ah oui. Le problème, c'est qu'il y a des responsabilités. Qui est responsable, aujourd'hui, au titre de la sécurité publique ?

Côté travaux, toujours, est-ce que les projets d'agrandissement des crèches de Meyrannes et Méjannes-le-Clap avancent ?

Pour Meyrannes, on a eu une commission d'appel d'offres le 8 octobre. Et puis, le conseil communautaire fera démarrer les travaux. Et pour Méjannes-le-Clap, on a les crédits de la CAF, qui nous aide bien là-dessus, on attend ceux de la Région. Mais on a dit qu'on finissait Meyrannes avant d'attaquer Méjannes. Donc, on attaquera en septembre 2027.

Pour passer à combien d'enfants ?

Quinze. On passe du statut de micro-crèche à crèche, qui marche très bien d'ailleurs.

"On enlèverait six hectares de Bordezac alors qu'il n'y a que 5 000 millimètres carrés de disponible"

Concernant le parc photovoltaïque de Bordezac, le sous-préfet d'Alès devait organiser une table ronde, l'année dernière, pour faire enfin avancer le projet (relire ici). Où en est-on ?

On a des nouvelles fraîches. On a fait une réunion avec le sous-préfet et Lolita Arrighi, de la DDTM (direction départementale des territoires et de la mer) ainsi que le porteur de projet et un juriste de haut niveau, pour parler de la loi ZAN (zéro artificialisation nette), pour parler du défrichement, etc. Lolita Arrighi est arrivée en disant, il y a deux dossiers. Il y a un dossier permis de construire qui est déposé à la mairie, pas de souci. Mais il y a un dossier autorisation loi sur l'eau qui est à déposer chez moi. Vous l'avez déposé à la mairie, donc vous avez mal déposé, on n'est pas censé le connaître. Il va falloir revoir votre copie (soupir). Un débat s'est engagé entre les juristes, très nourri, parce qu'elle est forte. Et puis à un moment donné, j'ai dit : "Madame Arrighi, comment vous pouvez prendre avec autant d'assurance un dossier dont vous ne connaissez qu'une moitié ?" Elle me dit : "Pourquoi je ne connaitrais qu'une moitié ? Pour le regarder, je suis allée taper à la porte à côté de mon service. Et je suis allée le chercher." "- Vous vous rendez compte de ce que vous me dites ? Vous êtes allé le chercher, pas pour être vertueuse, mais pour le descendre ? C'est une honte." Pas plus. Et elle me dit : "Vous savez, M. Martin, si vous aviez eu la riche idée qu'on se voie avec l'instruction du dossier, on n'en serait pas là aujourd'hui." Je lui ai dit, "Vous voyez, moi, j'ai cinq SMS, au sous-préfet, en septembre, octobre, novembre,... lui demandant un rendez-vous en amont de l'instruction pour qu'on cale les choses. Je n'ai pas de réponse." Au bout de trois mois, même quatre mois, le porteur de projets dépose son dossier. Il en a marre, lui, d'attendre. Et là, la réponse que j'ai de vos services, c'est "M. Martin ne va pas recevoir, puisque c'est trop tard, l'instruction a commencé". C'est ça, la réalité.

Lors de la rencontre entre Olivier Martin et le sous-préfet d'Alès, Émile Soumbo, en mai 2025 • François Desmeures

Bon, on a quand même pu avancer dans la réflexion. Elle a laissé un certain nombre de portes ouvertes lors de cette rencontre, devant le sous-préfet bien entendu, qui était en partance - on était début juillet ou quelque chose comme ça. Et dix jours après, on a reçu un "Niet !", en disant, votre projet sera soumis à l'autorisation de défrichement et cela impactera la ZAN, c'est-à-dire que ce sera déduit de vos possibilités de construction. On leur dit : "Mais attendez, ça a brûlé"."- Oui, mais, M. Martin, vous êtes à court terme. Ça a brûlé mais, demain, ça va repousser". "- Ah oui, oui, c'est vrai, ça, j'ai dit, oui. Et demain, ça rebrûlera aussi" (soupir). J'ai saisi le préfet fin juillet, par la nouvelle sous-préfète. Quand j'ai rencontré la sous-préfète, je lui ai dit : "Tenez, j'ai ce dossier". Elle m'a dit : "Mais je suis au courant, je vais le voir avec la préfète, très rapidement." Et j'ai reçu, il y a deux semaines, le retour de la préfète, par la DDTM, bien entendu, par le directeur M. Fera, me disant qu'on ne peut pas nous affranchir du défrichement, et que ça reste soumis à la loi ZAN. C'est-à-dire qu'on enlèverait six hectares de Bordezac alors qu'il n'y a que 5 000 millimètres carrés de disponible avec la loi ZAN. J'ai dit à la sous-préfète que ce n'est pas ce que je demandais. C'est quand même une démarche vertueuse qu'on veut faire, puisque c'est la reconquête de la forêt, avec ce qu'on a connu cet été, quand même... On vous parle d'un parc photovoltaïque sur un ancien ICPE (installation classée pour l'environnement, le parc photovoltaïque est prévu sur un ancien centre d'enfouissement, NDLR), sur lequel on ne peut rien faire pendant trente ans. On vous parle de remettre du sylvopastoralisme, de changer les essences. On vous parle, avec l'ONF, de reconquérir les espaces boisés avec des mares, etc. On parle de vertueux. Elle m'a répondu : "Oui, je comprends, mais je pensais que ça pouvait faire partie des dérogations que pouvait prendre la préfète. Et ce n'est pas le cas." Il nous restera la solution de faire remonter le sujet, puisqu'il va être présenté à nouveau au ministère. Voilà où on en est.

"Il y a trop d'inertie, ce n'est pas possible"

Les investisseurs restent-ils intéressés par le site et le projet ?

Les investisseurs, ils ont mis des ronds, quand même, ils sont en train de péter les plombs. Ils mènent actuellement une reconnaissance, parcelle par parcelle, là où il n'y a pas de bois mais des arbousiers, pour qu'on puisse éviter le défrichement, pour arriver à un seuil de cinq hectares qui permette l'équilibre économique du projet. Mais l'équilibre... On sauvera l'économique. Mais ça remet en question le projet avec l'Ardèche, de territoire positif dont on parlait depuis 2021 et qui avait été un peu relancé. Honnêtement, je n'y crois plus. Il y a trop d'inertie, ce n'est pas possible.

Vous avez aussi évoqué, lors du conseil communautaire de septembre, l'ancienne entreprise de palettes de Bessèges. Qu'est-ce qui pourrait s'implanter sur ce grand espace vide ?

On a un projet, depuis 5-6 ans, avec un gars du coin, qui était venu nous rencontrer pour construire une voiture électrique de compétition, de haut niveau. Une voiture de course. On l'a toujours suivi. Au fil du temps, elle est passée à l'éthanol. C'est intéressant. Cette voiture a été essayée par des pilotes que j'ai rencontrés. Ils étaient en septembre à la course du rempart d'Angoulême, avec l'emblème de Cèze Cévennes. La FISA (fédération internationale du sport automobile) a validé la voiture. La Fédération française, pas encore, c'est plus compliqué que la FISA. Il faut le faire, quand même… La FISA dit qu'elle serait prête à faire une course de ce type de voitures vertueuses. D'autant plus que la FISA demande des efforts au niveau carbone. Du coup, on lui a proposé : "Installe-toi sur place. On a un site à Bessèges, une friche industrielle. On est prêts, avec la Région qui a la compétence économique, dans le cadre des reconquêtes de friches, à t'installer là". Lui nous a dit : "Pourquoi pas ?"

Et en même temps, il a des sous-traitants ou une paire d'entreprises qui travaillent avec lui pour les moteurs, et qui pourraient aussi être intéressées à venir ici. On est en train d'estimer leurs besoins. Et, en même temps, la boîte qui investit sur Bordezec voudrait faire du stockage d'énergie. Donc, il y aurait un complexe qui serait pas mal. On a rencontré le propriétaire du terrain, l'industriel des palettes. On attend sa proposition de prix, parce qu'on a des estimations entre 500 000 € et 3 millions d'euros, ce n'est tout à fait pareil. Donc, c'est à voir avec la Région, puisqu'ils ont la compétence économique. Mais c'est quand même intéressant. Il y aurait 25 emplois. Et tout s'assemblerait à Bessèges. On ne travaille pas seuls, on est avec Alès Myriapolis. On réfléchit à monter une SAEM (société anonyme d'économie mixte), pour qu'on soit actionnaire de la boîte. Voilà, ce sont les grandes lignes. On est en train d'articuler. Mais le point principal, c'est la prise du terrain : 500 000 €, on passe. Deux millions, on ne passe pas. Mais c'est quand même un projet intéressant.

Est-ce que le président de la communauté de communes est content que les rapports soient meilleurs avec Bessèges, puisque désormais la maire siège contrairement à son prédécesseur ? Même question avec Saint-Jean-de-Maruéjols ?

Bernard Portalès, en plus, c'est un ami d'enfance... Mais dès que je parlais des Bessèges, c'était... Il ne fallait pas toucher Bessèges, il ne fallait pas s'occuper de Bessèges. Avec Christine Roux, oui, tout va bien. Ils ont la volonté. D'ailleurs, depuis qu'elle est élue, on est allés à la sous-préfecture, et on n'a travaillé que sur Bessèges. C'est pour ça que j'affirme que Bessèges fera territoire. Il ne faut pas que les autres s'en offusquent. Mais si on ne veut que les territoires vivent, il faut donner de l'oxygène là-haut, quand même. D'ailleurs, sur l'OPAH-RU (opération programmée de renouvellement de l'habitat), par exemple, on a accéléré à la communauté de communes. Et l'État nous a suivis à vitesse grand V, là où il faut deux ans pour décider, en trois mois l'OPAH-RU a été étirée à Bessèges. Donc, l'État accompagne et je suis très satisfait.

Avec Saint-Jean-de-Maruéjols, on a une relation normale, cordiale. On échange beaucoup. C'est très transparent. Et on est arrivé à trouver un compromis sur ce qui pouvait nous diviser.

"Comment on finance, pendant 6-7 ans, nos investissements et notre fonctionnement ?"

Vous avez abandonné les poursuites judiciaires ?

Bien sûr. Mais, au-delà de ça, je profite de ce moment, de début de mandat. Notre exécutif est installé. On a réorganisé nos services de direction. On a recruté une directrice générale des services, à 78 %. Il y a un conseiller technique, qui est un ancien élu. Aujourd'hui, on va se projeter sur la mandature : qu'est-ce qui reste prioritaire ? La culture ? L'enfance-jeunesse ? Comment on se partage le pacte fiscal et financier, l'économique ? On se rencontre le 22 octobre, en restreint, une rencontre où il n'y a pas de président, pas de vice-président, il n'y a que des élus communautaires. On décidera des priorités, mais on ne s'arrêtera pas là. La deuxième partie de la réunion, c'est comment on finance : attribution de compensation, FPIC (fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales), impôts, etc. Comment on finance, pendant 6-7 ans, nos investissements et notre fonctionnement ? De deux choses l'une : soit il y a cette vraie volonté, un vrai pacte moral de développement fiscal et financier ; soit si c'est pour tergiverser sur des projets qui sont structurants, quid de l'intérêt de la structure et des services ? Moi, les ordures ménagères, ça ne m'intéresse pas. Je les connais par cœur, ça fait trente ans que j'en fais et de toute façon, à ce jour, il n'y a pas d'issue, on sera les dindons de la farce, et on paiera, on paiera, on paiera. Il faudrait des décisions politiques courageuses, et je ne sais pas qui les prendra. Moi, je veux un élan avec le projet de territoire, et on l'écrit maintenant. Et je fais ça, aussi, parce que Saint-Ambroix, de par l'histoire, est un peu lésé financièrement, par rapport à l'attribution de compensation et des choix politiques qui ont été faits. C'est quand même, la commune la plus dynamique, économiquement, en termes de recettes, il est quand même normal que ces choix apportent un peu plus d'équité dans notre attribution de compensation.

L'écriture de ce projet territorial, est-ce qu'il n'y a pas pour l'instant un gros point d'interrogation dessus, avec l'élection présidentielle qui arrive ?

Non. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'on ne s'attend à rien de l'État, on va parler à ressources constantes. On a la capacité à ressources constantes. Par exemple, on a un service déchets. La plus logique des solutions, c'est d'équilibrer le service déchets, avec de la TEOM, taxe d'enlèvement des ordures ménagères. Parce qu'équilibrer financièrement son service par de la taxe sur les contribuables, sans donner une bonne lecture de ce que ça coûte, ce n'est pas vertueux et ça ne peut pas durer. Si on fait ça, ce qu'on dégage annuellement
est suffisant pour mener à bien nos projets et pour équilibrer. Donc, rééquilibrer ce budget des déchets. Peut-être demander un effort aux communes aussi sur l'enfance et la jeunesse.

On n'est pas pauvre. Mais on a besoin, si on veut qu'il y ait un mouvement vertueux qui se mette en place, que tout le monde trouve son compte. Et on ne peut pas laisser Saint-Ambroix en dehors de cette réflexion, parce que Saint-Ambroix, si on ne les écoute pas - et si j'étais maire de Saint-Ambroix, j'insisterais pour qu'on m'écoute - ils vont se poser des questions à un moment donné.

"Si c'est Le Pen, les décisions prises ne vont pas nous convenir, on n'aura pas de dynamique"

Mais globalement, vous ne craignez pas qu'en fonction de qui arrive à l'Élysée, il puisse y avoir des décisions qui impactent la communauté de communes ?

Oui, mais est-ce qu'on est obligé d'attendre ? Je ne peux pas attendre, parce que si on attend, alors qu'on est en début de mandat, on n'aura plus la dynamique derrière. Moi le premier, je n'aurai pas le souffle pour relancer une réflexion un an et demi ou deux ans après, d'autant plus que s'il y a des coupes sombres... Ça va être catastrophique. Je ne sais pas ce qui va se passer en 2027 ! Depuis des mois, je pense qu'on aura un deuxième tour Marine Le Pen / Jean-Luc Mélenchon. La différence, c'est que Mélenchon ne fera pas les voix de la fois dernière. Parce que les gens de gauche qui avaient voté un peu moins LFI n'iront plus, ça va faire du 65-35. Je suis inquiet. Mais il ne faut pas le montrer, il faut avancer, parce que ce dont je suis convaincu, c'est que si c'est Le Pen, les décisions prises ne vont pas nous convenir, on n'aura pas de dynamique. Si on a une dynamique installée avant, on va
pouvoir s'en sortir.

Comment vont les relations avec la grande sœur alésienne, après les années difficiles, notamment pour les Fumades, par exemple ? Max Roustan semblait vous en vouloir...

Max Roustan, il m'en a toujours voulu...

De ne pas avoir accepté d'entrer dans l'agglo ?

Je ne sais pas. Moi, je n'ai jamais voulu rentrer dans l'agglo.

"Christophe Rivenq ? Il s'en fout de notre communauté de communes"

Certains ne l'ont pas voulu et y ont été un peu forcés quand même...

Ah oui, mais nous, on était sains, la structure était saine. Moi, avec le préfet, ça avait été d'une clarté absolue. J'ai eu le premier accrochage avec la préfecture quand j'avais Cévennes actives, où je remplissais les conditions pour rester. Autant à La Grand'Combe, financièrement, ils étaient à la rue. Nous, non. Et on avait des appels du pied des communes des Hautes Cévennes, qui voulaient venir. De la vallée de la Cèze jusqu'à Chamborigaud. Moi, j'ai dit, pourquoi pas ? Sauf que le préfet m'a dit : "Non, non, là, vous ne touchez pas. Moi, je vous ai laissés, mais vous ne m'emmerdez pas." Donc, j'ai appelé mes collègues maires, et leur ai dit : "Écoutez, les gars, je ne vais pas me saborder pour vous faire plaisir". Je les ai reçus ici, ils ont compris. Max Roustan, ce qu'il n'a pas supporté, c'est que je sois président de la communauté de Cèze Cévennes, il voyait Jean-Pierre De Faria. Et le conseil général, de gauche, voyait Bernard Portalès - qui n'a jamais été de gauche, mais bon... Ou voyait Édouard Chaulet. Et donc, moi, je suis sorti du trou. Là, Roustan était fou, parce qu'il appelait les maires en disant : "Il ne faut pas que ce soit Martin." Moi, j'étais le gauchiste, j'étais l'homme à abattre. Et quand je suis rentré la première fois à la communauté de communes, avec ce qu'on avait dit de moi, de mon image, les employés ne me parlaient pas ! Seule la secrétaire générale m'a dit : "Écoutez, ce qu'on a dit, ça ne m'intéresse pas, je le verrai au quotidien." Et ça s'est super bien passé avec elle.

Et désormais, ça va mieux avec les équipes de la communauté de communes ?

Maintenant, ça se passe super bien, super bien. Mais j'avais été décrit, notamment par Portales et Chaulet, comme un homme d'extrême gauche, violent, etc. Moi, vous savez, j'ai travaillé au parti communiste, élu jeune en 1983, c'est moi qui menais les négociations. J'avais des gens en face, de valeur, de conviction. Un respect énorme pour ces gens-là. Ils avaient travaillé à la mine, ils avaient 75 ans, ils m'ont beaucoup appris. Je ne retrouve pas ça. Mais il ne faut pas me parler de ça... (il frissonne) Bon, bref. Rien qu'un hommage à ceux que j'ai connus... Et donc, Roustan m'en a voulu parce qu'il voulait De Faria en tête de pont.

Et désormais, avec Christophe Rivenq, les rapports se sont-ils normalisés ?

Christophe Rivenq ? Il s'en fout de notre communauté de communes. Les relations sont, comment dire, normales. Mais bon, il n'y a pas... Il n'y a pas d'échange.

La position d'Alès vous paraît hégémonique ?

Ah ben, c'est le caïd ! Moi, j'ai plus de relations avec l'Ardèche. Je
veux dire, le Pays des Vans, les gorges de l'Ardèche, on se voit. Rivenq, quand tu lui parles - je l'ai vu il y a peu - il est au-dessus du lot. Techniquement, il ne m'apprendra pas. J'ai fait son boulot avant lui, donc... Ce qui est quand même regrettable, c'est que tout le monde est à la botte de Rivenq. Deuxième vice-président, Sylvain André. Troisième vice-président, Claude Cerpédès ; la maire de La Grand'Combe. Ok, mais où sont les combats ? Moi, je ne suis pas contre qu'on travaille ensemble, mais à un moment donné, que s'est-il passé ? Roustan a chassé les communistes de la ville d'Alès en 1995. Je me rappelle, c'était à feu et à sang. Aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'il se passe. Non, on n'a pas de relation particulière, ni mauvaise, ni bonne, pas de relations pour le moment.

(1) SIVU, pour syndicat intercommunal à vocation unique, le SIVU des ruisseaux couverts en l'occurrence

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Propos recueillis par François Desmeures

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