« À l’aéroport de Nîmes, c’est une première », confie un fin connaisseur de l’infrastructure. À partir du 1ᵉʳ novembre, la ligne reliant Nîmes à Charleroi est arrêtée. Impossible de réserver un vol Ryanair, alors que les deux lignes vers le Maroc, Fès et Marrakech, sont toujours desservies. D’habitude, l’interruption hivernale concerne les lignes vers Londres, Dublin et Porto.
Cet arrêt est d’autant plus inquiétant qu’il est réalisé sans promesse de retour… Par le passé, avant la crise sanitaire, la Belgique représentait jusqu’à un passager sur deux. Cette pause relance le débat sur l’avenir du trafic passagers à Nîmes. Si l’ex-président (Les Républicains) de Nîmes Métropole, Franck Proust, en faisait l’une de ses priorités, c’est moins le cas de son successeur communiste, Vincent Bouget.
Trafic passagers : « une question secondaire »
Ce mercredi, lors de sa rentrée économique, Vincent Bouget n’a pas officiellement annoncé l’arrêt des lignes. Trop sensible politiquement ? Le président de Nîmes Métropole préfère laisser planer le doute : « La question des passagers est une question… » « Secondaire », lui souffle aussitôt Olivier Fabregoul, qui pourtant, sous le règne de Franck Proust, en faisait le principal enjeu du contrat avec Edeis. « Le gros du développement de l’activité de l’aéroport, ce ne sont pas les lignes commerciales. Aujourd’hui, il y a des lignes commerciales, il y en aura peut-être demain… Il ne faut pas faire croire que nous allons avoir un aéroport qui va concurrencer Montpellier, Marseille et Toulouse. »
Son discours a-t-il été conforté par la visite du maire de Montpellier, Michaël Delafosse, le 25 septembre ? « Il ne faut pas être naïf, ils n’ont pas que parlé inondations… », poursuit-on du côté de Franck Proust. Quelques jours plus tôt, le maire de Montpellier avait appelé, rapporte notamment La Lettre M, à « rationaliser la carte aéroportuaire » : « Entre Nice, Marseille et Barcelone, on ne peut pas continuer à avoir une ribambelle de petits aéroports (...) Nîmes peut devenir une base forte de la sécurité civile pour la protection des populations, la lutte contre les incendies et peut-être la logistique. Tout se discute, mais que l’on ouvre le sujet. Il en va de nos finances publiques ! »
La prédation de Montpellier
Tous les maires n’ont pas accueilli la nouvelle comme Vincent Bouget : « Cette logique, c’est celle de la fracture entre les grandes villes et le reste du pays (…) Nous ne serons pas les cocus de l’histoire », déclare le maire de Béziers, Robert Ménard, dans un communiqué. Et de se rappeler au bon souvenir du Montpelliérain : « Si vous avez été incapables de maintenir les liens avec Ryanair, c’est votre problème. Si le nombre de passagers diminue, c’est votre problème ! »
Les partisans des lignes commerciales justifiaient jadis que le trafic passagers était l'une des conditions pour conserver la tour de contrôle, avec les aiguilleurs du ciel financés par la DGAC (Direction générale de l'Aviation civile). Sans passagers, la tour sera-t-elle conservée ? « Dernièrement, on nous a dit, comme il y a la sécurité civile et l’armée, qu'a priori, il n’y aurait pas de risque… », avance aujourd'hui Olivier Fabregoul. A priori ? « La chance de l’aéroport de Nîmes, c’est le mix avec la sécurité civile et l’école de pilotage, qui fait qu’il y a plusieurs décollages et atterrissages par jour… ».
Pour l’instant, l’État ne prévoit pas de fermer la tour de contrôle nîmoise. Selon le site de l’APNA (Association des professionnels navigants de l'aviation), la réorganisation des services de navigation aérienne prévoit la fermeture, entre 2028 et 2035, d’un quart des tours de contrôle en France. Un partisan de l'ancienne mandature redoute : « Il ne faudrait pas assister à une mort lente de l'aéroport… Déjà qu'Edeis connaît des difficultés. Derrière l'arrêt des lignes, il pourrait avoir des conséquences sur l'emploi… »