Le projet est né de l’histoire récente de l’établissement. Rachetée par un groupe en 2014, la clinique avait jusque-là une orientation psychanalytique. Le Dr Ghozzi, médecin coordinateur de l’établissement, est arrivé en 2017 avec l’idée de développer la prise en charge du psychotraumatisme. Le groupe a alors créé une unité d’hospitalisation dédiée à ces troubles. Avec l’hôpital de jour, l’objectif est désormais de proposer aussi une offre de soins à temps partiel, pour permettre aux patients de poursuivre leur parcours sans être hospitalisés.
Le trouble de stress post-traumatique peut apparaître après une violence physique ou sexuelle, un accident grave, une catastrophe, un attentat ou un conflit armé. On parle de trauma complexe quand les violences ont été répétées et prolongées, notamment pendant l’enfance ou dans le cadre de violences conjugales. Le médecin précise que la négligence en fait aussi partie. “Ce n’est pas que de la violence.” Ces traumatismes répétés ont un impact sur le développement et la personnalité. Pour s’adapter, les personnes vont souvent se couper de leur corps et de leurs émotions.
Chez les patients accueillis, cela se traduit par une estime de soi durablement abîmée, des difficultés relationnelles, des émotions difficiles à réguler, des douleurs chroniques, mais aussi des addictions ou des comportements d’automutilation. Ce sont souvent, selon le médecin, des stratégies de survie. La première phase des soins consiste donc à stabiliser les patients et à les mettre en sécurité, avant d’aller plus loin dans la thérapie. Un travail de longue haleine, qui demande souvent trois à quatre ans de stabilisation. D’où l’intérêt d’un accompagnement en ambulatoire. “On ne peut pas hospitaliser quelqu’un pendant trois ou quatre ans pour le soigner.”
Six semaines pour apprendre à se stabiliser
Le programme s’étend sur six semaines et repose surtout sur des ateliers de groupe. Les patients participent à des séances de stabilisation émotionnelle, de psychoéducation pour comprendre les mécanismes du traumatisme, de kinésithérapie, de sophrologie, d’activité physique adaptée et d’expression artistique. Un accompagnement centré sur le corps, selon l’approche sensorimotrice, complète le dispositif. Au centre de ce parcours, les techniques d’ancrage aident les patients à se sentir en sécurité dans le présent quand surgissent des souvenirs traumatiques ou des états de dissociation.
Le programme est construit pour revenir plusieurs fois sur les mêmes notions. “Si je vous explique un truc de maths, je vous l’explique en une heure ou je vous l’explique quatre fois en un mois, vous allez mieux l’intégrer”, explique un membre de l’équipe. Les patients ne sont donc pas pénalisés s’ils manquent une séance. “Si vous ratez un morceau, ce n’est pas grave, on reboucle.” L’idée est aussi de leur donner des outils qu’ils pourront réutiliser chez eux, comme la sophrologie ou le sport.
Les premiers patients sont des personnes que l’équipe connaît déjà, passées par l’hospitalisation complète. Certains ne voulaient pas être de nouveau hospitalisés mais souhaitaient continuer leurs soins de façon plus souple. Ils retrouvent à l’hôpital de jour les mêmes soignants, les mêmes médecins et les mêmes approches.
D’autres projets en préparation
L’équipe prévoit déjà d’étendre la psychoéducation aux familles et à l’entourage des patients. D’autres projets sont à l’étude, notamment pour les jeunes adultes et autour du sommeil. La clinique souhaite aussi former des professionnels de santé de la région à la prise en charge du trauma complexe.