Lùvia, c’est une aventure sans subvention, faite de nuits trop courtes, de câbles qui lâchent et de vannes entre copains. Derrière ce nom : Zéa, Amandine, Sam, Tristan, Manu, Doran et Chabaud. Âgés de 26 à 29 ans, ils se connaissent depuis l’école primaire, le lycée ou les années qui ont suivi. Leurs métiers vont du vin au nucléaire, en passant par l’événementiel, le commerce et la communication. Des parcours différents au service d’une même envie : organiser des soirées autour de la house et de la tech house, soutenir les artistes locaux et révéler les lieux du Gard rhodanien.
Officiellement lancée le 27 septembre 2025, l’association a transformé en douze mois une idée entre amis en un projet collectif capable de réunir plusieurs centaines de personnes. « Nous voulions apporter quelque chose aux habitants du secteur », expliquent-ils. Une ambition simple, portée par une amitié ancienne, une passion commune et la conviction qu’il n’est pas nécessaire de partir loin pour vivre quelque chose de grand.
Tout commence autour d’une table, il y a deux ans
Octobre 2024. Ils sont six, assis autour d’une table. « Lùvia est née dans le garage de mes grands-parents », raconte Doran, alias Dodz derrière les platines. Tristan rejoindra ce pari, un peu fou, plus tard. À ce moment-là, il n’y a ni trésorerie, ni subvention, ni salle réservée. Avant de parler de programmation ou de nombre de billets, ils cherchent surtout à donner du sens au projet : « Nous nous sommes demandé ce que nous voulions apporter aux habitants du secteur. » Depuis plusieurs années, lorsqu’ils veulent écouter de la house, ils prennent la route vers Avignon, Montpellier, Marseille ou Nîmes. Sur place, ils croisent souvent des habitants du Gard rhodanien. Puisque cette proposition n’existe pas chez eux, ils vont la créer.
Dans la bande, trois passent derrière les platines : Sam, Tristan et Doran, connus sous les noms de Sahón, Ryse et Dodz. Tous trois participent à la programmation et portent l’identité musicale du projet. Lùvia devient leur terrain d’expression, mais aussi la scène qu’ils auraient aimé trouver à leurs débuts. Désormais, le public connaît leurs noms et attend leurs passages. Une reconnaissance aussi grisante qu’impressionnante. Avant de jouer à Lùvia, le trac est parfois plus fort qu’ailleurs : dans la foule, il y a leurs proches, ceux qui les suivent depuis le premier jour et ceux qui se sont attachés au projet. Puis les premiers morceaux résonnent et la pression cède enfin la place au plaisir.
Première édition : la guinguette de Cornillon
Le premier décor sera la guinguette de Cornillon. L’un des membres la découvre en allant y manger. Là où d’autres voient des tables et une terrasse, lui imagine déjà une scène, des lumières, un bar et un public. « Je crois que j’ai trouvé l’endroit pour notre première édition », annonce-t-il aux autres. Ses amis le prennent d’abord pour un fou. Une fois sur place, ils comprennent. Les premiers billets vendus financent les premières dépenses. Chaque réservation ressemble alors à une marque de confiance : quelqu’un, quelque part, croit suffisamment en leur idée pour prendre sa place.
Chez Lùvia, les rôles se répartissent naturellement, selon les compétences et les tempéraments. « Nous sommes nombreux et nous ne sommes pas toujours d’accord, mais c’est aussi une force. Lorsque l’un de nous ne maîtrise pas un sujet, un autre prend le relais », racontent-ils. Pendant les soirées, la bande n’a guère le temps de contempler le résultat. Il faut vérifier le son, déplacer une barrière ou réparer un câble qui lâche au pire moment. « Nous passons tellement de temps dans l’organisation que nous ne voyons pas toujours le résultat sur le moment », confient-ils.
« L’objectif n’est pas de devenir un festival de 100 000 personnes »
En un an, Lùvia a organisé quatre éditions et une collaboration. Près de 2 700 personnes ont participé à ses rendez-vous. « Au départ, nous étions sept amis. Aujourd’hui, nous sommes 700 », résument-ils. Les chiffres impressionnent, mais ils ne racontent pas tout. Ils ne disent rien des proches venus prêter main-forte, des bénévoles ayant rejoint l’aventure. Lùvia grandit, mais à sa manière : progressivement, avec prudence et sans sacrifier ce qui fait son identité. « L’objectif n’est pas de devenir un festival de 100 000 personnes : l’identité de Lùvia repose sur son caractère intimiste », rappelle le collectif. Au fil de ses éditions, l'association a accueilli Cami G, Andjee, Casa MATA, Kanny White et Greg Herma. À l’avenir, le groupe souhaite donner davantage de place aux jeunes DJ du territoire, à ceux qui cherchent une première scène, un public et une occasion de se faire connaître.
Un an après ses débuts, Lùvia n’a pas perdu l’atmosphère du garage. La table est peut-être plus grande. Les événements se professionnalisent, les responsabilités augmentent, les projets se précisent. Mais au centre, il y a toujours les mêmes amis. Il y a un an, ils étaient quelques copains assis dans un garage, avec une idée et presque rien d’autre. Aujourd’hui, ils sont sept autour de la table. Mais lorsque la musique commence, ils sont 700.
Une aventure sans subvention, mais avec des partenaires
Lùvia avance sans aide des collectivités. Aucune subvention n’a été sollicitée pour cette première année : un choix d’autonomie, non un refus de travailler avec les institutions. Chaque dépense est surveillée, les excédents sont réinvestis et personne ne se rémunère. Certains posent même des jours de congé pour préparer les événements. « Nous ne faisons pas cela pour l’argent, mais par plaisir et par passion. Ce qui nous plaît, c’est de faire plaisir aux autres », assurent-ils. Plusieurs partenaires locaux accompagnent néanmoins l’aventure comme MMA Assurances et l’entreprise Carminati ou encore le domaine de la Janasse. Pierrick, de LP Agency, apporte son expérience de la production événementielle.