Publié il y a 5 h - Mise à jour le 08.10.2026 - Romain Fiore - 3 min  - vu 215 fois

SAINT-MARTIN-DE-VALGUALGUES La vieille décharge illégale de 500 000 tonnes refait surface

Saint martin décharge

La décharge au début des années 2010.

- D.R.

Plus de quinze ans après les premières alertes, une ancienne décharge illégale située derrière le pôle mécanique de Saint-Martin-de-Valgalgues revient dans l’actualité. À l’occasion d’une campagne nationale de France Nature Environnement, FNE-OCMED alerte de nouveau sur les milliers de mètres cubes de déchets enfouis sur le site, dont certains contiendraient de l’amiante, et s’interroge sur l’avenir d’une procédure judiciaire toujours en cours.

À l’occasion de la campagne nationale « Stop aux décharges illégales » lancée par France Nature Environnement (FNE), FNE-OCMED a choisi de remettre en lumière le site de Saint-Martin-de-Valgualgues collé au Pôle Mécanique où des milliers de mètres cubes de déchets ont été enfouis sous terre au cours des années 2000. L’association s’inquiète toujours de la présence de déchets potentiellement polluants et de l’absence, selon elle, de véritable issue judiciaire à ce dossier.

L’affaire avait déjà fait l’objet de plusieurs articles de presse au début des années 2010. En juin 2013, nos colonnes relataient notamment la présence de morceaux de fer, de plastique et de déchets divers qui affleuraient à la surface d’un terrain d’environ quatre hectares. À l’époque, l’association Clarté et Démocratie dénonçait des dépôts réalisés sous couvert de la création d’un « merlon antibruit » destiné à limiter les nuisances du pôle mécanique. Des analyses avaient alors mis en évidence la présence de chrysotile et de crocidolite, deux formes d’amiante, dans un échantillon de débris.

Une montagne de déchets recouverte de terre

Selon Rémy Coulet, de FNE-OCMED, les dépôts auraient commencé au début des années 2000 et se seraient poursuivis jusqu’aux alentours de 2012. L’objectif affiché était de constituer un merlon destiné à réduire la propagation du bruit du Pôle Mécanique dans la vallée. Mais, selon l'association, des déchets de natures très diverses auraient été apportés sur le site : gravats, matériaux issus de démolitions, encombrants et déchets contenant de l’amiante.

Le portail et les installations ont été fracturés pour atteindre la décharge. • D.R.

« Des milliers de mètres cubes de déchets divers et variés, dont amiante, ont été déversés hors de tout contrôle et en toute illégalité », affirme Rémy Coulet. Selon lui, aucune étude n'aurait été réalisée avant l'enfouissement et la masse de déchets aurait ensuite simplement été recouverte de terre.

Aujourd’hui, le site est beaucoup moins spectaculaire qu’il y a une dizaine d’années. Les déchets ne sont quasiment plus visibles, la végétation ayant recouvert les talus. La forme du terrain permet toutefois toujours de distinguer l’imposant remblai, qui s’étend sur plusieurs centaines de mètres et forme par endroits un talus de plusieurs mètres de hauteur. FNE-OCMED indique également que les grillages et portails installés après les premières polémiques ont depuis été forcés ou arrachés, rendant le site accessible.

Des investigations menées en 2014

Le dossier avait connu un nouveau développement après l’élection de Claude Cerpedes à la mairie de Saint-Martin-de-Valgalgues en 2014. L’ancien membre de l’opposition explique que la nouvelle municipalité s’était constituée partie civile dans le dossier quelques jours après son arrivée aux responsabilités.

Quelques mois plus tard, en novembre 2014, des enquêteurs spécialisés étaient intervenus sur le site. D’après Claude Cerpedes, des gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique avaient réalisé plusieurs sondages à l’aide de pelleteuses. Des analyses avaient alors confirmé, selon lui, la présence d’amiante dans plusieurs prélèvements.

La végétation a repris ses droits dans ce chemin de randonneur. • D.R.

Le maire affirme également que l’enquête avait donné lieu à plusieurs perquisitions dans des entreprises et administrations et qu’une personne avait été mise en examen. Il évoque aussi la découverte de déchets présentant une légère radioactivité. Des éléments qui relèvent toutefois du dossier judiciaire et que les différents protagonistes de l’affaire présentent aujourd’hui sans disposer, publiquement, de l’intégralité de la procédure.

Un dossier toujours entre les mains de la justice

Pour FNE-OCMED, c’est justement l’avenir judiciaire du dossier qui pose aujourd’hui question. Rémy Coulet indique que la plaignante dans l’affaire, Lucile Pialat, ancienne élue de la commune, a demandé à deux reprises ces dernières semaines une copie du dossier d’enquête auprès du tribunal, sans avoir obtenu de réponse à ce jour. Selon les informations rapportées lors du point presse, le dossier aurait été transmis au pôle environnement régional de Marseille.

Claude Cerpédes
Claude Cerpédes maire des Saint-Martinois depuis 2014. • Objectif Gard

Claude Cerpedes assure de son côté avoir effectué une nouvelle démarche en 2023 afin de maintenir la procédure active. « Le dossier est toujours actif, mais je ne peux pas dire s’il sera traité un jour », résume le maire, qui estime ne plus avoir la main sur une procédure désormais judiciaire. Il assure toutefois qu'une nouvelle démarche pourrait être effectuée en 2028 si aucune avancée procédurale n'intervient d'ici là.

« Remettre le sujet sur le devant de la scène »

Plus de quinze ans après les premières alertes médiatiques, FNE-OCMED assume donc vouloir rouvrir le débat. Pour Rémy Coulet, l’objectif de cette nouvelle mobilisation n’est pas de prétendre que des dépôts continuent aujourd’hui, mais de rappeler que les déchets enfouis sont toujours présents.

« L’affaire est en train de s’éteindre », estime-t-il, alors que plus d’une décennie s’est écoulée depuis les premières plaintes et les investigations. L’association veut notamment profiter de la campagne nationale de FNE consacrée aux décharges illégales pour rappeler que ce type de site peut continuer à poser des questions environnementales bien après l’arrêt des dépôts.

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