À Nîmes
À partir de 14h, une manifestation s'est élancée depuis la Maison Carrée à Nîmes en soutien au mouvement lycéen qui secoue la ville depuis une semaine. Les syndicats FSU, FO, CGT et Sud Éducation du Gard avaient appelé à rejoindre les lycéennes et lycéens mobilisés depuis le début de la semaine devant plusieurs établissements nîmois. Le Mouvement Jeunes Communistes de France était également présent dans le cortège.
Le défilé a traversé le centre-ville avant de se terminer devant la préfecture du Gard, avenue Feuchères. Le maire de Nîmes, Vincent Bouget, s'est brièvement joint au cortège pour saluer les manifestants, une présence remarquée dans un mouvement qui dépasse désormais le seul cadre lycéen pour rassembler une partie du monde syndical gardois.
De nombreuses pancartes ont étés réalisées pour faire passer des messages forts, certaines sur le ton de l'humour.
À Alès
La mobilisation lycéenne se poursuit ce mardi à Alès. Après une matinée de blocus devant le lycée Jean-Baptiste-Dumas, le sénateur communiste Fabien Gay était présent dans la matinée pour échanger avec les étudiants avant de se rendre au tribunal.
Dès le début de la matinée, les étudiants ont laissé les élèves entrer dans l'établissement avant de bloquer à leur tour l'accès au lycée après 8 heures. Des matelas et des poubelles ont été installés devant les entrées. Contrairement aux précédentes journées de mobilisation, la matinée s'est déroulée dans le calme jusqu'à environ 10 heures. Les manifestants ont ensuite pris la direction de la sous-préfecture pour poursuivre leur mobilisation.
500 manifestants devant la sous-préfecture
Environ 500 personnes, lycéens, étudiants et représentants syndicaux, se sont retrouvées devant la sous-préfecture d'Alès. Plusieurs prises de parole se sont succédé, avant qu'une délégation soit reçue par la sous-préfète Lucie Roesch.
Deux lycéens et trois représentants syndicaux ont ainsi été reçus pendant environ une heure et demie. Parmi les sujets évoqués : les classes surchargées, l'état et l'isolation des bâtiments scolaires, le manque de personnels de santé ou encore l'angoisse liée à Parcoursup. À l'issue de cette rencontre, aucune mesure concrète n'aurait toutefois été annoncée, selon le représentant syndical. Après leur passage devant la sous-préfecture, les manifestants ont pris la direction du lycée Jean-Baptiste-Dumas à pied. Plusieurs prises de parole se sont poursuivies jusqu'à 11h30.
Les syndicats présents ont affiché leur soutien au mouvement lycéen. Alain Martin a notamment insisté sur le fait que « les lycéens ne sont pas des casseurs », dénonçant l'image renvoyée selon lui par certaines dégradations commises en marge des mobilisations. La CGT et la FSU assurent vouloir soutenir les revendications des jeunes sans décider à leur place de la suite du mouvement. Marion Laval, secrétaire départementale du Snes-FSU, a également défendu les revendications portées par les élèves, notamment sur « l'état des bâtiments scolaires, les inégalités, la sélection pour l'accès aux études supérieures, les professeurs non remplacés et les emplois du temps intenables ». Elle demande également l'abandon des sanctions et poursuites liées à la participation aux mobilisations devant les lycées.
Les lycéens maintiennent la pression
Devant leurs camarades, plusieurs lycéens ont à leur tour pris la parole pour détailler leurs revendications. Parmi elles, la rénovation des établissements scolaires, le manque de professeurs et de personnels, mais également une réforme de Parcoursup et une réflexion sur les conditions d'accès aux études supérieures. Louka, élève au lycée Jean-Baptiste-Dumas, a notamment dénoncé les choix budgétaires du gouvernement de financer des avions rafale plutôt que de rénover les écoles, et appelé les jeunes à poursuivre leur mobilisation. Une autre lycéenne, âgée de 16 ans, a défendu le droit des jeunes à prendre part au débat politique. « On est jeune, on a des yeux, on a des oreilles, on a un cerveau, on sait s'en servir, on peut parler de politique à notre âge », a-t-elle lancé devant les manifestants.
Les élèves ont également évoqué les sanctions prises contre certains participants aux précédentes mobilisations, notamment des mesures d'exclusion concernant des jeunes présents sur les poubelles lors des blocus. Plusieurs lycéens assurent ainsi vouloir poursuivre le mouvement malgré les tensions des derniers jours.
À Arles
Le rendez-vous était donné à 10h au kiosque à musique pour une manifestation pacifique dans les rues de la ville, encadrée par la CGT. Le syndicat a été contacté par des lycéens d'Arles en fin de semaine dernière afin de les aider à organiser en toute sécurité cette nouvelle journée de mobilisation, de contestation et de revendication. En effet depuis lundi les trois lycées (Pasquet, Privat et Montmajour) sont fermés, les cours étant assurés en distancieL
Le mouvement a été suivi par des lycéens mais aussi des étudiants, des enseignants, des parents d'élèves, des militants syndicaux et politiques. Le cortège de plus de 500 personnes, 1000 selon la CGT, s'est rendu jusqu'à la sous-préfecture. La sous-préfète d'Arles, Cécile-Marie Lenglet, a reçu pour la première fois une délégation de lycéens. A cette réunion assistait aussi le conseiller municipal d'Arles et conseiller régional Cyril Juglaret.
C'est à la bourse du travail que le compte-rendu de l'entretien a été fait. "On nous dit qu'il y a d'autres solutions que de descendre dans la rue, qu'il faut s'investir dans les conseils de la vie lycéenne. Mais sur quels temps? Rien n'est prévu. On ne nous a pas répondu sur le manque de profs, le manque de moyens" . Les lycéens attendent maintenant des réponses et sont prêts à poursuivre le mouvement que les lycées soient fermés ou pas.
Au Vigan
Réunies sur les quatre containers poubelle regroupés devant la grille de la cité scolaire André-Chamson, les quatre copines de Terminale accrochent pancartes et slogans rédigés sur des bouts de carton. Au portillon, les collégiens rentrent normalement, encadrés par le personnel de la cité scolaire. Pas de blocage, pas d’incendie, et les lycéens s’en réjouissent. L’heure est aux revendications. "En section scientifique, il n’y a pas de prof de physique-chimie depuis le début de l’année." L’an dernier, c’était une prof d’anglais qui a manqué en Première, pratiquement toute l’année. "Le problème, c’est que ça compte pour Parcours Sup…"
Ici comme ailleurs, Parcours Sup est une source d’angoisse. "Un algorithme qui nous sélectionne de façon illégale, résume une des élèves. C’est un océan d’inconnu et de doutes, de sélection et de peur. Les notes vont définir notre avenir et il y a des écoles où je ne pourrai pas rentrer." À cette crainte, partagée par les autres lycéens qui manifestent en France, s’ajoutent des problèmes locaux. "La salle de SVT est radioactive, à cause du radon. On doit laisser la porte ouverte et tout l’hiver, on a fait cours avec des manteaux et des bonnets."
À l’inverse, la canicule a aussi été "très dure, avec une humidité très élevée. Il manquait des fenêtres dans la salle de SES (sciences économiques et sociales, NDLR), donc il y faisait une chaleur à crever." En Terminale, les élèves savent qu’elles quitteront bientôt la cité scolaire. "Mais on est là pour les générations futures, on fait ça pour les prochains. Et parce que les générations précédentes ne l’ont pas fait…"
Devant le parvis en attendant les élèves avant 8 heures, au portillon ensuite, le nouveau proviseur de la cité scolaire, Bernard Chaine, constate que la manifestation s’effectue dans le calme, sans blocage. "Les élèves sont pacifistes. On a eu des discussions hier, il était entendu qu’ils laissaient passer les collégiens et qu’il n’y aurait pas de blocage."
De nombreux adultes se sont joints au rassemblement. Des parents, mais aussi des militants solidaires du mouvement, dont un groupe portant des fourches en carton pour rappeler leur profession, paysan, venus à l’appel de la Confédération paysanne. Et puis, vendredi dernier, le rassemblement lycéen avait été plus tendu, avec quelques tirs de mortier. Il n’en est rien ce mardi matin, seuls quelques pétards ont sauté, et les auteurs ont vite été canalisés par les professeurs grévistes situés sur le parvis du lycée.
"Les élèves ont plein d’attention et de propositions super chouettes, constate Marianne, présidente de la FCPE (fédération des conseils de parents d’élèves) du Vigan. On est ici pour les aider à organiser et à exprimer leurs revendications." Romy, l’une des agricultrices présentes, constate que quand un professeur est absent "dans la ruralité, le remplacement est rarement fait". Et que les journées s’allongent, "avec parfois des trous de quatre heures dans une journée. Comme beaucoup d’élèves viennent en transport en commun d’autres villages, ils n’ont pas le temps de rentrer chez eux."
Et tandis que les lycéens entament leur discours, en demandant "à tout le monde de respecter les gendarmes présents", Émilie, professeure de français, confirme les craintes des élèves. Sur Parcours Sup, "ils ont l’impression de jouer leur vie à chaque contrôle" ; sur les emplois du temps, "la mise en place des spécialités dans les petits établissements a posé problème" ; sur les remplacements, "on a du mal à trouver des gens qui viennent parfois pour seulement six heures". Mégaphone en mains, un élève lance : "Nous revendiquons des sujets majeurs !"