On a tous manifesté un jour dans notre vie de lycéen ou d’étudiant. Pour de bonnes raisons, souvent. Les conditions d’apprentissage. Le manque de moyens. Des professeurs non remplacés. Et même contre des projets de loi contestés. Il y avait pourtant eu une occasion en or de le faire lors de la pandémie mondiale et du confinement. Cette fois-là, les jeunes étaient restés silencieux. Comme leurs parents et leurs grands-parents, ils avaient subi sans vraiment broncher. En 2026, depuis quelques jours, la colère s’exprime. Et elle a de vraies causes. La France est dans le pétrin financier. De nombreux Français n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Quant à la classe politique modérée, elle semble à l’agonie. La colère n’est donc plus seulement éducative. Elle est sociale. Elle est même devenue philosophique. Quel avenir propose-t-on à cette jeunesse ? Difficile de répondre à cette question quand le personnel politique peine lui-même à dessiner une offre crédible. L’horizon s’assombrit de jour en jour. Il existe, heureusement, des raisons d’espérer. La présidentielle de l’an prochain pourrait rebattre les cartes d’une politique publique qui ne fonctionne plus comme elle le devrait. En attendant, les jeunes sont dans la rue. Et l’expression de leur colère ne se fait malheureusement pas toujours de la meilleure des manières. Il est parfaitement intolérable de s’en prendre à l’outil éducatif. Tout comme aux voitures garées à proximité. Il est inacceptable d’utiliser la violence comme moyen de se faire entendre. Et il est surtout regrettable qu’une majorité de lycéens désireux d’exprimer leurs revendications soit aujourd’hui éclipsée par une poignée de casseurs venus pour en découdre. Alors, que faire ? D’abord, faire revenir le calme. Écarter les fauteurs de troubles et ceux qui n’ont rien à voir avec les revendications lycéennes. Puis écouter. Vraiment. Car il devient urgent d’entendre ces jeunes qui, dans la France de 2026, ne trouvent plus toujours leur place. Et surtout plus forcément la capacité de croire en l’avenir. Comment leur en vouloir complètement ? Sur les réseaux sociaux, dans certains médias et jusque dans les conversations des adultes, on leur explique matin, midi et soir que tout va mal. Que le pays décline. Que les services publics s’effondrent. Que leur avenir sera plus difficile que celui de leurs parents. Si même les adultes ne voient plus la lumière, comment demander aux plus jeunes de regarder l’avenir avec confiance ? Oui, nos services publics sont dans un drôle d’état. Mais il existe encore une immense majorité de professeurs qui veulent accompagner leurs élèves, les faire grandir et les aider à construire leur avenir. La carte à jouer est peut-être déjà entre les mains des autorités : laisser aussi agir ceux qui connaissent cette jeunesse, qui la côtoient chaque jour et qui sont les mieux armés pour renouer le dialogue. Pas avec des matraques. Avec des mots.
Publié il y a 18 h -
Mise à jour le 02.10.2026 - Abdel Samari - 2 min
ÉDITORIAL La colère d’une jeunesse
Le lycée d'Alzon à Nîmes a été visé par des dégradations.
- Photo C.CDerrière les violences et les dégradations, il y a aussi une génération qui doute de son avenir. Une colère qu’il faut condamner lorsqu’elle dérape, mais surtout apprendre à écouter.
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Abdel Samari