Simon Le Berre, co-porte-parole de la Confédération paysanne du Gard et membre de la commission viticole nationale, a posé d'emblée le problème central qui agite le territoire. La monoculture viticole gardoise, modèle dominant depuis des décennies, se trouve aujourd'hui dans une situation que l'organisation qualifie d'impasse. "Il y a des fermes qui dépendent essentiellement de ce modèle viticole intensif et qui sont sur un modèle économique qui ne leur permet pas de sortir de ce modèle. Ils ont des obligations de rendement, des obligations d'investissement, des obligations de croissance", explique-t-il. La succession de crises dans le Languedoc, à peu près tous les quinze à vingt ans depuis soixante-dix ans, est pour lui la démonstration que le modèle actuel ne tient pas. "C'est ce modèle qui nous détruit depuis 30 ans."
Face à ce constat, la Confédération paysanne ne prône pas une sortie brutale mais pose la question de l'accompagnement. "Comment on les sort humainement de cet emprisonnement économique et agro-environnemental ? Comment on leur fait prendre conscience qu'un autre choix est possible et qu'ils vont être accompagnés par les services de l'État au niveau financier, mais aussi au niveau connaissance, structure et développement ?" La réponse apportée par la ministre dans le cadre du plan d'adaptation à la chaleur et à la sécheresse, un budget d'un peu plus d'un milliard d'euros pour relancer l'agriculture, est jugée nettement insuffisante. "Rapporté à l'échelle d'une ferme dans le Gard, c'est environ 300 euros pour un paysan pour se relancer après l'épisode estival catastrophique qu'on a vécu."
Sur la question de l'écoute politique, Simon Le Berre ne cache pas son scepticisme. "Il y a beaucoup de moments où je me dis qu'il y a énormément d'hypocrisie dans le monde politique. Il y a beaucoup d'élus qui te rencontrent par nécessité de te rencontrer. Tu sens très bien que la volonté d'adhérer à ton projet et de se dire qu'il va mettre toute son énergie dans un projet de rupture, des élus comme ça, il n'y en a pas beaucoup."
Une fête ouverte à tous, y compris à ceux qui ne partagent pas leurs idées
C'est dans ce contexte qu'Agathe Lévêque, également membre du comité national de la Confédération paysanne, a présenté la Fête de l'Agriculture Paysanne. L'événement, organisé avec l'ADARG et Solidarité Paysan 30, se veut avant tout un temps d'ouverture. "On sait qu'il y a plusieurs visions de l'agriculture qui s'affrontent en France ces derniers temps. Nous, l'agriculture paysanne, c'est vraiment un projet global, un projet de société", explique-t-elle.
La Confédération paysanne insiste sur sa volonté de ne pas prêcher que des convaincus. "Venez échanger avec nous même quand vous ne partagez pas nos opinions politiques", a lancé Simon Le Berre, citant notamment les viticulteurs en coopérative qui "ont peur de remettre en question le modèle" mais dont la présence serait pourtant essentielle à ces deux jours de débats.
Le programme des 3 et 4 octobre à Pouzilhac
Le samedi sera marqué par la présence d'un moulin mobile, pour montrer aux enfants et aux adultes le passage du grain à la farine, avant que des pizzas soient préparées sur place avec cette farine par une paysanne venue avec son four mobile, garnitures issues des producteurs locaux. Un loto paysan, déjà grand succès de l'édition précédente, sera organisé en fin d'après-midi avec des lots paysans, vin, nourriture et balades en calèche à la clé. Des concerts et un DJ set compléteront la soirée.
Le dimanche, place au marché paysan et au village associatif, avec des producteurs de l'alimentaire et des huiles essentielles, ainsi que des associations du territoire. Des conférences et débats se tiendront tout au long de la journée sur des sujets jugés incontournables : eau, pesticides, réchauffement climatique. Le repas paysan du dimanche midi, préparé avec des produits locaux, constituera un autre temps fort de la journée. Une démonstration de chien de troupeau clôturera les animations, présentée par un expert dresseur. Réservations pour le repas auprès de la Confédération paysanne du Gard.