Publié il y a 19 h - Mise à jour le 27.09.2026 - Corentin Dimanche & Amélia Arfi - 5 min  - vu 3207 fois

FAIT DU JOUR À Saint-Laurent-des-Arbres : "rupture de confiance" entre la maire et sa majorité

Quinze des dix-neuf conseillers de la majorité de Sylvie Barrieu-Vignal ont convoqué un conseil municipal pour retirer les délégations de la maire

Un conflit oppose la maire de Saint-Laurent-des-Arbres, Sylvie Barrieu-Vignal, à quinze des dix-neuf conseillers de sa majorité, dont son premier adjoint chargé des travaux, Kevin Appy. Les deux parties ne sont d'accord que sur un point : une "rupture de confiance" mutuelle.

Le prochain conseil municipal de Saint-Laurent-des-Arbres sera spécial. En effet, le premier sujet à l'ordre du jour sera le retrait de l'ensemble des délégations de la maire. La séance a été convoquée par quinze des dix-neuf conseillers de la majorité par communiqué le 14 septembre, la maire a jusqu'au 17 octobre pour l'organiser. Pour comprendre la situation, il faut revenir trois semaines avant cela, le 25 août, quand Sylvie Barrieu-Vignal avait retiré ses délégations à Kevin Appy, maintenu malgré tout premier adjoint. « On est resté silencieux depuis ce jour, mais le monde nous interroge, le village commence à le savoir. »

Douze des quinze signataires du courrier demandant un conseil • DR

Sylvie Barrieu-Vignal « ne nie pas une crise sérieuse au sein de la majorité. Le débat, les désaccords, les contradictions sont légitimes, c'est la démocratie. Mais je ne veux pas entrer dans une guerre de personnes, la population attend autre chose de ses élus. Je ne demande aucune déclaration de fidélité, je veux que chacun respecte ses fonctions et celles des autres. » L'équipe en face affirme « ne pas remettre en cause les finances, c'est l'orientation du projet qui fait débat ».

"Beaucoup de décisions unilatérales"

Sylvie Barrieu-Vignal

Le premier adjoint et ses soutiens dénoncent plusieurs problèmes dans des dossiers de travaux et de dépenses publiques. Le groupe désormais opposé à la maire invoque « beaucoup de décisions unilatérales ». Les élus concernés reprochent notamment à Sylvie Barrieu-Vignal une gouvernance qu'ils jugent trop personnelle et estiment ne pas avoir été suffisamment associés à certaines décisions. 

En face, la maire se dit « victime de violences verbales » et a porté plainte contre son premier adjoint. Ce dernier, comme les autres signataires, réfute ces accusations et n'a, à ce jour, pas été convoqué par les services de l'État. « Les violences verbales ne permettent pas le fonctionnement municipal, je ne peux même plus prendre la parole, justifie la maire. Pour moi, c'est devenu impossible d'expliquer un projet, de finir une phrase. On ne peut plus travailler correctement. Quand il s'oppose à tous les votes, il y a une rupture durable de confiance. C'est impactant pour moi, mais au-delà de ma personne, les dossiers n'avancent plus. Les habitants nous ont élus pour travailler, pas pour assister à des combats permanents. C'est ma responsabilité de continuer à travailler, il faut faire avancer le territoire. » Le groupe se pose aussi en faux contre la nation de « blocage » des projets, Kevin Appy affirme aussi qu' « une plainte sera déposée contre la maire si elle continue à diffamer ».

La scission du conseil municipal est partie d'une autre scission, celle de l'association de chasse du village. Deux associations se sont alors créées. La maire explique : « Je ne compte pas rouvrir ce dossier, qui ne sert plus l'intérêt de la commune. Il était simplement hors de question de mettre ces deux associations ennemies sur le même terrain. En tant que maire, je ne prends pas parti, je prends du recul. Il n'y a jamais eu de heurts, les dirigeants ont choisi eux-mêmes leur parcelle. »

La liste conduite par Sylvie Barrieu-Vignal en mars dernier • DR

Les quinze élus racontent de leur côté que « le conseil voulait diviser le terrain en fonction des jours », pour le réserver à une association puis à l'autre. « Elle a voulu diviser le terrain. C'est son droit, mais ça a été l'élément déclencheur. » Depuis, les « relations sont impossibles » entre la maire et celui qui était censé être son bras droit. Il s'est ensuivi la suppression des délégations du premier adjoint, ce qui a « alerté » le reste du conseil. « On s'est alors tous réunis car on a tous le même point de vue. On est solidaires pour faire un état des lieux de la situation réelle. »

La maire parle d'une « situation beaucoup plus nuancée : Les élus continuent d'exercer leur délégation, on continue d'avoir des réunions. Je veux rassurer les Saint-Laurentais. J'ai d'ailleurs entendu des informations très inquiétantes sur les finances de la commune : elles sont saines, tout est vérifiable. »

Le groupe reproche à la tête de liste de mars dernier de ne plus suffisamment les associer, selon eux, à certaines décisions. Ils assurent rechercher une solution interne et récusent l'idée d'un complot contre la maire, rappelant avoir voté pour elle lors du conseil d'installation.

Travaux et dépenses publiques en question

Les quelques mois de délégation aux travaux de Kevin Appy lui ont permis de se pencher sur plusieurs projets achevés ou en cours. Avec les élus qui le soutiennent, il dit avoir relevé plusieurs éléments qui les interrogent sur les conditions dans lesquelles certaines dépenses et certains travaux ont été engagés.

Leurs griefs concernent notamment un aménagement du rond-point de l'entrée du village pour 89.000 euros, des travaux à la salle des fêtes, à la bibliothèque ainsi qu'un forage réalisé au stade municipal et l'évolution du coût d'un projet de travaux rue Baron-Leroy. Ce dernier, après quelques modifications, est passé de 480.000 euros TTC au 2 décembre 2025 à 1.556.400 euros TTC au 22 juillet 2026. Suite à un amendement déposé par Kevin Appy "pour protéger les finances de la commune", le conseil a voté à l'unanimité, y compris la maire, uniquement l'approbation de l'avant-projet de la première tranche (676.115 euros HT, sous conditions d’obtention des montants d’aides espérées), mais pas de la seconde (620.885 euros HT).

Sur ces différents dossiers, les élus contestataires disent s'interroger sur les montants engagés, les procédures suivies et, dans certains cas, sur des commandes qui auraient été passées alors que les projets étaient encore susceptibles d'évoluer. Ils demandent désormais que toute la lumière soit faite sur ces dépenses.

saint-laurent-des-arbres village
Dans le village de Saint-Laurent-des-Arbres. • photo d'illustration Marie Meunier

Concernant notamment le projet de la rue Baron-Leroy, la maire défend : « Ce projet concerne la sécurité des habitants et répond à une problématique de gestion des eaux du bassin versant. Il est destiné à améliorer la sécurité et le cadre de vie. Ce projet ne doit pas être pris en otage par cette crise politique. »

Plus globalement, Sylvie Barrieu-Vignal récuse les inquiétudes exprimées sur la situation financière de Saint-Laurent-des-Arbres et assure que les finances communales sont « saines » et que « tout est vérifiable ».

Et maintenant ?

Lors du prochain conseil, le groupe d'opposition à la maire « demandera la résiliation du bail de chasse et votera contre le budget ». La séance, quelque peu exceptionnelle, aura aussi comme sujet le retrait des délégations de la maire. « On va voter à 19, avec les quinze réfractaires de la majorité plus les quatre de l'opposition », promet Kevin Appy. Ce dernier a également contacté la préfecture pour « se faire conseiller » sur la suite des événements. Mais il rappelle : « Il n'y a qu'elle qui peut démissionner, nous le souhaitons. Nous, on pourrait démissionner mais on n'est pas fautifs, le blocage ne vient pas de nous. »

Sylvie Barrieu-Vignal prévoit d'organiser une conférence de presse en cours de semaine prochaine pour davantage expliquer son point de vue.

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