Faster, pour Fuel Assembly Storage Training and Enhanced Reality (formation au stockage des assemblages combustibles et réalité augmentée), mais surtout pour aller "plus vite". Aller plus vite sur le développement du MOX, un combustible composé de plutonium et d’uranium recyclés, qui alimentera les futurs réacteurs nucléaires SMR et AMR 4ᵉ génération. Tel est le but du centre éponyme inauguré par l'entreprise Newcleo, parc Marcel-Boiteux à Chusclan ce mercredi 14 octobre. L'entreprise aux 900 employés, dont 400 en France et autant en Italie, a investi 10 millions d'euros pour développer un environnement de simulation non nucléaire, boosté par de la réalité virtuelle et des impressions 3D : il s'agit en somme d'une "plateforme d'innovation opérationnelle de formation et d'essais pour confronter nos idées au réel", résume Aude Bouchet, directrice du cycle combustible et de la création de l'outil.
200 fois moins de déchets nucléaires
L'espace est composé de deux salles de recherche, d'une salle d'analyse et de bureaux d'ingénierie. La chaine de simulation de production du MOX est composée de sept installations qui couvrent les principales étapes du procédé, de la réception des matières premières, à leur broyage, leur dosage, leur cuisson, leur transformation en aiguilles, jusqu'à leur contrôle qualité.
Une "aiguille" est composée de cent pastilles et produit six grammes de MOX. Chaque pastille produite équivaut à six barils de pétrole, soit la consommation électrique de deux personnes par an. L'objectif est de produire 25 000 pastilles par jour.
Newcleo, lauréat du programme France 2030, compte déployer le combustible d’ici à 2031 et son premier réacteur à 200 MW électriques l'année suivante, pour proposer à grande échelle « une énergie plus sûre, plus propre et plus durable ». L'entreprise promet une production de déchets inférieure à une tonne par an et par GWh, contre les 200 tonnes des réacteurs conventionnels. L'objectif à long terme est d'éliminer la nécessité d’extraire de l’uranium, pour plutôt recycler celui qui ne l'était pas jusqu'ici.
"Les nouvelles énergies, l'acte 2 de Marcoule"
Le maire de Chusclan, Pascal Peyrière, se réjouit de voir "un projet tourné vers l’avenir" s'implanter sur sa commune, où se déploie "le choix de l'excellence industrielle". Pour Claire Lapeyronie, conseillère régionale et présidente du parc Marcel Boiteux, il s'agit même là d'"aller dans une autre dimension".
Cette autre dimension, c'est celle des réacteurs nucléaires de 4ᵉ génération, à neutrons rapides et refroidis au plomb liquide. Un concept développé par 110 ingénieurs, répartis à Lyon, Avignon et Chusclan : "Faster représente tout ce que nous voulons voir émerger ici : l'innovation, les compétences et l'ingénierie, tournées vers le futur renouveau industriel, félicite Sébastien Bayart, vice-président de l'Agglo du Gard rhodanien en charge du développement économique. Après l’acte 1 de Marcoule, à savoir la construction des structures et des compétences, nous avons désormais l'ambition d'écrire l'acte 2, celui des nouvelles énergies, de l'énergie bas-carbone de demain, porté par les SMR, AMR et Tricastin."
Pour le conseiller départemental Patrick Scorsone, cette inauguration est aussi l'occasion de "corriger le tir", quelques années après l'abandon du projet Astrid, une "injustice immense" : "S'installer ici, c'est s'inscrire dans l'histoire du temps. Mais surtout faire en sorte que le Gard rhodanien demeure le cœur battant de l'innovation énergétique."
À terme, Newcleo veut implanter en France, à proximité de Nogent-sur-Seine, une usine de fabrication de combustible MOX destinée à alimenter ses futurs réacteurs européens. Quatre réacteurs fonctionnant au combustible MOX sont en projet.