Leur expérience aura duré plus de six ans. "Pratiquement le même temps que les propriétaires d'avant", soulignent Nicole Daumet et Jean-Louis Fine, qui ont fait partie des moteurs de la reprise de la Balade gourmande après le départ des propriétaires précédents : Hélène et Angelo avaient quitté Soudorgues, après avoir attaché un certain prestige culinaire à l'enseigne du centre du village. Pour une bonne part des habitants, il n'était alors pas question que le lieu meure et, après quelques mois d'hésitations, une petite équipe a créé une SAS (société par actions simplifiée). Les associés sont finalement montés à plus de 100 personnes.
"On était aussi là pour stopper la spéculation, explique Jean-Louis Fine. Mais on s'aperçoit que ce n'est pas évident." Et puis, l'initiative avait une logique alors que le restaurant avait été créé par la commune elle-même, époque Christian Pibarot, qui avait réussi à y attirer une licence IV. Et depuis sa reprise en 2019, le collectif d'actionnaires n'a pas chômé. "On a fait beaucoup de chantiers, bénévolement, en dépensant 10 000 € de travaux. On a fait un vide sanitaire, créé la tonnelle, rénové l'appartement, refait la plonge..." Des travaux qui auraient coûté bien plus cher si les bénévoles n'avaient pas prêté leur force de travail.
"Au début, on avait un cuisinier à l'année, explique Nicole Daumet. On a toujours essayé d'installer à l'année. Mais le problème, c'est qu'au bout d'un an, pratiquement tous sont partis. On les a laissés faire." Et les bénévoles ont dû boucher les trous. "Dans le groupe des cent acheteurs, on s'est rendu compte que, dans un café-resto, il vaut mieux que ce soit le cuisinier qui décide de tout." Les bénévoles se sont aussi investis pour que l'estrade accueille des conférences et des concerts.
La proposition a attiré des gens "de Saint-Jean-du-Gard, de L'Estréchure, pas mal de Lasallois". Cet été, "les deux cuisinières ont cartonné", avec deux spectacles par semaine. "Elles avaient mis en place des animations qui risquent de partir ailleurs, craint Vicky Fine. Mais elles ont décidé de partir". Et la société se retrouve à nouveau sans prestataire. Sauf que les bonnes volontés s'épuisent. Raison pour laquelle les membres de la SAS optent finalement pour une vente.
"À l'avenir, ça risque d'être différent. Mais ce qu'on souhaite, c'est que ça perdure", souligne Nicole Daumet. La société a déjà quelques touches de gens intéressés, "même localement, mais qui sont en train de réfléchir. Ce serait bien une famille", poursuit Nicole Daumet, en pensant aux effectifs en berne de l'école du village.
"On sait que la vente se fera à perte, mais on ne pourra pas dire qu'on a spéculé, sourit Jean-Louis Fine. Cela ne pouvait se faire que s'il y avait des bénévoles derrière, ça restera une belle aventure quand même." Si la société se laisse un peu de temps pour choisir un repreneur, elle est aussi prise par une certaine urgence : "Il ne faudrait pas que ça excède les quatre mois : on a 600 à 700 € de fonctionnement sans rien faire." Avis aux amateurs, donc.