Le 9 juin, lors du conseil communautaire de la CCBTA, les élus avaient voté très largement (31 voix pour et 3 abstentions) l'utilité publique du projet de création d'un port fluvial de 314 anneaux à Fourques. Le maire de Fourques et sa première adjointe s'étaient abstenus, car il existe encore beaucoup d'interrogations soulevées à l'occasion de l'enquête publique réalisée il y a un an. Notamment celles de son financement, de sa pertinence et de sa viabilité économique. Il s'agit tout de même d'un investissement évalué à 11,5 millions d'euros, somme indiquée dans l'unique document rendu accessible au public. À l'heure où tout le monde doit réaliser des économies, la question mérite d'être posée.
Le commissaire enquêteur avait certes donné un avis favorable au projet défendu depuis des décennies par Gilles Dumas, l'ancien maire de Fourques. Un avis favorable avec deux réserves. La première était de fournir une étude économique et commerciale qui tienne la route pour engager cet argent public. Il demandait en second lieu de trouver une solution alternative au cas où la réutilisation des déblais par le Symadrem (Syndicat mixte d'aménagement des digues du Rhône et de la mer) pour consolider les digues du Rhône ne serait finalement pas retenue. Des doutes ont été émis sur l'utilisation de ces remblais, car les terres sont très sablonneuses, et si cette terre n'est pas utilisable, qu'en fera-t-on ?
Un dossier introuvable
La commune de Fourques attend toujours des réponses à ces deux questions essentielles. "Le dossier est introuvable, en mairie comme à la CCBTA", selon une élue de la majorité fourquésienne. "Il était délicat de voter contre. Mais on espère pouvoir disposer prochainement des informations demandées par le commissaire enquêteur pour organiser une réunion publique à Fourques, car la population doit être bien informée, pour pouvoir se prononcer pour ou contre en connaissance de cause." L'idée d'organiser un référendum avait d'ailleurs été évoquée il y a quelques mois par le maire, Alain Fouque. Nous avons cherché à le joindre, sans succès, pour voir si cette consultation serait toujours d'actualité. Le président de la CCBTA, Nelson Chaudon, n'était pas joignable non plus.
Le temps presse pourtant. La DUP (déclaration d'utilité publique) votée par l'intercommunalité a été signée par la nouvelle préfète du Gard, Fabienne Decottignies, le 28 août, une quinzaine de jours après sa prise de fonction. Cela veut dire que le feu vert est donné et que les travaux de construction de ce port fluvial sur le Petit Rhône peuvent commencer en théorie dès à présent. Un vote contre des Fourquésiens à un référendum n'aurait pas force de loi.
La plaisance fluviale en chute libre
Pour autant, les bulldozers ne sont pas encore en vue. Les associations de défense de l'environnement (Naccicca, Les Famants roses du Trébon, FNE 13 et FNE Occitanie, CNSA, Changeons d'Avenir), qui s'étaient prononcées contre le projet lors de l'enquête publique, reviennent à la charge avec des arguments qui méritent d'être entendus. Il y a quelques jours, trois représentants associatifs ont rencontré le maire de Fourques pour lui en faire part : "Sans avoir les informations nécessaires, notamment économiques, pour juger de la pertinence du projet, la CCBTA s'est prononcée pour. On peut s'en étonner. Nulle part, par exemple, n'est indiqué le coût de fonctionnement. Nous, explique François Cavallo, membre de Nacicca, nous avons cherché des données auprès de Voies Navigables de France afin de juger de l'opportunité de créer un nouveau port fluvial sur le Petit Rhône. Il apparait que le nombre de bateaux de plaisance fluviaux privés enregistrés en France a connu une baisse de 30 % en 7 ans. La location de bateaux de plaisance fluviaux suit le même mouvement: une baisse de 23% des contrats de location entre 2019 et 2024. Comment justifier un projet de cette importance et peut-on considérer la plaisance privée comme une activité d'avenir ?"
Par ailleurs, l'été caniculaire et la sécheresse que nous avons vécus posent une nouvelle question : "La navigation sur le Petit Rhône a-t-elle encore un avenir ? Cet été, le débit du fleuve enregistré à Tarascon était très régulièrement aux alentours de 400 m³/s. Le Petit Rhône prend 10 % seulement de ce débit, soit 40 m³/s cet été. Sera-t-il encore possible de naviguer sur le Petit Rhône dans dix ans, sans dégrader davantage l'état écologique ?La question mérite d'être posée".
Autant d'interrogations qui s'ajoutent aux réserves sur les conséquences écologiques néfastes pour le cours d'eau, pour sa biodiversité et sa ripisylve, c'est-à-dire l'ensemble des formations boisées, buissonnantes et herbacées qui se développent sur ses rives. "Nous demandons que ce projet d'un autre temps, et ne répondant pas aux enjeux actuels, soit abandonné. Il faut que la CCBTA abandonne ce projet et ne donne pas suite à cette déclaration d'utilité publique", concluent les associations.