Publié il y a 1 h - Mise à jour le 03.10.2026 - Sabrina Ranvier - 6 min  - vu 67 fois

FAIT DU SOIR Florent Palacio à l’assaut de la Diagonale des fous

C'est après avoir terminé les 115 km de l'ultratrail de Madère que Florent Palacio a eu envie de s'attaquer à une autre course de légende : la Diagonale des fous à la Réunion.  

- © Sabrina Ranvier

Le 15 octobre, vers 22h, Florent Palacio prendra le départ de l'ultra-trail de la Réunion. 180 km de course avec 10 200 m de dénivelé positif l’attendent. Une revanche pour ce policier qui a été soigné pour un cancer en 2023-2024. Mais aussi un défi humain car il compte récolter des fonds pour les maisons Rose et Olivier qui offrent des bulles d’oxygène aux patients. 

Le rendez-vous a été fixé à 10h, en terrasse. Pas d’entrainement de running ce matin. Florent Palacio, la cinquantaine affutée, met son corps au repos. Trois jours auparavant, ce policier gardois a effectué un « week-end choc », en Lozère. Il a commencé par deux heures de course le vendredi soir. Le samedi, il a pris un abonnement VTT de descente à la station du Lioran. Mais il est monté dans le télésiège sans vélo. Ce père de deux grandes filles de 25 et 27 ans a descendu les pistes de ski en courant. Ses yeux sourient : « J’en ai fait cinq en tout. Sur une descente il y avait 550 m de dénivelé négatif. » Nouveau sourire : « Les professionnels disent qu’un trail ça ne se gagne pas en montée, ça se perd en descente. » Le week-end lozérien s’est clôturé par un « maratrail », un trail d’une distance marathon de 42 km, au Malzieu.  Mais pourquoi se soumettre à un entraînement aussi tonique ? 

Une course de 180 km

« Il me reste un mois pour me préparer », lâche ce natif de Marvejols en Lozère. Le 12 octobre, à 53 ans, il mettra pour la première fois les pieds à la Réunion. Jeudi 15 octobre à 22h, il s’élancera au départ de la Diagonale des fous, considérée comme le « Graal » des ultratrailers. Cinq courses sont proposées. La première est un « petit » 51 km. Florent Palacio mise sur la dernière catégorie, le 180 km avec 10 200 m de dénivelé positif. C’est son oncologue qui lui a signé son certificat médical pour valider son inscription : « Il m’a dit "Allez-y à fond" ». 

Derrière l’allure sportive et la mine bronzée, difficile de deviner les mois compliqués que ce père de famille a passés en 2023. Cette année-là, pour ses 50 ans, il participe, fin avril, au 115 km de l’ultra-trail de Madère. Il n’est pas très bien. La pudeur affleure : « Deux mois plus tard, on m’a diagnostiqué un cancer du côlon. J’ai été opéré en juillet, j’ai eu de la chimio jusqu’en septembre. » La voix prend une très légère pause avant de reprendre : « À la fin de l’année, il y avait des métastases au foie. Re-opération, re-chimio. En tout, j'ai eu six mois de chimio en moins d’un an. » 

La Diagonale des fous, il ne la fait pas que pour lui, il relève aussi ce challenge sportif XXL pour récolter des fonds pour les maisons Rose et Olivier. La collecte est lancée sur Helloasso, chacun est libre de verser ce qu’il souhaite. 

Aider les maisons Rose et Olivier

Il y a deux maisons Rose et Olivier dans le Gard, à la Rouvière et Générac. Toutes deux ont été fondées par Hélène Milan, de l’association les Roses du Gard. « Je n’ai pas eu un parcours simple en chimio, se souvient Florent Palacio. À un moment, j’ai été hospitalisé une semaine à l'institut de cancérologie du Gard. » L'espace de rencontre et d'information (ERI) lui propose alors des soins supports, un massage bien-être, en chambre. Les soins supports, c’est cet ensemble de soins destinés à apporter du réconfort, à améliorer la qualité de vie des patients, à les aider à mieux supporter les effets secondaires des traitements. La personne qui vient lui prodiguer le massage intervient aussi aux maisons Rose et Olivier. L’adhésion est de 40 euros par an. « Franchement, pour tout ce que cela apporte, c’est ridicule, souligne-t-il. Tous les professionnels viennent bénévolement. » Il se rend à la Rouvière. « C’est une maison où ils ont tout gardé, la cuisine, le salon, les canapés… décrit-il. On arrive et on se sert un café. » Même s’il a été « très bien entouré » par ses proches, à la Rouvière, il a échangé plus librement, sans peur d’inquiéter : « On n’a pas les mêmes mots, les gens n’ont pas le même regard. »  

Les adhérents reçoivent le planning des soins proposés via WhatsApp. « On s’inscrit, on peut en faire autant qu’on veut. » Lui a fait de la réflexologie, de l’ostéopathie, du shiatsu, des massages. La maison proposait aussi des cours de diététique et même du sport santé. Florent ne s’y inscrira pas. Il continue à courir quatre fois par semaine. Il essaie au moins une heure, marche si besoin, participe au Nîmes Urban Trail. Son épouse Séverine décrit un homme qui a toujours été sportif, qui est passé du rugby au handball, puis au VTT. « Il avait participé aux 24h du VTT en relais avec des collègues », se souvient-elle. Elle n’a pas été surprise qu’il continue à courir pendant sa maladie : « Je pense que ça l’a aidé à tenir. L’objectif était d’avancer, de sortir de la maison. » 

Aviron indoor, Veni vici…

L’association les Roses du Gard participe aux championnats d’aviron indoor et forme des binômes « touchés », « non-touchés » par la maladie. Hélène Milan recrute Florent Palacio. Elle a conservé le cliché où tous posent souriants, des médailles au cou : « Notre équipe a été championne de France cette année-là. » 

Elle est touchée que Florent Palacio lance la collecte pour les maisons Rose et Olivier. Elle le dépeint comme « une belle personne » : « Malgré la dureté de son métier et la difficulté de la maladie, il n’est pas du tout dans l’agressivité. Il est hyper sympa, souriant. »

Florent finit sa deuxième chimio en mai 2024. Il fait un gros check up. Les indicateurs sont au vert. En octobre, il s’inscrit avec sa fille à la Veni Vici qui relie Nîmes au Pont du Gard en 80 km. Il lâche au 55e.  « Il a besoin de se dépasser, c’est quelqu’un qui veut prouver qu’il peut atteindre ses limites. C’est cet état d’esprit qu’ont beaucoup de malades après la maladie, analyse Hélène Milan. C’est tellement absurde d’avoir un cancer que le fait de créer quelque chose, c’est une manière de donner du sens à quelque chose qui n’en a pas. » 

Mental d’acier

Pour cette fichue Veni Vici, Florent Palacio prendra sa revanche l’année suivante : « Je l’ai terminée. » Pourtant, il l’avoue, au départ il détestait courir. Il s’y est mis, tardivement, à 40 ans, poussé par des collègues. 

« Lui c’est un handballeur de formation. Moi, je suis plutôt marathonien et on avait un collègue trailer. C’est lui qui nous a challengé pour faire le trail du festival des templiers », se souvient Christian Hafrosy, son ancien collègue et ami. Malgré son peu de passion pour la course, Florent suit sur cette épreuve de 70 km. « Quand il a décidé quelque chose, rien ne l’arrête. Il a un gros mental. Je suis admiratif, salue Christian Hafrosy. Dans le boulot, il est pareil, il ne compte pas ses heures. »  Il dépeint un homme « très entier », très attaché à sa famille, qui « fait tout à fond », dans son métier, dans le sport et dans ses relations. Ces deux amis de 27 ans font parfois des sorties course de 20-30 km, du côté du Mont-Bouquet. « Avant il était loin derrière moi. Mais là, je n’arrive pas à le suivre, éclate-t-il de rire. Moi je suis à fond mais lui, il est en récupération. » Diététique, préparation, son ami qui avait depuis longtemps envie de faire la Diagonale des fous est devenu, selon lui, un « ingénieur de la course à pied ».

Vitesse, battements cardiaques, altitude… L’énorme montre connectée avec un bracelet fluo qu’il porte au poignet, est capable de tout mesurer. Elle pourra même tenir la cinquantaine d’heures nécessaires pour accomplir la Diagonale des fous. Mais Florent Palacio se moque du temps qu’il réalise. Il ne vise pas la rapidité, mais l’endurance. Et puis, en s'entraînant, il vit des moments hors du temps. Le 15 août, il a garé sa voiture à Valleraugue et, à 4h30 du matin, il s’est lancé dans l’ascension des 4000 marches qui mènent à l’ancienne station météo de l’Aigoual. « Il n’y avait pas un bruit, décrit-il. Puis à certains moments, j’entendais parler et je voyais de petites lumières. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de monde. J’ai doublé une bonne dizaine de personnes. » Il attrape son téléphone et montre un superbe dégradé jaune-orangé, le lever de soleil sur l’Aigoual. La photo prise par son téléphone connecté indique qu’il a réalisé les 33,22 km de montée en 6h37. Il est redescendu, s’est ravitaillé à la voiture et a recommencé l’ascension. La Diagonale des fous, c’est 10 200 m de dénivelé positif. Sa femme, ses filles vont l’accompagner. Séverine, son épouse, va maintenant étudier les points précis où elle pourra le ravitailler. Sur des vidéos, d’anciens participants conseillent de faire des micro-siestes pendant la course, sous une couverture de survie. « Franchement, s’il doit abandonner, ce ne sera jamais à cause du mental, tranche-t-elle. Il a toujours eu ce mental-là. La maladie l’a renforcé. »

Il lui reste une mission : fignoler sa playlist pour cet ultratrail. En courant, il écoute parfois, dans ses écouteurs, des podcasts ou des livres-audio d’aventures. Une manière de déconnecter son cerveau de l’effort et de l’obliger à se concentrer sur autre chose. Mais pour la Diagonale, il mise sur une course en musique. Pour courir la nuit, il aime bien démarrer avec le jazz de Jimmy Sax. Son visage s’éclaire : « C’est du saxo, on se laisse aller. Et on y va. »  

Informations pratiques : roseetolivier.fr

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Sabrina Ranvier

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