Les sénatoriales de dimanche dans le Gard sont dans toutes les têtes des élus. Parce que, pour la première fois, une sénatrice d’extrême droite pourrait être élue. Cette fois, ce ne sont pas les administrés qui votent. Ni les citoyens lambda. Mais les grands électeurs. Et ce détail change beaucoup de choses. Car dimanche, des élus vont choisir d’autres élus. Ceux qui, pendant six ans, seront justement chargés de représenter les territoires et les collectivités au Palais du Luxembourg. Les barrières ne sont plus infranchissables. Le Gard s’est trop habitué à cette situation. Notre département n’est plus le laboratoire du Rassemblement national, il est devenu l’une des terres de ses succès. Déjà six parlementaires d’extrême droite représentent le Gard. Avec quel bilan ? Il est bien maigre. Leurs soutiens expliqueront qu’ils ne sont pas à la manœuvre, puisqu’ils appartiennent à l’opposition. Certes. Mais l’opposition n’a jamais empêché de défendre son territoire. Dans le Gard, William Dumas, député socialiste sous Nicolas Sarkozy, avait par exemple porté jusqu’à l’Assemblée la défense du site de l’INRA de Saint-Christol-lez-Alès, le combat contre les gaz de schiste dans les Cévennes ou encore le financement de la prévention des inondations. Avec des résultats concrets. Aujourd’hui, la question n’est donc pas de savoir si cette élection changera la face du monde. Mais de s’interroger sur ce qui motive le choix des grands électeurs. Sylvie Josserand s’est présentée aux élections européennes. Elle a été élue. Quelques semaines plus tard, aux législatives. Elle a gagné encore et a alors fait le choix de l’Assemblée nationale. Désormais, elle pourrait rejoindre le Palais du Luxembourg. Un parlementaire d’un autre parti, qui aurait fait le choix de se présenter à tous les scrutins en abandonnant ses mandats les uns après les autres, aurait-il bénéficié de la même indulgence ? Peut-être l’étiquette RN est-elle devenue aujourd’hui suffisamment forte pour effacer cette question. Jusqu’au point où des maires et leurs colistiers pourraient voter pour le Rassemblement national sans réellement se préoccuper de la suite. Ce n’est plus la question. Voter Rassemblement national, c’est pour certains être dans l’air du temps. Mais, comme la mode, l’air du temps peut passer très vite. Dans quelques années, certains élus regarderont certainement leur choix différemment. En attendant, ils semblent s’en moquer éperdument. Ce n’est pourtant pas comme si, face à cette candidature, il n’y avait pas d’autres choix. À droite, Laurent Burgoa se représente. Le sénateur sortant Les Républicains n’a pas chômé pendant six ans. Il a même fait deux fois le tour des communes du Gard. Denis Bouad, sénateur sortant socialiste, n’a pas manqué non plus de s’engager sur de nombreux sujets. La viticulture, si cruciale pour l’économie gardoise, bien sûr. Mais aussi la protection contre les inondations et les digues du Petit Rhône, ou encore la présence de PFAS dans les cours d’eau du département. Carole Bergeri conduit également une liste. La France insoumise aussi. Chacun avec son projet et l’ambition de représenter le Gard au Sénat. Mais l’atmosphère politique a changé. Tout est remis en cause. Les bilans, l’expérience, l’implantation locale. Plus rien ne semble compter autant que la défiance et l’envie du grand coup de balai. C’est peut-être cela, finalement, le véritable enjeu de dimanche : savoir si les grands électeurs voteront d’abord pour une étiquette ou pour la manière dont ils souhaitent être représentés pendant les six prochaines années.
Publié il y a 10 h -
Mise à jour le 24.09.2026 - Abdel Samari - 3 min
ÉDITORIAL Sénatoriales : quand l’étiquette compte plus que le bilan
L'avocate nîmoise Sylvie Josserand, candidate aux sénatoriales, après les élections européennes et les législatives.
- photo DRDimanche, les grands électeurs gardois désigneront leurs trois sénateurs pour les six prochaines années. Au-delà des étiquettes et de la défiance, une question demeure : qui défendra réellement les intérêts du Gard au Palais du Luxembourg ?
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Abdel Samari