Publié il y a 1 h - Mise à jour le 25.09.2026 - AS - 4 min  - vu 39 fois

NÎMES Grève à l’Imperator : « Nous aussi, nous avons envie de faire entendre notre voix »

L'Imperator à Nîmes (Photo Imperator)

Une chambre de l'Imperator à Nîmes

- Photo DR

Depuis plusieurs jours, les femmes de chambre, équipières et gouvernantes de l’Imperator sont mobilisées, soutenues par la CGT. Après avoir donné la parole aux grévistes et présenté leurs revendications, Objectif Sud a souhaité entendre d’autres salariés de l’établissement. Deux d’entre eux ont accepté de raconter leur quotidien depuis le début du conflit. Ils ne souhaitent pas apparaître à visage découvert. Et surtout, préviennent-ils, ils ne veulent pas faire le procès de leurs collègues grévistes.

« Elles ont le droit de faire grève et de porter leurs revendications. Il n’y a aucun sujet là-dessus. Mais il y a aussi des salariés qui vivent cette situation différemment. » Ils sont deux. Ils travaillent depuis plusieurs années à l’Imperator et font partie de plusieurs dizaines de salariés qui continuent à assurer leurs fonctions depuis le début du mouvement. 

Le conflit a débuté le vendredi 18 septembre, dans la continuité d'un premier mouvement organisé cet été. La CGT réclame notamment une revalorisation salariale, des effectifs adaptés, du matériel professionnel approprié et une amélioration des conditions de travail. Le syndicat demande surtout une augmentation de 0,87 euro brut de l'heure. Une première négociation avec la direction, mercredi, n'a pas permis d'aboutir à un accord.

« Ce n'est pas notre métier, mais on le fait »

Pour les salariés non-grévistes, rencontrés par Objectif Sud, les derniers jours ont profondément modifié le quotidien. Alors que l'établissement sortait tout juste de la Feria des Vendanges, l'une des périodes les plus chargées de l'année, plusieurs salariés ont été appelés à participer à l'entretien des chambres. « On s'est retrouvés à faire les chambres. Ce n'est pas notre métier, mais cela ne nous dérange pas de mettre la main à la pâte. On est là pour soutenir l'hôtel. » Direction, réception, salariés de différents services et collaborateurs venus du siège : selon eux, plusieurs personnes participent depuis le début du conflit à ces tâches.

Une situation dont la CGT conteste les modalités concernant les salariés venus du siège du groupe Centaurus. Le syndicat a saisi l'Inspection du travail afin que soit notamment examinée la qualification juridique de leur intervention pendant le conflit.

Les deux salariés que nous avons rencontrés racontent, eux, leur propre choix de participer. « On attaque vers 10 heures et cela peut durer jusqu'à 14h30 ou 15 heures. Après, notre travail habituel ne disparaît pas. Il faut reprendre les mails, les dossiers, les clients. » Et forcément, la fatigue s'accumule. « On est fatigués. On fait un peu double casquette en ce moment. Mais on le fait parce qu'on est attachés à cet établissement. »

« On ne se sent pas maltraités »

C'est aussi pour cette raison qu'ils ont souhaité témoigner. Ces derniers jours, le conflit a placé les conditions de travail et les relations avec la direction au centre du débat. Sans remettre en cause le vécu exprimé par les salariés grévistes, les deux témoins disent ne pas connaître la même expérience. À la question de savoir s'ils se sentent maltraités par leur direction, leur réponse est immédiate. « Pas du tout. Au contraire. On nous fait confiance. » Ils décrivent une relation de proximité avec la direction de l'établissement et racontent avoir vu le directeur participer lui-même à l'entretien des chambres. « Il n'était pas dans son bureau à traiter ses mails. Il enlevait les taies d'oreiller, il faisait les chambres avec nous. » Pour eux, cette image compte. « Dans cette période, on voit aussi des gens qui se serrent les coudes. Et cela, on avait envie de le dire. »

Une situation économique qui inquiète aussi

Sur la question des salaires, les deux salariés comprennent la demande de leurs collègues, mais disent avoir entendu les explications de la direction sur la situation économique de l'établissement. Ils ne disposent pas des comptes de l'hôtel et ne prétendent pas parler au nom de la direction. Ils donnent simplement leur perception. « On pense que s'ils pouvaient augmenter les salariés, ils le feraient. Ce qu'on nous explique, c'est que la situation financière de l'hôtel est compliquée. » Ils craignent surtout qu'un conflit qui s'installe durablement ne finisse par avoir des conséquences sur l'activité. « C'est le serpent qui se mord la queue. Si on vend moins de chambres, si l'image de l'hôtel se dégrade et qu'il y a moins d'activité, il y aura forcément encore moins de possibilités derrière. »

Des clients qui s'interrogent

Pour l'instant, assurent-ils, l'établissement continue de fonctionner normalement pour la clientèle. Certains clients ont néanmoins posé des questions. « J'avais des groupes qui étaient inquiets avant leur arrivée. Je les ai appelés pour les rassurer : leur chambre serait prête à 15 heures. Et elle l'était. » Ils racontent également avoir rencontré des clients qui, informés du conflit, proposaient spontanément de ne pas faire nettoyer leur chambre. « Certains nous disent : "Ne faites pas ma chambre, ce n'est pas grave." Il y a de la compréhension aussi. »

« Il faut respecter les deux côtés »

À mesure que le conflit se prolonge, la fatigue est néanmoins palpable. La CGT a annoncé que le mouvement se poursuivait pour une durée indéterminée. Les représentants du personnel se disent disponibles pour reprendre les négociations dès lors que de nouvelles propositions seront formulées. Les deux salariés, rencontrés par Objectif Sud, souhaitent, eux aussi, qu'une issue soit trouvée.

« Il faut respecter les deux côtés. Elles ont le droit de faire grève. Mais derrière, nous, on travaille, on aide, on fait les chambres. Il faut aussi respecter ceux qui ont fait ce choix. » Ils refusent surtout que le conflit fracture durablement les équipes. « On reste collègues. On continue à se dire bonjour, à se parler. On n'a pas envie que cela devienne une guerre entre salariés. »

Et lorsqu'on leur demande combien de temps, ils sont prêts à continuer ainsi, malgré les journées rallongées et la fatigue, la réponse est la même chez les deux salariés : « On ne lâchera pas. S'il faut continuer à aider pendant plusieurs semaines, on le fera. Parce qu'on veut que l'hôtel continue à fonctionner. »

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