Ce mercredi 7 octobre, au Palais des congrès H2, la ville de Nîmes lance officiellement son Conseil local de santé mentale (CLSM). Un outil territorial qui vise à réunir autour d'une même table citoyens, usagers, professionnels du soin et acteurs d'autres secteurs, du logement à la culture.
À Nîmes en 2023, le taux de prise en charge pour une maladie psychiatrique y atteignait 51,6 pour 1 000 habitants, contre 40,2 au niveau national, 44 à l'échelle régionale et 41 dans le Gard. Un constat criant qui a poussé la majorité en place à passer à l'action. Services, associations et professionnels sont nombreux à se mobiliser. Mais les acteurs de la psychiatrie décrivent des services engorgés et sous tension, confrontés à des patients dont les conditions de vie dégradées compliquent la prise en soins, faute de relais suffisants sur le territoire.
Et les professionnels d'autres secteurs sont de plus en plus confrontés à des personnes en souffrance psychique sans avoir les outils pour les accompagner. Les quartiers populaires seraient particulièrement concernés. Précarité, sentiment de relégation sociale, violences liées au narcotrafic (parfois jusqu'au traumatisme) et effets du changement climatique, avec canicules à répétition et logements mal isolés, pèsent aussi sur la santé mentale des habitants.
Pour définir la feuille de route du futur CLSM, une enquête qualitative et collaborative a été menée de mai à décembre 2025 par les sociologues Christian Laval et Pauline Rhenter, également avocate. Son principe : multiplier les points de vue en faisant remonter la parole des personnes concernées, des professionnels de la psychiatrie et d'autres champs, ainsi que celle des élus locaux.
Menée sur le territoire nîmois, la cartographie des ressources déborde toutefois largement ses limites. Chef-lieu du Gard, Nîmes concentre une grande part des ressources du département, ce qui invite à situer le futur CLSM dans une perspective élargie, en écho au Projet territorial de santé mentale (PTSM) du Gard.
Les concernés autour de la table
Le CLSM a pour vocation d'être participatif et inclusif. Les personnes concernées par les troubles psychiques et leurs proches prennent part aux délibérations et aux décisions, leurs savoirs issus de l'expérience étant considérés au même titre que ceux des professionnels. L'objectif affiché est de construire collectivement des actions concrètes répondant aux problématiques locales, dans une logique de décloisonnement, en rupture avec des décennies de politiques jugées trop "en silo". "Il s'agit là à la fois d'un message : celui de la prévention. Et d'une parole : celle des personnes concernées et leurs proches", affirme Sandrine Haas, coordinatrice du PTSM du Gard.
Cet outil est préconisé par l'Organisation mondiale de la santé depuis les années 2000 et a été salué par plusieurs instances nationales, dont le Haut Conseil de la santé publique, le Haut-Commissariat au Plan et les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie de 2021. En France, près de 280 CLSM étaient recensés en 2024, dont environ 160 interviennent dans un ou plusieurs quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Le lancement s'inscrit dans les Semaines d'information en santé mentale (SISM), un rendez-vous destiné à informer, sensibiliser et lutter contre les préjugés liés aux troubles psychiques. Le thème 2026 : « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ! », pour rappeler le rôle de la culture et des pratiques artistiques dans le bien-être, le lien social, l'expression de soi et l'inclusion. Ce choix s'appuie sur plusieurs travaux médicaux qui ont montré les bénéfices des activités artistiques sur la santé mentale. "Les arts sont un levier d'expression et d'inclusion, une rencontre pour libérer la parole", soutient Olivier Bénézet, conseiller municipal délégué à la santé mentale.
La santé mentale a été déclarée Grande cause nationale en France pour les années 2025 et 2026, sous le mot d’ordre "Parlons santé mentale !". De nombreuses communes de l'Hexagone s'emparent donc de ce sujet ô combien important, à l'heure où les réseaux sociaux et l'information circulent à la vitesse de la lumière.