Le Premier ministre Sébastien Lecornu a eu le mérite de mettre les pieds dans le plat ce mercredi 14 octobre, au Sénat, lors des questions d'actualité au gouvernement. Venu défendre sa politique budgétaire pour 2027, il a surtout profité de l'occasion pour mettre le Rassemblement national face à ses propres chiffres. Et notamment ceux de son contre-budget. Six milliards d'euros récupérés grâce à la lutte contre la fraude dès 2027. Et jusqu'à 32 milliards en 2031 ! À la bonne heure ! Mais comment ? Même chose pour les collectivités locales, avec plus de 18 milliards d'euros d'économies annoncées à l'horizon 2031. Qui ira expliquer aux maires et aux présidents de département comment faire fonctionner leurs services publics avec autant de moyens en moins ? Bien sûr, la France doit retrouver des finances publiques plus saines. Il faut faire des économies, éviter les dérapages, davantage dans une période de crise avec des taux d'intérêt plus élevés. Personne ne peut sérieusement contester cette nécessité. Mais encore faut-il que les propositions tiennent la route. Et aujourd'hui, à l'approche de l'élection présidentielle, le sérieux et la rigueur intellectuelle semblent avoir quitté une partie de la scène politique. On promet beaucoup, on explique peu. Et surtout, on laisse croire que tout serait possible avec un simple changement de majorité. Les Français veulent un coup de balai. On peut les comprendre. Après dix années d'Emmanuel Macron, le dégagisme pourrait bien faire son retour, comme lors des dernières élections municipales. Mais pour quel résultat ? Car finalement, changer les hommes et les femmes ne suffit pas à changer la réalité. Il suffit de regarder dans le Gard. À Bagnols-sur-Cèze, les difficultés économiques, commerciales et sécuritaires de l'ancienne majorité ont largement alimenté les critiques. Et parfois à juste titre. Mais six mois après l'alternance, les commerces s'installent-ils en nombre ? Les points de deal ont-ils disparu ? Est-ce que l'on vit mieux aujourd'hui dans la capitale du Gard rhodanien qu'hier ? Non, bien sûr. Et ce n'est pas forcément faire le procès de la nouvelle majorité. C'est simplement rappeler qu'entre les promesses de campagne et l'exercice du pouvoir, il y a souvent un monde. Les problèmes ne disparaissent pas d'un coup de baguette magique. Alors oui, l'alternance politique est saine. Elle est même nécessaire en démocratie. Personne n'est propriétaire du pouvoir. Mais on ne peut pas raconter n'importe quoi pour uniquement y accéder. On critique les dix années d'Emmanuel Macron. Très bien. Il y a d'ailleurs beaucoup à dire sur son bilan, notamment sur les finances publiques. Mais que seront cinq années de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon ? Avec quelles solutions ? Quels moyens ? Et surtout quels résultats ? Car c'est bien là toute la question. Les Français ont parfaitement le droit de vouloir tourner la page. Mais encore faut-il savoir ce qui sera écrit sur la suivante. Le Premier ministre a rappelé au Sénat qu'on ne sort de l'ambiguïté qu'à son propre détriment. Une formule qui résume assez bien le problème. Dans l'opposition, les promesses ne coûtent rien. Au pouvoir, elles finissent toujours par se confronter à la réalité. Les Français veulent du changement. Mais changer pour changer n'a jamais constitué un programme politique. Et à force de vouloir tout balayer, attention à ne pas découvrir trop tard que le remède est pire que le mal.
Publié il y a 1 h -
Mise à jour le 15.10.2026 - Abdel Samari - 3 min
ÉDITORIAL Le dégagisme ne fait pas une politique
À l'approche de la présidentielle, les promesses se multiplient, mais le sérieux budgétaire semble avoir déserté une partie de la classe politique. Les Français veulent tourner la page Macron. Mais pour écrire quoi à la place ?
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Abdel Samari